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Thriller poético-trash
Juli Zeh   L'Aigle et l'Ange
Belfond 2004 /  21.50 € - 140.83 ffr. / 413 pages
ISBN : 2-7144-3919-5
FORMAT : 14 x 23 cm

Traduit de l’allemand par Jörn Cambreleng
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«Ce n’est pas moi qui tenais cet appareil à la main, c’était mon amie. J’étais au cabinet et je l’avais appelée pour lui dire que je rentrerais tard.
Tu viiiens quand alors ? Elle étirait chaque voyelle d’une façon pas naturelle.
Bientôt, ai-je dit, tout de suite.
Coooper, dit-elle, je crois que les tigres sont de retour.
C’est n’importe quoi, ai-je dit, ...arrête de déconner.
Je ne déconne pas, dit-elle. Et le coup est parti.
»

Le suicide de Jessie, que Max, le narrateur, lui a confié à l’antenne, fascine Clara, qui anime une émission de radio mais écrit également un doctorat en psychologie. Persuadée de tenir là un sujet en or, elle prend en charge Max et son agressivité désespérée, en échange de l’histoire complète de Jessie qu’il restitue par bribes via un magnétophone, tout en absorbant des doses de plus en plus massives de cocaïne. Quelle était la véritable personnalité de Jessie ? Femme-enfant perverse, dealeuse psychotique, manipulatrice hors pair ou bien encore pauvre petite fille manipulée ? Quelles sont les racines du drame ? Max et Clara s’embarquent dans une enquête aussi complexe que l’intrigue du roman.

Lorsqu’ils sont adolescents, Max et son meilleur ami, Shershah, rencontrent Jessie dans un pensionnat allemand que la jeune fille approvisionne en substances illicites. Mimétisme familial, sans doute, son père et son frère étant d’éminents trafiquants de drogue. Rapidement, le trio se voit confier des missions d’importance. Alors que Max tombe follement amoureux de Jessie, elle disparaît avec Shershah. Pour réapparaître seule et traquée, à Vienne, une dizaine d’années plus tard. Entre temps, Max est devenu juriste, expert en droit international, spécialiste de l’Europe de l’Est. Ce que Jessie a vécu pendant cette éclipse en fait «un témoin oculaire du commerce Guns-for-Drugs qui, du côté serbe, avait financé une grande partie de la guerre des Balkans. Cet événement représenterait un scandale, une nouvelle phénoménale... on devrait enfin débattre cartes sur table du sérieux avec lequel on entendait poursuivre les crimes contre l’humanité.» Tout cela est assurément très dangereux...

Juli Zeh connaît bien son affaire. Juriste, cette jeune Allemande a travaillé pour les Nations unies à New York et à Cracovie. Sa dénonciation virulente des liens douteux, voire des complicités, entre politique et diplomatie internationales, trafiquants et/ou criminels de guerre, convainc totalement. La thèse se trouve renforcée par l’utilisation dans le roman d’un personnage réel, symbole de ce système déliquescent : le serbe Arkan (de son vrai nom Zeljko Raznatovic) qui, à la tête d’un groupe de paramilitaires appelés les Tigres, fit régner la terreur dans les Balkans au cours des guerres de Bosnie et de Croatie. Le récit est habilement mené. De Leipzig à Vienne, passé et présent s’entremêlent et s'éclairent. Peu à peu, les pièces du puzzle s’emboîtent.

Il ne s’agit pourtant pas seulement d’un thriller bien construit. La violence des mots et la beauté sombre des images prennent à la gorge. Entre expressionnisme et naturalisme, Juli Zeh décrit magnifiquement la douleur et le désespoir, les faux-semblants et la manipulation. Son pessimisme quant à la possibilité de relations humaines sincères, la crudité, parfois insoutenable, et la noirceur de son propos lui ont valu d’être comparée à Brett Easton Ellis ou Michel Houellebecq. Comparaison flatteuse certes, mais également réductrice. Avec cet excellent premier roman, unanimement salué par la critique internationale, Juli Zeh a su trouver une voix propre. Qu’il nous tarde déjà de réécouter.


Florence Cottin
( Mis en ligne le 08/03/2004 )
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