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Boucler la boucle ?
Patrick Modiano   Un pedigree
Gallimard - Folio 2006 /  4.90 € - 32.1 ffr. / 144 pages
ISBN : 2-07-032102-9
FORMAT : 11,0cm x 18,0cm

Première publication en janvier 2005 (Gallimard, Blanche).
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Patrick Modiano est né en 1945 à Boulogne-Billancourt». Ce condensé d\'état civil est quasiment la seule information biographique donnée par l\'auteur sur la jaquette de ses livres. C\'est une petite phrase anodine que ses familiers connaissent pourtant par cœur. Car dans l\'apparente neutralité de sa concision, elle contient l\'essence même de l\'œuvre modianesque. Il y a ce point de départ, ce point d\'ancrage devrait-on dire : une date ; un lieu. Et puis plus grand-chose. Seulement le doute, ce doute fondateur, ontologique presque, qui motive la quête inassouvie de l\'identité, obsession récurrente de l\'écrivain.

Patrick Modiano, donc, est né en 1945. On a l\'impression de l\'avoir toujours su, au point que l\'information avait fini par perdre sa valeur de repère. A chaque nouveau livre, elle devenait un peu moins réelle. Et pourtant, cette année, l\'écrivain fêtera ses 61 ans, dont presque quarante d\'une carrière littéraire entamée avec la Place de l\'Etoile.

Un pedigree, ressemble à une esquisse de bilan. On y retrouve tous les ingrédients habituels de l\'œuvre - noms, dates, lieux - qui défilent comme dans un théâtre d\'ombres ou en arrière-plan d\'un décor de cinéma. Les brouillards de l\'Occupation flottent plus que jamais sur ce décor. La bande de la rue Lauriston. Les trafics interlopes et les demi-mondaines. Mais cette fois, on sent une forme d\'urgence et de précipitation que les premiers romans ne contenaient pas. Patrick Modiano donne l\'impression de vouloir se débarrasser d\'un poids, comme si, les années le rattrapant, il craignait de manquer de temps pour épuiser sa quête de soi. Alors il évoque, il nomme, il inventorie. Il récapitule. «J\'écris ces pages, avoue-t-il en page 45, comme on rédige un constat ou un curriculum vitae, à titre documentaire et sans doute pour en finir avec une vie qui n\'était pas la mienne. Il ne s\'agit que d\'une simple pellicule de faits et de gestes.».

Dans le fourmillement cosmopolite de leurs patronymes, et le mystère parfois peu reluisant de leurs origines, on croise au détour des pages des noms qui résonnent familièrement, évoquant des souvenirs d\'autres livres. Cet acteur japonais au nom soyeux comme une étoffe : Sessue Hayakawa. La fameuse Galina Orloff, qui apparaît sous le nom de Gay Orlow dans un précédent roman. Sylviane Quimfe (Quimphe) - l\'amie de Lucien P. - lascive femme rousse qu\'on avait aperçue dans les Boulevards de ceinture, courant «les seins hors de son décolleté» au détour des couloirs d\'une villa de banlieue. Un pedigree serait-il alors plus autobiographique que les autres livres parce que Patrick Modiano y raconte ouvertement les premières années de Patrick Modiano ? On peut se le demander. Et se demander d\'ailleurs si la question elle-même vaut seulement d\'être posée. Aucun livre de Modiano ne l\'est vraiment. Tous, par le collage subtil de souvenirs vécus ou inventés, fabriquent la nostalgie d\'une enfance, une jeunesse mi-figue mi-raisin qui devient au moins aussi réelle que la vraie.

«Je suis un chien qui fait semblant d\'avoir un pedigree», reconnaît d\'ailleurs l\'écrivain. Faire semblant. Se rattacher aux apparences ou aux inventions qui permettent de donner un peu de sens à la vie. Il y a plus de trente ans déjà, en préambule à ses Boulevards de ceinture, il croyait bon de prévenir : «Les personnages et les situations contenus dans ce livre n\'ont aucun rapport avec la réalité». Alors, pour la énième fois, on finira par laisser l\'analyse de côté pour se laisser bercer par une musique nostalgique au pouvoir unique. On s\'attardera sur sa seule et profonde concession à l\'intime, cette émouvante confession au détour d\'une page : «A part mon frère Rudy, sa mort, je crois que que rien de ce que je rapporterai ici ne me concerne en profondeur.» Et l\'on se délectera d\'un Modiano passé maître dans l\'art de la chute. Ou comment faire se refermer un livre en plongeant le lecteur dans une rêverie mélancolique : «Ce soir-là, je m\'étais senti léger pour la première fois de ma vie. La menace qui pesait sur moi pendant toutes ces années, me contraignant à être sans cesse sur le qui-vive, s\'était dissipée dans l\'air de Paris. J\'avais pris le large avant que le ponton vermoulu ne s\'écroule. Il était temps.»


François Gandon
( Mis en ligne le 12/05/2006 )
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