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Histoire & Sciences sociales  ->  Période Contemporaine  
 

Histoire d’un imposteur
Benoit Marpeau   Gustave Le Bon - Parcours d'un intellectuel 1841-1931
CNRS éditions 2000 /  27.48 € - 179.99 ffr. / 371 pages
ISBN : 2-271-05704-3
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Intellectuels, écrivains et penseurs fin-de-siècle commencent depuis quelques années à être redécouverts. Benoit Marpeau nous propose ainsi une étude, tirée d’une thèse de doctorat, sur Gustave Le Bon (1841-1931) dont le nom est passé à la postérité par son livre Psychologie des foules, écrit en 1895. Ce livre, qui procura à son auteur une réelle célébrité est emblématique des peurs sociales et de l’idéologie élitiste de toute une frange d’hommes de lettres et de scientifiques inquiets de la poussée des masses dans la vie politique et sociale de la fin du XIXè siècle. Mais Psychologie des foules a occulté tout un autre pan de l’activité de Gustave Le Bon que l’auteur nous présente dans un livre rigoureux et intelligemment construit.

Benoit Marpeau, tirant la leçon des précédents écrits sur Le Bon, a veillé à ne pas dissocier l’étude de la pensée de l’analyse de l’homme en son temps. Embrassant large, il décrit tout d’abord l’ascension sociale du personnage pour étudier ensuite la façon dont celui-ci devint un homme de réseaux qui lui permirent d’acquérir une forte reconnaissance dans différents milieux professionnels. Cette construction logique permet ensuite à l’auteur de passer au crible les différents écrits scientifiques de Le Bon et d’étudier leur réception.

De condition modeste, ayant effectué de mauvaises études secondaires et suivi quelques cours de médecine, il devint un polygraphe scientifique, s’intéressant à des sujets très divers, médecine, naturalisme, physique, optique... Le grand intérêt de l’ouvrage est de montrer par une étude méticuleuse des réseaux de relations de Le Bon que celui-ci en fit le support principal de son succès auprès du grand public mais aussi auprès d’une partie du monde scientifique.

Cette attitude ainsi que son travail de directeur de collection chez Flammarion lui ont permis de compenser la faiblesse de ses arguments scientifiques, qu’il s’agisse de physique classique, de la physique nouvelle (liée aux théories de la relativité), ou encore de la psychanalyse. Il est intéressant de constater que le domaine où Le Bon parvint à s’imposer avec le plus de force et de la façon la plus durable fut celui de la psychologie collective (appelée à l’époque \"psychologie sociale\"), champ d’études qui n’était pas encore constitué, malgré l’essor de la sociologie durkheimienne, comme une discipline universitaire.

A contrario, dans les milieux scientifiques professionnels, auprès des universitaires comme auprès des chercheurs, le polygraphe que fut Le Bon, fut confronté à la professionnalisation et à la spécialisation des savoirs de la fin du siècle : indépendamment de l’inanité de ses théories, Benoit Marpeau montre parfaitement que l’homme n’aurait pu trouver sa place pour des raisons structurelles. Porté par les réseaux qu’il animait, par le succès auprès du grand public de la collection qu’il dirigeait chez Flammarion (la \"bibliothèque de philosophie scientifique\"), Le Bon était persuadé de sa grande valeur On lira ainsi avec amusement les échanges épistolaires hallucinants entre Le Bon et Albert Einstein, où le premier essaie de convaincre le second qu’il l’a devancé par ses travaux sur la radioactivité.

Libéral et élitiste, croyant fermement au progrès des sociétés par l’observation scientifique, Le Bon fut un homme tout à fait caractéristique de son époque. Sa vision idéalisée de la science révèle un \"savoir moyen\" de cette discipline dans les classes moyennes dont il était issu. Sa pensée sociale, traduisant parfaitement l’idéologie du libéralisme conservateur mâtiné de positivisme, était marquée par le mépris de foules dont il montrait qu’elles étaient manipulables.

Il trouva ainsi un écho auprès de certains chefs militaires et de certains milieux d’affaires qui furent des relais puissants des idées de Le Bon. Solidement appuyé sur ses bases, l’auteur réfute le jugement de l’historien Zeev Sternhell, qui voit dans Le Bon un précurseur du fascisme. On ne marquera qu’une seule réserve vis-à-vis d’un livre qui emporte pleinement la conviction. L’auteur avance peut-être un peu hâtivement que Le Bon a transposé sa propre situation personnelle (marginalité sociale, difficulté d’établir des échanges avec une partie du monde scientifique) dans certains de ses ouvrages de psychologie sociale.

Il n’en demeure pas moins que cet ouvrage d’histoire socio-culturelle se lit avec passion de bout en bout.


Sébastien Laurent
( Mis en ligne le 16/01/2001 )
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