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De la difficulté d'être soi
Yoshiharu Tsuge   L'Homme sans talent
Ego comme X 2004 /  25 € - 163.75 ffr. / 224 pages
ISBN : 2-910946-34-7
FORMAT : 15 x 21 cm
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L’Homme sans talent date de 1985, et c’est aujourd’hui la première fois qu’une bande dessinée de Yoshiharu Tsuge est traduite en français. Spécialisées dans les journaux intimes dessinés et autres carnets personnels, les éditions Ego comme X ne pouvaient raisonnablement pas passer à côté de cette œuvre à mi-chemin entre l’autobiographie et la fable humaniste. À mi-chemin seulement, car Tsuge ne s’est pas contenté de mettre en cases sa vie ; et s’il a sans doute beaucoup puisé dans ses expériences personnelles, c’est avant tout l’histoire d’un \"autre soi\" qui est ici mise en scène. Précurseur de la bande dessinée d’auteur au Japon, Tsuge prend le risque de raconter quelques épisodes sans grand ressort dramatique, où la seule aventure consiste à tenter de vivre sa vie.

Les six chapitres qui composent cet album nous conduisent donc à faire un bout de chemin avec Sukezô Sukegawa, dessinateur de bandes dessinées reconverti dans la vente, peu fructueuse, de pierres. S’il a arrêté de dessiner, ça n’est pas faute de succès : chacun de ses ouvrages fut plébiscité, ses planches originales et ses premières parutions se vendent encore quasiment à prix d’or. Pourtant, Sukezô ne semble plus s’y retrouver, et son statut d’auteur devient comme un fardeau encombrant à porter. Refusant de penser un seul instant que la bande dessinée puisse être un art, Sukezô se retrouve dans une impasse et devient selon les propres dires de sa femme un \"inutile, un homme sans talent\". Dès lors, il envisage plusieurs reconversions : vendeur d’appareils photo, de pierres, et il va pousser ses investigations existentielles et professionnelles jusqu’à émettre l’hypothèse de trouver un remède contre le cancer grâce aux cheveux coupés…

Sukezô est un idéaliste, un poète. \"Il me semble que je serais toujours bien là où je ne suis pas\", écrivait Baudelaire, et c’est précisément ce qui semble être le plus gros problème de Sukezô ! Il n’est pas fait pour cette vie et cette époque. Il ne trouve pas sa place dans cette société marchande, où la valeur des choses dépend d’un marché régi par on ne sait quelles instances supérieures. Pour Sukezô, toute cette période va donc être tournée vers la quête d’une activité qui puisse à la fois subvenir aux exigences financières de sa famille (une épouse râleuse et un gamin perpétuellement angoissé), et surtout satisfaire ses besoins de beauté, de tranquillité et d’ailleurs. Cet équilibre dangereux fait de lui un individu mou, étrangement blasé. Sans être foncièrement dépressif, il reste tout de même assez lucide pour réaliser qu’il est passé à côté de sa vie. Pourquoi être malheureux lorsque l’on est résigné ?

Dans cette œuvre atypique et souvent réellement émouvante, tout l’art de Tsuge est de rendre le personnage de Sukezô crédible. Le danger aurait été d’en faire trop ou, pire, de chercher à le rendre constamment sympathique aux yeux du lecteur. Sukezô est au-delà de l’anti-héros. Tsuge installe clairement une certaine distance entre le lecteur et le personnage. Le but n’est pas de s’identifier ici, ni de prendre parti. Et si Sukezô peut devenir brutalement touchant dans sa méticulosité à tout faire rater (\"Tout ce que je fais, je le fais très sérieusement\") ou dans sa recherche d’un idéal, même banal, il peut aussi paraître rapidement énervant par son apathie ou son laisser-aller devant les accidents de parcours qui n’en finissent plus de jalonner sa vie.

Servi par un dessin brut, étonnant d’expressivité et fuyant volontairement le joli, L’Homme sans talent est un album surprenant tant par son sujet que dans la manière dont ce dernier est traité. Portée par une liberté de ton qui fait passer en quelques vignettes d’une réalité sordide à un humour familier, l\'œuvre de Tsuge n’a pas pris une ride et affiche toujours une surprenante modernité. Un très bel ouvrage.


Alexis Laballery
( Mis en ligne le 20/02/2004 )
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