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Dialogue des cultures
Michael Lucken   Japon, l’archipel du sens
Perrin 2016 /  24,90 € - 163.1 ffr. / 230 pages
ISBN : 978-2-262-06421-1
FORMAT : 21,3 cm × 24,1 cm

L'auteur du compte rendu: Gilles Ferragu est maître de conférences à l'université Paris X - Nanterre et à l'IEP de Paris.
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Le format est singulier et attire le regard, d’emblée. Et puis la couverture, ses barques et ses harmonies de jaune et de gris intrigue : l’ouvrage est original et ne s’en cache pas. Le titre même interroge, déconcerte comme un titre venu de chez Barthes. Alors on soulève la couverture, on parcourt les pages, et on embarque pour un voyage étonnant, dans un livre qui se présente – dans son plan - comme une métaphore du Japon et de sa succession d’îles.

Michael Lucken est un spécialiste du Japon, professeur d’histoire de l’art à l’Inalco. Auteur de nombreux ouvrages sur le Japon et la guerre, il s’engage ici dans un projet qui tient de la conversation érudite, du journal de voyage, de l’histoire problématisée et croisée, de l’analyse artistique, etc. Bref, un projet d’une belle liberté, d’une certaine hardiesse, fait non pas pour séduire à partir d’un discours stéréotypé, mais au contraire pour questionner et faire réfléchir.

Car des stéréotypes, on pourrait en accumuler : le Japon entre tradition et modernité, entre splendeur et fonctionnalisme, entre Orient et Occident, etc. Et les topoï s’accumulent : le pays du soleil levant, les samouraï, les geisha, la poésie haïku et les jardins secs, les fourmis, le pays de Godzilla et des robots, etc. Michael Lucken nous propose une visite privée, intime, un détour dont la cohérence ne saute pas aux yeux, et qui nous emmène découvrir une géographie insulaire semblable à la glaçure d’un bol de thé, ou aux stigmates d’une poterie recomposée de tessons disparates reliés par de l’or.

Depuis L’Eloge de l’ombre de Tanizaki, on sait que le beau nippon ne s’impose pas mais se révèle. Et cet idéal de révélation est décliné jusque dans la politique. Aussi l’auteur nous dévoile les ambiguïtés de l’empereur et de l’image de sa puissance, une image travaillée à la mode occidentale, et élaborée par les réalités nippones, une image double et mal cadrée en somme. Cette question du rapport à l’Occident, à sa philosophie, à son art, à son esthétique, imprime à l’histoire japonaise des formes singulières, qu’on croise au hasard des œuvres d’art reproduites dans l’ouvrage. Une toile japonaise de Klein, des copies de statues grecques, un meuble, une architecture au design «nippon»…

Mais l’Occident, c’est aussi la bombe atomique, dont les traumatismes continuent de peser sur le Japon, ou encore la guerre du Vietnam, et, du point de vue japonais, l’émergence d’une gauche extrême qui entendait secouer le consensus pro américain. L’image du peuple soumis et discipliné, si elle persiste (et c’est l’objet d’une certaine culture, élaborée en ce sens), doit être nuancée. Ce sont les impérialismes qui donnent aux premiers contacts avec le Japon une tournure particulière, encore lisible aujourd’hui. L’une des ambitions de cet ouvrage est d’explorer les interactions entre les deux mondes : non pas les influences, mais la manière dont chaque société s’est reformulée dans son rapport à l’autre…

L’autre charme de l’ouvrage, c’est cette galerie disparate de photographies, d’œuvres diverses, qui illustrent une réflexion, un raisonnement, un peu à la manière du musée imaginaire de Malraux. Et des écritures mixtes, de la calligraphie, des monstres de Miyazaki et des monstres sacrés (Belmondo surgissant !). Il y a, dans cette volonté de passer d’un sujet à un autre, selon une logique qui n’est pas immédiate, mais qui relève du concept de réciprocité appliqué aux rencontres entre sociétés, une belle démarche, et une manière autre de découvrir un pays, une société, une culture, selon une approche subtile. Un régal.


Gilles Ferragu
( Mis en ligne le 20/01/2017 )
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