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Pastorale et Révolution
Bernard de Bryé   Consciences épiscopales en exil (1789-1814) - A travers la correspondance de Mgr de La Fare, évêque de Nancy
Cerf - Histoire 2005 /  59 € - 386.45 ffr. / 515 pages
ISBN : 2-204-06938-8
FORMAT : 14x24 cm

L’auteur du compte rendu : Vincent Blin est agrégé d’histoire et enseigne dans le secondaire. Il est également interrogateur en classes préparatoires au lycée Louis-le-Grand à Paris et poursuit des recherches sur l’histoire du communisme.
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Après la biographie du cardinal de La Fare parue aux Publications de la Sorbonne en 1985, B. de Brye se propose de poursuivre plus spécifiquement ses recherches sur les années d’exil forcé de cet évêque d’Ancien Régime durant la Révolution française puis l’Empire. Consciences épiscopales en exil (1789-1814) n’est pourtant ni une biographie à proprement parler, ni une monographie du diocèse de Nancy en l’absence de son évêque titulaire, ni même une étude générale de cet épiscopat réfractaire (contrairement à ce que suggère le titre du livre). Sans jamais se limiter ou se cloisonner, l’ouvrage est donc un savant mélange de tout cela, de plus fort bien dosé.

Les chapitres suivent une progression chronologique évidente, cependant l’accent est successivement mis sur les pérégrinations de Mgr de La Fare, sur sa correspondance délicate avec son diocèse pour tenter de le réorganiser durant la tourmente révolutionnaire ou bien encore sur ses échanges épistolaires avec ses confrères. Le sous-titre de l’ouvrage (À travers la correspondance de Mgr de La Fare, évêque de Nancy) nous aiguille ainsi vers le fil conducteur du livre : le courrier de ce prélat d’Ancien Régime. Ses écrits sont donc bien la source essentielle de cette étude. Disséquées et analysées, les lettres envoyées et reçues par Mgr de La Fare permettent de comprendre l’ensemble des enjeux : religieux et théologiques bien entendu, pastoraux (sur la manière de diriger les diocèses) mais aussi politiques (les relations avec les Bourbons ou les gouvernements français successifs). Ce va-et-vient régulier entre Vienne (principale ville de résidence de Mgr de La Fare durant ses années de bannissement), les pro-vicaires généraux qui dirigent les missions en Lorraine et les autres cités de proscription de l’épiscopat français est le ressort de cet ouvrage et source de sa dynamique.

Cette approche ambitieuse bute toutefois sur quelques difficultés. La première, et non des moindres, est de savoir si Mgr de La Fare est caractéristique de l’ensemble de l’épiscopat proscrit. L’auteur y répond lui-même à la page 308 : «l’évêque de Nancy n’est plus vraiment représentatif de l’épiscopat» ; nous sommes alors en 1795. Ce point est important car il souligne la difficulté de la démarche entreprise par l’auteur : dresser, à partir d’un évêque référent, un tableau général de cet épiscopat réfractaire. Les échanges entre évêques émigrés sont bien mis en évidence, notamment dans le chapitre XIV concernant les pastorales clandestines où l’auteur insiste sur les influences réciproques (ici, le diocèse de Nancy semble davantage accompagner le «modèle lyonnais» en l’adaptant qu’initier un mouvement spécifique). De même, les thèmes de désaccords sont largement évoqués en contrepoint ; en particulier, Mgr de La Fare y apparaît comme une référence consultée.

En revanche, les synthèses s’avèrent plus chaotiques. Ainsi, l’image de cet épiscopat se limite parfois aux seules prises de position de tel ou tel groupe d’évêques en fonction de leur lieu d’exil. De même, les statistiques établies par l’auteur pour élargir son champ d’investigation et conférer une vision d’ensemble à la recherche sont décevantes. Outre la répétition des tableaux p.108 et p.109, la pertinence des critères est également discutable. Tout d’abord, le choix géographique semble ici peu convaincant ; pourquoi découper la France en quatre sous-ensembles régionaux ? Peut-on réellement opposer un «épiscopat du sud-ouest» à un «épiscopat du nord-est» sachant que de nombreux évêques ont exercé successivement leur ministère dans plusieurs diocèses du royaume ? Ainsi, cataloguer, comme c’est le cas dans cet ouvrage, Mgr A. R. de Dillon, archevêque de Narbonne au moment de la Révolution, comme évêque du sud-est, a-t-il un sens lorsque l’on sait qu’il fût auparavant évêque d’Évreux et archevêque de Toulouse ? Sans remettre en cause le bien fondé de la géographie ou de la sociologie religieuse – en son temps mis en valeur par le chanoine Boulard – et en particulier l’influence du jansénisme, les critères retenus ici (décès, abdications, démissions des évêques) selon un prisme géographique n’apparaissent pas déterminants. Une approche davantage prosopographique, multipliant les critères de comparaison et les croisant, aurait sans doute livré une représentation plus fine de cet épiscopat en exil (en suivant plus encore les travaux du père Christian Dumoulin en ce domaine, qui a su «pister» ces évêques réfractaires).

L’autre difficulté majeure rencontrée dans cet ouvrage est la part de l’affect qui transparaît trop souvent. L’auteur, historien et homme d’Église, livre une lecture empreinte et marquée par sa propre expérience, notamment le concile Vatican II. Ainsi, les prises de position très contre-révolutionnaires de son personnage sont atténuées, voire contrebalancées, par une vision jugée «moderniste» que suggérerait son désir de collégialité au sein de l’Église. Cette sensibilité s’exprime également par la sympathie que montre le père de Brye envers l’abbé de Lupcourt – grand vicaire de Mgr de La Fare – homme d’un très grand sens du compromis vis-à-vis des pouvoirs politiques de son temps.

Mise à part ces quelques remarques, cette étude fort bien documentée présente sous un jour original la question essentielle des relations entre Église et Révolution. Une grande place est accordée à l’homme dont seule la conscience permet de le guider en ces périodes troubles.


Vincent Blin
( Mis en ligne le 03/08/2005 )
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