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Que de livres écrits en son nom...
Michel Winock   Les Voix de la liberté - Les écrivains engagés au XIXe siècle
Seuil 2001 /  22.75 € - 149.01 ffr. / 676 pages
ISBN : 2-02-035037-8
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Les Voix de la liberté est une épopée politique et littéraire retraçant les itinéraires, parfois entremêlés, de maints auteurs français ayant fourbi leurs plumes au nom de la croyance ou de la condamnation d’une idée forte : la liberté.

Le XIXe siècle, « stupide » pour Léon Daudet, est aussi celui du « sacre de l’écrivain ». Le mot n’est pas trop fort si l’on réalise à quel point les hommes de lettres prirent fait et cause pour des idées. C’est la grande différence entre l’écrivain engagé du XIXe siècle et l’intellectuel du XXe : si celui-ci limite le plus souvent ses interventions aux écrits enflammés et aux pétitions, aux revues militantes et aux pamphlets bien sentis, celui-là incarne plus souvent son idéal aussi par l’action politique ou le geste d’envergure : Lamartine est chef de gouvernement, Hugo s’exile tant que gouverne « Napoléon le petit », Vallès participe à la Commune et de nombreux autres sont députés ou sénateurs, ministres ou ambassadeurs, à la force du poignet.

L’ouvrage n’est pas une histoire de la littérature au XIXe siècle mais celle d’écrivains dans leur rapport à la politique. La liste est longue : Chateaubriand, Hugo, Lamartine, Balzac, Stendhal, Zola pour les têtes d’affiche, Sand, Vallès, Musset, Tocqueville, Barbey d’Aurevilly, Flaubert, Michelet, Guizot, Quinet, Proudhon et bien d’autres encore dont certains moins notoires comme le chansonnier Béranger, sacré plus grand poète de son temps et méconnu du nôtre.

Cette somme érudite mais d’une lecture fluide et agréable, a deux grands mérites. Le premier est d’insister sur le rapport étroit qu’entretiennent sous nos latitudes les lettres et la politique. La plume, dans l’Hexagone plus qu’ailleurs peut-être, est une arme. On comprend que, bien avant le « J’accuse » de Zola, qui ouvrira le XXe siècle, l’engagement de l’écrivain est déjà de mise, dans la lignée de combats plus anciens encore - pensons à Voltaire défendant Calas. Pour autant, Michel Winock ne réduit pas son étude aux strictes limites de la France ; des excursions sont proposés de l’autre côté de la Manche, des Alpes ou du Rhin. L’Allemagne est présente chez nous, fortement, au temps du Romantisme et du communisme naissant, avant que l’humiliation de 1870 ne remette quelques pendules à l’heure : le nom du très francophile Henri Heine croise celui de Marx. Garibaldi passe, de nombreux écrivains partent, s’exilent, à Londres, en Belgique ou en Suisse. Cette esquisse de réseaux intellectuels dépassant nos frontières fait souhaiter d’ailleurs une étude identique à l’échelle européenne.

La présentation des écrivains dans leur chair, dans leur milieu, leur époque et soumis à leurs propres démons est l’autre grand atout du livre. Les sociabilités et les personnalités comptent dans un parcours intellectuel et politique, de manière peut-être plus fondamentale que le génie littéraire transparaissant à travers une œuvre. Michel Winock, sans tomber dans une sociologie sèche, insiste sur ce point comme il l’avait déjà fait dans son précédent opus. Porter attention aux ambitions, aux défauts et aux qualités, aux caractères et aux mesquineries de ces individus en interaction avec leur temps permet de comprendre les messages, leurs idées et les évolutions auxquelles ils obéissent alors logiquement. Ainsi du cheminement de Hugo depuis le légitimisme jusqu’à la République. Ainsi des apparentes contradictions dans la pensée proudhonienne, révolutionnaire mais aussi conservatrice. Les exemples sont nombreux de ces parcours non rectilignes suivis par des hommes qui, par-delà leurs ouvrages majeurs, vivent et corrigent leur vision du monde.

Ouvrage de vulgarisation de très grande qualité, Les Voix de la Liberté donne envie de se (re)plonger dans les textes et aide à comprendre simplement des réalités souvent complexes.


Thomas Roman
( Mis en ligne le 19/02/2001 )
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