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Histoires impressionnistes
La Solitude - XVIIe-XVIIIe siècle - & Histoire de la nuit. XVIIe-XVIIIe siècle


- Scarlett Beauvalet-Boutouyrie, La Solitude - XVIIe-XVIIIe siècle, Belin (Histoire et Société), Novembre 2008, 207p., 21 €, ISBN : 978-2-7011-4861-8

- Alain Cabantous, Histoire de la nuit. XVIIe-XVIIIe siècle, Fayard, Mars 2009, 388p., 26 €, ISBN : 978-2-213-63140-0


L'auteur du compte rendu : Françoise Hildesheimer, conservateur en chef aux Archives nationales, est professeur associé à l'université de Paris I. Elle a notamment publié Fléaux et société. De la Grande Peste au choléra. XIVe-XIXe siècles (Hachette, 1999), un Richelieu chez Flammarion (2004) et plus récemment La Double mort du roi Louis XIII (Flammarion, 2007).

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Pour présenter et réunir deux ouvrages aux thèmes bien différents et à la chronologie identique, usons d’un rappel historiographique. En 1977 paraissait L’Homme devant la mort, ouvrage magistral dans lequel Philippe Ariès construisait l’histoire de la mort en Occident du Moyen Age au XXe siècle finissant à partir d’un corpus de sources de toutes natures et origines, littéraires, artistiques et monumentales, archivistiques, convoquées à l’appui de ses démonstrations. À cette diversité répondait l’année suivante l’ouvrage de Pierre Chaunu, La Mort à Paris, 16e, 17e, 18e siècle, enquête circonscrite à une ville et menée à partir de sources réunies dans le cadre systématique d’une enquête d’histoire sérielle, essentiellement archives notariales et estampes. Un thème identique, deux méthodes d’approche, la seconde plus traditionnelle reposant sur le travail d’équipe, la première trouvant sa source dans l’immense culture d’un unique auteur. En 1978 encore, c’est à La Peur en Occident que Jean Delumeau s’attaquait pour en souligner la force entretenue par une pastorale culpabilisante et la multiplicité des occurrences exhumées au terme d’une enquête conduite à travers le discours ecclésial. L’histoire «des mentalités» trouvait ainsi ses lettres de noblesse en démontrant ce faisant la multiplicité de ses sources et de ses approches, ainsi que sa capacité à apporter des éléments de réflexion à son lecteur d’aujourd’hui.

Le mouvement si bien lancé a pu multiplier ses objets et ses approches. En témoignent les deux ouvrages, dissemblables par leurs objets (mais ne se sent-on pas plus seul durant la nuit ?), comparables par leurs approches et leur chronologie, qui paraissent simultanément : histoire de la solitude, histoire de la nuit, deux objets impalpables pour lesquels l’historien doit se fabriquer des filets lui en permettant l’exhumation. Dans les deux cas, l’ancrage universitaire des auteurs est un conducteur qui les constitue en enseignants-chercheurs au sens le plus authentique de l’expression. Enquêtes menées sur leur région d’exercice, mémoires d’étudiants dirigés et coordonnés apportent leurs pierres à des édifices cimentés par la culture et les curiosités de leurs metteurs en œuvre qui, au-delà, font flèche de tous bois et de toutes sources pour nous donner des ouvrages qui démontrent qu’agrément de lecture et solidité de l’enquête historique vont de pair.

L’époque moderne constitue un champ de recherche particulièrement intéressant non seulement parce que les sources y sont multipliées, mais encore parce qu’elle est le temps où les définitions se font plus nettes, les positions mieux tranchées : «L’affirmation de l’autorité publique, la mise en œuvre des réformes religieuses, la croissance urbaine, les premiers changements importants dans la culture matérielle quotidienne, les formes accrues de la privatisation des conduites en corollaire à une recherche de leur disciplinarisation, les bouleversements culturels successifs influencèrent très sensiblement le rapport individuel et collectif au nocturne», observe Alain Cabantous (p.308) ; la solitude pourrait se prêter à un diagnostic voisin.

Même si l’énoncé du thème renvoie directement le lecteur aux solitaires de Port-Royal, avec Scarlett Beauvalet-Boutouyrie cette dernière devient rapidement la solitude de la femme (dans la ligne de ses précédents travaux) : sources narratives littéraires - ecclésiastiques, philosophiques, poétiques, morales ‑, intimes - mémoires, correspondances -, sources d’archives - notariées, hospitalières, conventuelles -, et sources iconographiques sont conjuguées pour baliser un itinéraire qui va d’une solitude subie à un état vécu, choisi, voire idéalisé.

Car chemin faisant, le lecteur croisera de nombreux destins féminins (un index des noms de personnes aurait d’ailleurs été utile), ceux, bien sûr qui apparaissent dans la documentation et dont on se prend parfois à se demander si ils sont tout à fait représentatifs de la solitude ordinaire : Mmes du Deffand, du Châtelet, de Sévigné, de Miramion…, et l’enquête, largement ancrée en terre picarde, s’oriente très vite sur le cas des femmes pour lesquelles cet état a pu être moteur, ce qui leur a permis d’en laisser la trace surexposée. Elle prend également en compte le regard porté par la société sur ses membres en situation solitaire, et s’agissant des veuves, on pourrait sans doute souhaiter un exposé plus systématique de leur statut juridique avec ses éventuelles diversités régionales, dans la mesure où il encadre et explique leur place exceptionnelle dans les archives judiciaires et leur donne des possibilité originales d’existence.

Après Jean Verdon et sa Nuit au Moyen Âge (1984), Alain Cabantous nous plonge quant à lui dans une nuit européenne des XVIIe-XVIIIe siècles, sujet plus impersonnel que l’humaine solitude, mais tout aussi porteur d’angoisse, pour lequel il fait appel au même large corpus de sources pour une enquête qui unit l’histoire d’une réalité chronologique (à définir d’ailleurs, à construire même) à celle de son imaginaire. La noirceur d’une nuit, qui n’est en rien l’envers du jour, est ainsi déclinée en huit chapitres passant en revue ses effets et pratiques, son appropriation, ses aspects dissidents, déviants et criminels, ses aspects sacrés et sanctifiants, sa progressive domestication ; on observera cette fois l’absence de spécificité juridique en dépit de l’impact socio-culturel. On ne peut, chemin nocturne faisant, que penser à la suggestive démarche colorée de Michel Pastoureau (Noir, histoire d’une couleur, 2008). Ces deux auteurs ouvrent à la lecture rétrospective de l’histoire de larges champs qui auraient semblé bien inaccessibles (voire inexistants) à nos ancêtres les historiens positivistes exclusivement soucieux des «faits» historiques !

La nuit, c’est encore le domaine du songe et peut-être pourrait-on en évoquer davantage (d’autant plus que le sujet est fort bien documenté ; signalons encore à cet égard : Nathalie Dauvois et Jean-Philippe Grosperin, Songes et songeurs. XIIIe-XVIIIe siècle, Université Laval, 2003, ainsi que la base de données : www.reves.ca). Rappelons ainsi que Descartes, cité pages 106-107 pour son opinion assez méprisante de la chose telle qu’il l’exprime tardivement dans Les Passions de l’Âme, a joué toute sa vie sur les trois célèbres songes qu’il fit trente ans auparavant en 1619 en Allemagne, enfermé dans son fameux poêle ; le même Descartes inciterait d’ailleurs à ériger le thème de l’étude de la lumière en complément de celui de la nuit, puisque ce fut son plus constant sujet scientifique.

Ainsi va l’historicisation : histoire démographique et sociale, histoire des mentalités, histoire des cultures, histoire de l’imaginaire, la déclinaison est complète dans ces deux ouvrages qui appliquent chacun à son sujet le parcours contemporain de l’histoire «moderne», au risque, disons-le malgré tout, d’un impressionnisme heuristique qui peut parfois sembler arbitraire ou aléatoire et qui, dans les deux cas, mériterait d’être démenti par une présentation systématique des sources mises en œuvre, ainsi que par la présence efficace de leurs citations en notes en bas de pages et non en fin d’ouvrage ; la curiosité légitime du lecteur pour la fabrique de l’histoire dont la lecture le charme s’en trouverait mieux satisfaite.


Françoise Hildesheimer
( Mis en ligne le 24/03/2009 )
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A lire également sur parutions.com:
  • La Nuit au Moyen Age
       de Jean Verdon
  • Les Douze heures noires
       de Simone Delattre
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