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Histoire & Sciences sociales  ->  Antiquité & préhistoire  
 

Une traduction bienvenue
Jan Nicolaas Bremmer   La Religion grecque
Les Belles Lettres 2012 /  19,50 € - 127.73 ffr. / 228 pages
ISBN : 978-2-251-44445-1
FORMAT : 13,5 cm × 21,0 cm

L'auteur du compte rendu : Sébastien Dalmon, diplômé de l’I.E.P. de Toulouse, titulaire d’une maîtrise en histoire ancienne et d’un DEA de Sciences des Religions (EPHE), est actuellement conservateur à la Bibliothèque Interuniversitaire de la Sorbonne à Paris, où il est responsable du CADIST Antiquité. Il est engagé dans un travail de thèse en histoire sur les cultes et représentations des Nymphes en Grèce ancienne.
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Il convient de saluer, même si elle est tardive, la traduction en français de la synthèse désormais classique de Jan Bremmer, professeur d’histoire des religions à la Rijksuniversiteit de Groningen aux Pays-Bas, publiée en anglais en 1994, d’autant plus qu’on disposait déjà des versions allemande (2002), italienne (2002), néerlandaise (2004) et même espagnole (2006). On doit cette heureuse initiative à Claude Calame, Directeur d’études émérite à l’EHESS. L’ouvrage de Jan Bremmer se présente comme une mise à jour de l’ouvrage de référence de Walter Burkert, paru en allemand en 1977, puis en anglais en 1985. Il est intéressant de noter que ce livre vient lui aussi de faire l’objet d’une traduction en français (La Religion grecque à l’époque archaïque et classique, Picard, 2011), sous les auspices de Pierre Bonnechère qui en a également enrichi les notes de bas de page de références bibliographiques parmi les plus récentes. Dans la préface à l’édition française de son ouvrage (qui suit la préface à l’édition anglaise originale), Jan Bremmer rend d’ailleurs hommage à ce travail, se félicitant de cette «heureuse coïncidence» propre à «stimuler l’intérêt grandissant pour la religion grecque dans le monde francophone» (pp.13-14).

Dans le premier chapitre, l’auteur s’intéresse aux caractères généraux de la «religion grecque», tout en mettant en garde contre cette appellation qui pourrait présupposer une entité monolithique qui n’a en fait jamais existé, tant étaient divers les cultes et les panthéons d’une cité à l’autre, d’une période à l’autre (l’auteur privilégie les périodes archaïque et classique, tout en consacrant, en fin d’ouvrage, un appendice de trois pages à la «genèse de la religion grecque»), et même s’ils avaient un indéniable «air de famille» renforcé par des œuvres poétiques comme les corpus homérique et hésiodique. Jan Bremmer souligne également à quel point la religion grecque était «encastrée» (p.16) dans l’ensemble de la vie sociale, politique, économique ou culturelle, et difficile à distinguer comme un champ autonome, à tel point que les Grecs n’avaient pas de terme spécifique, dans leur vocabulaire, pour désigner la religion. Il n’y avait pas non plus de conceptualisation de la distinction entre profane et sacré, ce dernier terme pouvant être rendu par plusieurs mots grecs qui n’avaient pas pour autant la même signification (hieros, hagnos, hagios, hosios). L’auteur plaide également pour une prise en compte de la diachronie, se méfiant du tableau relativement statique dressé par de nombreux historiens de la religion grecque. On est loin aussi de l’aspect monolithique de nos monothéismes. Dans le système polythéiste des Grecs, le panthéon forme une sorte de système, dans lequel les dieux, loin d’être omniscients ou omnipotents, peuvent se compléter ou s’opposer. L’observance du rituel était bien plus importante que la croyance, dans un système qui ignorait le dogme et la révélation. L’autorité religieuse était très fragmentée entre les poètes, les prêtres (qui n’étaient en fait qu’une catégorie de magistrats) ou les devins.

Le deuxième chapitre est consacré aux dieux. Ceux-ci, bien qu’anthropomorphes, différaient autant des hommes que du Dieu des religions monothéistes. Il fallait les distinguer également d’autres êtres surnaturels comme les héros, qui occupaient une position intermédiaire entre hommes et dieux ; leur sphère d’influence était plus limitée et leur culte se concentrait le plus souvent autour d’un tombeau. Les actions accomplies par les dieux permettaient de définir leurs fonctions, en complémentarité les uns avec les autres, au sein d’un système panthéonique. Jan Bremmer critique avec raison la distinction stricte entre divinités olympiennes et divinités chthoniennes, mais propose une distinction peut-être aussi schématique entre dieux facteurs d’ordre (Zeus, Apollon, Athéna…) et dieux facteurs de désordre (Poséidon, Déméter, Dionysos…). Comme il le souligne lui-même, «le panthéon n’était pas une entité figée» (p.47). Son éclectisme le conduit à concilier les approches d’un dieu comme «personne» (Walter Burkert) et comme «puissance» (Jean-Pierre Vernant).

Le troisième chapitre traite des sanctuaires, et tout logiquement, en premier lieu, des bâtiments cultuels, des statues, des autels et du personnel cultuel (prêtres et prêtresses). Les sanctuaires pouvaient se situer hors les murs, parfois dans des lieux éloignés de tout centre urbain, pouvant marquer les limites du territoire d’une cité, ou au contraire au cœur de la cité, sur l’agora ou l’acropole. Les sanctuaires n’avaient pas que des fonctions religieuses, mais également sociales, politiques et économiques (certains temples fonctionnaient ainsi comme banques de réserve). Certains avaient une spécialisation oraculaire (Delphes, Dodone, Claros, Didymes…), mais leur objet principal était de permettre aux fidèles d’accomplir des sacrifices et de faire des offrandes votives.

Le quatrième chapitre nous conduit tout naturellement à l’étude du rituel. Comme pour «religion», les Grecs ne disposaient pas de terme unique pour désigner ce que nous appelons aujourd’hui «rituel» (ta nomizomena, heortai…), et regroupant à la fois prières, processions, fêtes, rites d’initiation ou sacrifices. L’auteur rappelle les différentes théories du sacrifice, tout en renvoyant dos à dos les thèses de Burkert et Vernant qu’il juge trop univoques.

La mythologie fait l’objet du cinquième chapitre. L’auteur expose tout d’abord un rappel historique des différentes approches et définitions du mythe et de la mythologie, depuis Fontenelle jusqu’à Burkert, Vernant et Calame ; ce dernier a proposé de remplacer le mythe (une notion qui n’est pas l’exact équivalent du grec muthos) par le concept plus neutre de «processus symbolique». Jan Bremmer expose quant à lui sa propre définition : «récitation d’intrigues traditionnelles ayant une pertinence sociale» (p.91). Il analyse ensuite les origines (indo-européenne, orientale…) et les fonctions du mythe, avant de s’attarder sur les relations complexes entre le mythe et le rituel. Il termine par l’examen de certains changements intervenus dans la réception populaire des mythes, notamment dans les arts visuels.

Le sixième chapitre est consacré à la question du genre, entendu comme les significations sociales et les constructions culturelles de la féminité et de la masculinité par opposition aux données biologiques du sexe. Mais l’auteur ne s’intéresse en fait qu’à la question des femmes et du féminin, et non à celle du masculin et de la virilité. L’étude débute par l’observation du cycle de vie (initiations, mariage, maternité) et de la vie quotidienne des femmes. Vient ensuite l’examen des représentations des femmes dans l’art et dans le mythe (avec une attention particulière à la question de savoir si les déesses constituaient des modèles), puis une étude des plus importantes fêtes féminines (Thesmophories, rituels dionysiaques, Adonies).

Le dernier chapitre se concentre sur les changements qu’a connus la religion grecque, étudiant tour à tour les mystères d’Eleusis, les idées orphiques et les mystères dionysiaques, les transformations de la fin de la période classique (engouement pour de nouveaux dieux guérisseurs comme Asclépios ou extatiques comme Cybèle, Bendis ou Sabazios) et de la période hellénistique (culte des souverains…).

Cet ouvrage constitue une très bonne introduction à la religion grecque, qui ne prétend pas à l’exhaustivité, mais offre un bon aperçu des différents débats historiographiques. Outre de nombreux ajouts par rapport à l’édition anglaise de 1994, cette traduction comporte un appareil de notes mises à jour, avec des références bibliographiques plus récentes qu’il aurait été intéressant, cependant, de regrouper dans une bibliographie récapitulative. Un index général permet de retrouver facilement les développements sur telle ou telle divinité, telle ou telle notion, et l’ouvrage est agrémenté de dix-sept illustrations qui en font non seulement un livre bien écrit, mais aussi agréable à lire et à regarder.


Sébastien Dalmon
( Mis en ligne le 26/02/2013 )
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