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Histoire & Sciences sociales  ->  Période Moderne  
 

Fiscalité et immigration à l'aube des Lumières
Jean-François Dubost   Peter Sahlins   Et si on faisait payer les étrangers ? - Louis XIV, les immigrés et quelques autres
Flammarion 1999 /  22.75 € - 149.01 ffr. / 476 pages
ISBN : 2-08-211806-1
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La monarchie absolue a sa part d\'ombre. Dans le triomphe de Versailles, dans l\'ivresse de puissance du roi-soleil, il n\'est pas interdit de reconnaître quelques inquiétantes prémisses des régimes totalitaires. Louis XIV et ses ministres eurent quelquefois de bien troubles inspirations; mais les instruments leur manquaient d\'un contrôle étroit de la société: l\'heure de la bureaucratie contemporaine n\'était pas encore venue. La taxe sur les étrangers instituée en 1697 fait partie de ces mesures d\'arbitraire qui nous montrent le vieil État monarchique sous un jour peu glorieux. Tel est le point de départ de l\'ouvrage de Jean-François Dubost et Peter Sahlins Et si on faisait payer les étrangers ? Louis XIV, les immigrés et quelques autres.

Ce n\'est pas sans appréhension qu\'on ouvre un livre doté d\'un pareil titre, mais, derrière cette vitrine démagogique, se cache en fait une solide et savante étude qu\'il eût été moins aguichant mais plus honnête d\'intituler Les étrangers en France à la fin du XVIIe siècle d\'après les rôles de la taxe de 1697. L\'un des auteurs, M. Dubost, avait déjà donné en 1993 un remarquable Guide des recherches aux Archives nationales sur Les étrangers en France. XVIe siècle-1789. Il poursuit ici ses travaux sur les étrangers dans l\'ancienne France, en portant son attention sur un moment difficile pour la monarchie, l\'entre-deux-guerres qui sépare la guerre de la ligue d\'Augsbourg de celle de la Succession d\'Espagne.

Expédient destiné à combler, pour une bien faible part, le gouffre toujours plus profond du déficit, la taxe de 1697 devait frapper tous les étrangers installés en France depuis 1600 ainsi que leurs descendants et héritiers. Neuf mille personnes tombèrent sous le coup de cette imposition : neuf mille personnes qui furent recensées dans les rôles établis pour le recouvrement de l\'impôt.

Après l\'analyse de la déclaration du 22 juillet 1697 instituant la taxe sur les étrangers, les auteurs présentent un utile tableau de l\'attitude de la monarchie française envers les étrangers, du droit d\'aubaine et de la machine fiscale monarchique. Le coeur de l\'ouvrage consiste en l\'exploitation des rôles de la taxe. Grâce à ces documents, il est possible de brosser un tableau de la population étrangère en France à la fin du XVIIe siècle : sociologie, origines nationales, répartition géographique dans le royaume. Une dernière partie montre ce que fut l\'application de la réglementation : les abattements et les exemptions accordées, les recours introduits et le rendement financier de la mesure. Censée rapporter dix millions de livres, la taxe n\'en aurait produit que 650 000 : c\'est dire l\'ampleur de l\'échec.

Si l\'intérêt de la coupe réalisée par Jean-François Dubost et Peter Sahlins dans le fonctionnement de l\'État monarchique et les mentalités de ses groupes dirigeants est indéniable, on pourra émettre quelques réserves quant aux conséquences plus générales qu\'ils en tirent quant au statut des étrangers et à la définition de l\'identité française : il y entre sans doute une part de surinterprétation.

La grande réussite des auteurs tient en la reconstitution de la France étrangère de 1700. Dans le royaume de Louis XIV, les deux tiers des étrangers sont regroupés dans les cinq généralités de Lille, Metz, Aix-en-Provence, Rennes et Paris : présence essentiellement parisienne et périphérique. A Lille, ce sont majoritairement des hommes de l\'Europe septentrionale; dans la généralité de Metz, Allemands et immigrants d\'Europe centrale prédominent; dans celle d\'Aix, Savoyards, Italiens et des Espagnols; dans celle de Rennes, la moitié des étrangers sont Britanniques.
Si l\'immense majorité des immigrés vient de l\'étranger proche, la France louis quatorzienne accueille déjà des Russes, des Polonais, des Hongrois, des sujets ottomans (Grecs, Arméniens, Syriens) et même quelques Nord-Africains, Indiens et Américains. La géographie de l\'immigration recouvre celle de l\'économie. La France étrangère connaît les mêmes clivages entre une France du Nord, terre de forte immigration et de vitalité économique, et une France du Sud, moins dynamique, entre une France atlantique, marchande et entreprenante, et une France intérieure agricole.

Coeur de la \"France du mouvement\", Paris seul rassemble toutes les origines et toutes les professions : notables lorrains, artisans allemands et flamands, banquiers portugais, italiens et hollandais, marchands savoyards, prêtres irlandais et bien d\'autres encore. Presque dix pour cent des étrangers recensés dans les rôles y résident et ce sont souvent parmi les plus riches. Jadis comme aujourd\'hui, marchands de café et de chocolat, savants, soldats, manufacturiers et hommes de finance rehaussent le tableau de la première ville d\'Europe, cité cosmopolite où les Lumières naissantes jettent leurs premiers feux.


Thierry Sarmant
( Mis en ligne le 09/05/1999 )
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