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Histoire & Sciences sociales  ->  Antiquité & préhistoire  
 

Avant l’hétérosexualité
Sandra Boehringer   Louis-Georges Tin   Homosexualité - Aimer en Grèce et à Rome
Les Belles Lettres - Signets 2010 /  13 € - 85.15 ffr. / 316 pages
ISBN : 978-2-251-03011-1
FORMAT : 11cm x 18cm

L'auteur du compte rendu : Sébastien Dalmon, diplômé de l’I.E.P. de Toulouse, est titulaire d’une maîtrise en histoire ancienne et d’un DEA de Sciences des Religions (EPHE). Ancien élève de l’Institut Régional d’Administration de Bastia et ancien professeur d’histoire-géographie, il est actuellement conservateur à la Bibliothèque Interuniversitaire Cujas à Paris. Il est engagé dans un travail de thèse en histoire sur les cultes et représentations des Nymphes en Grèce ancienne.
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Après Séduire comme un dieu (2008) et Professionnelles de l’amour (2009), la collection \'\'Signets\'\' des éditions Les Belles Lettres s’intéresse une fois encore aux thématiques de l’amour et de la sexualité. Mais il s’agit d’explorer ici les textes évoquant les relations entre personnes de même sexe, même si le terme d’homosexualité peut apparaître quelque peu anachronique pour ces périodes anciennes. Les textes ici présentés ont été réunis par Sandra Boehringer, maîtresse de conférences en histoire grecque à l’Université de Strasbourg et auteure d’une thèse récemment publiée sur L’Homosexualité féminine dans l’Antiquité grecque et romaine (Les Belles Lettres, 2007) ; elle élargit ainsi son champ d’analyse, même si un addendum liste les différents textes du recueil consacrés aux relations sexuelles entre femmes. Elle a bénéficié de la collaboration de Louis-Georges Tin, maître de conférences en lettres modernes à l’Université d’Orléans, fondateur de la journée mondiale de lutte contre l’homophobie, éditeur scientifique du Dictionnaire de l’homophobie (PUF, 2003) et auteur du récent L’Invention de la culture hétérosexuelle (2008).

Une telle anthologie est une entreprise assez nouvelle en France, car il existe peu de regroupements des textes antiques les plus célèbres sur ce thème, contrairement au monde anglo-saxon, où les sourcebooks sont très à la mode. Ce recueil de textes s’inscrit dans le courant constructionniste des études sur l’érotisme antique, qui ont montré que, loin d’être marginales, ces pratiques sexuelles s’inscrivaient au cœur de la vie politique, sociale et culturelle des Anciens. Il permet aussi de rendre facilement accessibles – au-delà du seul public des antiquisants et autres classicistes – les textes antiques sur l’homosexualité, à la fois féminine et masculine.

Le titre peut apparaître quelque peu trompeur, ou du moins anachronique. En effet, il n’existe aucun équivalent grec ou latin au concept contemporain d’«homosexualité» - et a fortiori à celui d’«hétérosexualité». Chez les Grecs et les Romains de l’Antiquité, la préférence pour l’un ou l’autre sexe n’était pas essentialisée, et n’apparaissait pas comme un critère pour définir un individu et ses caractéristiques propres. De plus, les Anciens n’ont jamais pensé une catégorie homogène englobant indistinctement hommes et femmes de tous milieux sociaux, et ayant pour unique caractéristique commune d’être attirés par les personnes du même sexe qu’eux, pas plus d’ailleurs qu’ils ne lui ont opposé une catégorie englobant hommes et femmes attirés par les personnes de l’autre sexe. Dès lors, en Grèce et à Rome, il n’existait pas de lesbiennes, ni de gays, ni même d’hétérosexuels ; il n’existait que des actes homosexuels, ou hétérosexuels, pouvant d’ailleurs être accomplis parfois par les mêmes individus.

Les auteurs du recueil ont choisi de ne pas présenter les textes grecs et latins selon une catégorisation fondée sur les critères actuels de la sexualité. Chacun est traité comme tout document historique, en étant replacé dans le contexte et le type de discours dans lesquels il s’inscrit. Après un prologue illustrant par quelques extraits (dont le mal nommé «Mythe de l’Androgyne» dans Le Banquet de Platon) les discours des Anciens sur l’origine de certaines pratiques, la première partie traite du discours des savants décrivant les usages «normaux» ou «anormaux» des plaisirs, qui peuvent varier selon les époques et les lieux. La deuxième partie est consacrée aux modèles : dieux et héros (Ganymède, Hyacinthe, Narcisse…), hommes et femmes illustres (Hadrien et Antinoüs, Cicéron et Tiron, Harmodios et Aristogiton, Sappho…), actes prescrits ou condamnés (c’est généralement plus la démesure, ou les actes considérés comme dégradants pour un homme libre, qui sont blâmés, que les actes homosexuels pour eux-mêmes)… La troisième partie, «Paroles vives : de la violence au rire», montre que l’amour et le désir homosexuels peuvent être l’objet de discours moqueurs, d’accusations ou d’insultes, mais sans qu’il faille y déceler une anachronique homophobie – on rit en effet tout autant du mari soumis ou de l’amant dépensant des fortunes pour sa maîtresse. La dernière partie présente divers textes célébrant l’amour entre femmes, ou entre hommes et jeunes hommes, qu’il s’agisse de poèmes archaïques d’Alcman et Anacréon, ou d’œuvres de poètes latins d’époque impériale comme Virgile et Ovide, sans oublier les papyrus magiques d’Egypte ou les tablettes de plomb portant des charmes d’amour.

Comme les autres livres de la collection \'\'Signets\'\', le recueil est précédé d’un entretien, en l’occurrence avec Jean Allouch, psychanalyste de l’Ecole lacanienne ayant longtemps dirigé la maison d’éditions Epel, qui publie de nombreux ouvrages sur les questions de sexualité – ainsi, en 2005, Désir et contraintes en Grèce ancienne de John J. Winkler, traduit par Nadine Picard et Sandra Boehringer. En annexe, en plus de courtes biographies des auteurs anciens cités et d’un index des auteurs et des œuvres, on trouve une liste des textes distinguant les traductions existantes des Belles Lettres des traductions nouvelles, par Sandra Boehringer, Michèle Haller ou Michel Briand. C’est aussi tout le mérite de ce recueil que de proposer ainsi un accès facile à certains textes peu connus et non traduits jusqu’ici en français (notamment les papyrus magiques d’Egypte), ainsi que des traductions nouvelles plus exactes que certaines interprétations antérieures moralement datées. Des suggestions bibliographiques sur l’histoire de la sexualité, dans l’Antiquité ou de manière plus générale, sont données juste après l’introduction de l’ouvrage, qui est amené à constituer un ouvrage de référence particulièrement utile à tous ceux qui s’intéressent à l’histoire du genre et des sexualités.


Sébastien Dalmon
( Mis en ligne le 20/07/2010 )
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A lire également sur parutions.com:
  • L'Homosexualité féminine dans l'antiquité grecque et romaine
       de Sandra Boehringer
  • Désir et contraintes en Grèce ancienne
       de John-J. Winkler
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