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Que tout change pour que rien ne change
 Collectif   Le Dictionnaire du conservatisme
Cerf 2017 /  30 € - 196.5 ffr. / 1071 pages
ISBN : 978-2-204-12358-7
FORMAT : 13,6 cm × 20,0 cm

Sous la direction de Frédéric Rouvillois, Olivier Dard et Christophe Boutin
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Circonscrire un concept politique, éthique et esthétique dont le nom «commence bien mal», selon Thierry Maulnier, telle est l’ambition du volumineux Dictionnaire du conservatisme. Il fallait rien moins que trois maîtres d’œuvre pour mener ce travail à bien : Frédéric Rouvillois, rompu à l’exercice puisqu’il donnait naguère un Dictionnaire nostalgique de la politesse chez Flammarion, le professeur en Sorbonne Olivier Dard dont on ne présente plus les remarquables travaux sur les droites modérées comme radicales, Christophe Boutin enfin, spécialiste des questions de droit public… et de Julius Evola.

Il y a diverses manières d’user d’un dictionnaire. On peut bien sûr le compulser à l’occasion, en guise de référentiel. Les passionnés, voire les maniaques, d’un sujet préféreront le dévorer in extenso. Quand c’est comme ici le cas, il est aussi loisible d’y sélectionner les notices d’après leur signataire. Enfin, il y a la méthode dynamique et réticulaire du pur curieux, qui évolue en quinconce d’un renvoi interne à l’autre.

Il manque deux mots sur la couverture de ce livre : «en France». Si l’ouverture aux avatars internationaux du conservatisme est appréciable (avec des entrées concernant l’Angleterre, les États-Unis et certains pays européens), le propos général reste foncièrement hexagonal. L’introduction pose en tout cas, à la source du conservatisme français, le nom de Chateaubriand et du journal qu’il lance en 1818, Le Conservateur. Dans la lettre programmatique de cette éphémère publication (deux ans d’existence), le créateur de René et d’Atala rappelle la nécessité d’«opposer une digue [au] torrent» des idées pseudo-égalitaristes de 93, qui n’auront servi qu’à l’instauration d’une «république d’esclaves, la démocratie des cimetières, le niveau de la mort». En resituant le parcours accidenté du personnage, Henri Zipper de Fabiani explique en quoi Chateaubriand exprime la «dualité intrinsèque» du conservatisme. Le romantique par excellence, traducteur du ''Paradis perdu'', fut en effet toujours tiraillé par une tension entre «nostalgie des origines […] et attrait d’un monde neuf, […] tradition et modernité, […] naturalisme et historicisme». Lui, l’aristocrate et pair de France qui traversa maints régimes, ira jusqu’à affirmer : «Je voudrais que tous les gentilshommes devinssent citoyens, et tous les citoyens gentilshommes». Il ne faudrait pas voir dans ses paroles un penchant immodéré pour l’art de la contradiction, mais une sincère volonté de «concilier l’inconciliable» et de «trouver un ordre des choses où la politique de nos pères puisse conserver ce qu’elle a de vénérable sans contrarier le mouvement des siècles». Car Chateaubriand, sans être révolutionnaire, n’entend pas entraver la marche du temps, au contraire il compte que le passé, germe du futur, soit respecté, préservé. Cette synthèse originale fait de lui l’archétype de l’attitude conservatrice.

De Chateaubriand, on peut aller voir à Edmund Burke, l’une de ses sources d’inspiration. Joëlle Hautebert rappelle que l’auteur des Réflexions sur la Révolution de France fut membre du parti whig, donc libéral. Selon lui, la véritable révolution, celle qui ne constitue pas juste une criminelle tabula rasa, date de 1688 et s’est déroulée en Angleterre. Cette glorious revolution a certes rompu avec un état de choses précédent et marque une avancée considérable en termes de conquête des droits, sans pour autant abolir le principe de la monarchie. En cela, la délicate articulation conservatisme/libéralisme trouve une résolution qui sera autrement complexe en France, dès la Troisième République.

Les trois pages de Lucien Jaume sur le libéralisme montrent en quoi cette doctrine peut se montrer conservatrice ; elles ne suffisent peut-être pas à illustrer l’inverse. Pour bien comprendre les enjeux idéologiques de cette opposition, il vaut peut-être mieux se référer à l’article ''Liberté, libertés'' de Gilles Lebreton, qui rappelle la distinction toute maurrassienne entre «libertés» plurielles, «concrètes, héritées de la tradition», et doctrine libérale, interprétée comme un despotisme de la Liberté majuscule. Olivier Dard, qui a traité du grand Félibre, décrit ses sentiments ambivalents envers le conservatisme. Maurras condamne le bourgeoisisme d’une «classe basse, classe lâche [et] conservatrice qui laisse tout saccager […], classe qui souffrira que la patrie succombe et qui périra avec elle plutôt que de souffrir aujourd’hui quelque gêne ou quelque sacrifice», alors que dans le même temps il préconise aux militants de l’Action Française la lecture de maîtres à penser du conservatisme tels le Play ou Renan… Autant de cartouches nécessaires, d’après lui, au combat des idées.

L’arborescence peut ainsi se poursuivre jusqu’à de lointaines frondaisons… Une progression thématique amènera ainsi le lecteur à des confins tels que ceux de «décroissance». Cette notice particulièrement interpellante est signée Gaultier Bes, qui constate qu’elle «ne va pas de soi», de par la portée révolutionnaire, voire radicale sur le plan écologique, impliquée par un concept «qui semble à première vue peu compatible avec cette pensée de l’équilibre et de la continuité». Pourtant, et au risque de faire grincer bien des dents verdâtres, Bes démontre sans peine que la décroissance est «éminemment conservatrice», en ce qu’elle prône la «sobriété heureuse», la simplicité, et surtout qu’elle réimpose à chacun la salutaire acceptation des «limites». Eugénie Bastié consacre des pages très fines à ce synonyme de «mesure» et en trace, via une subtile lectio étymologique, le sillon depuis la «médiéteté» d’Aristote jusqu’à «la pensée de midi» de Camus.

Confronté à tous les courants idéologiques ou spirituels qui en présentent une composante (le populisme avec trois pages éclairantes d’Alain de Benoist, la pensée de la Tradition, les Révolutions conservatrices allemande ou américaine, le salazarisme, le machinisme, etc. ) ou des figures majeures qui en furent peu ou prou les tenants (Tolkien, Proudhon, Donoso Cortés, Churchill, Oakeshott, Lasch, etc.), le conservatisme a trouvé dans cette publication d’importance ses encyclopédistes, en cela que directeurs et collaborateurs ont embrassé du regard ses moindres facettes. L’ouvrage qui en découle n’est pas infini, mais le questionnement auquel il invite est, lui, d’une richesse inépuisable.


Frédéric Saenen
( Mis en ligne le 17/01/2018 )
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