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De l’histoire de Bretagne à l’histoire de France
Joël Cornette   Histoire de la Bretagne et des Bretons - Tome 1, Des âges obscurs au règne de Louis XIV
Seuil - Points histoire 2008 /  12 € - 78.6 ffr. / 729 pages
ISBN : 978-2-7578-0995-2
FORMAT : 11,0cm x 18,0cm

Première publication en septembre 2005 (Seuil - L'Univers historique).

Voir aussi :

Cornette Joël, Histoire de la Bretagne et des Bretons. Tome 2, Des Lumières au XXIe siècle, Seuil (Points Histoire), 2008, 745 p., 12 €, ISBN : 978-2-7578-0996-9.

L'auteur du compte rendu : Archiviste-paléographe, docteur de l'université de Paris I-Sorbonne, conservateur en chef du patrimoine, Thierry Sarmant est adjoint au directeur du département des monnaies, médailles et antiques de la Bibliothèque nationale de France. Il a publié Les Demeures du Soleil, Louis XIV, Louvois et la surintendance des Bâtiments du roi (2003), Vauban : l'intelligence du territoire (2006, en collaboration), Les Ministres de la Guerre, 1570-1792 : histoire et dictionnaire biographique (2007, dir.).

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Comme l’«histoire de France», l’«histoire de province française» est un genre vénérable, qui, dans une carrière d’historien «à la française», relève en général de l’exercice convenu. Comme les historiens «de France», les historiens des provinces dévident le plus souvent le fil de la chronologie, sur un rythme poussif et dénué d’enthousiasme. Entre recueil des légendes locales et coulisses de la «grande histoire», nationale et internationale, les écueils ne manquent pas, où bien des auteurs sont venus s’échouer.

Il revenait à Joël Cornette de dépoussiérer le genre. L’historien de Louis XIV a choisi une forme ample (1400 pages !), qui évite de réduire le récit à un squelette annalistique. Dans ce cadre élargi, il a mis en œuvre ses talents éprouvés de «passeur» de l’érudition universitaire, souvent trop profuse et trop confidentielle pour atteindre le grand public. Joël Cornette a lu, la plume à la main, une bonne partie de la production historiographique française des vingt dernières années mais aussi l’essentiel de l’abondante historiographie bretonne, ancienne ou contemporaine. D’un bout à l’autre de ces deux volumes, le propos est nourri des recherches originales menées dans les universités de Rennes et de Nantes, des études publiées par les éditions Ouest-France, les Presses universitaires de Rennes et maints autres éditeurs du grand Ouest. Cela est particulièrement vrai des chapitres consacrés au Moyen Âge, dont une série de «grandes thèses» récentes a renouvelé la connaissance de fond en comble. Enfin, dans le cours de ce récit vivifié et rajeuni, l’auteur use volontiers de la «pause» thématique, enrichie de documents originaux, qui permet d’approfondir un sujet, de dessiner un tableau, d’animer le discours.

Ainsi conçue, l’Histoire de la Bretagne et des Bretons de M. Cornette est puissamment démystificatrice. Elle fait d’abord justice du mythe d’une Bretagne essentiellement superstitieuse, patrie de bons ou de mauvais sauvages, Druides, Ankou et autres Bécassines. À une Bretagne intérieure, longtemps arriérée, s’oppose en effet une Bretagne des villes, des côtes et des périphéries, ouverte aux influences extérieures, françaises ou atlantiques. Autre mythe démoli, celui de la nation bretonne étouffée, victime de l’impérialisme français. La Bretagne a toujours possédé une personnalité propre, souvent une large autonomie, jamais une indépendance absolue vis-à-vis de la France. Elle a été au mieux un royaume vassal de l’Empire carolingien (IXe-Xe siècles) ou une principauté rattachée au royaume de France (XIVe-XVe siècles). Jamais le rythme de son développement politique n’a été entièrement découplé de celui de l’ensemble français : ainsi, les institutions que mirent en place les ducs des XIVe et XVe siècles étaient un calque fidèle de l’Etat construit par les Capétiens.

Le paradoxe est que les Bretons ont pris conscience de leur identité au moment où la singularité de la Bretagne commençait à décliner. Après la Révolution, l’intérêt de leur histoire diminue en effet : elle devient une histoire «provinciale»… après que la province a disparu, éclatée en cinq départements ! Mais la personnalité bretonne continue de résister à ce charcutage administratif. C’est d’ailleurs un des grands mérites du livre de J. Cornette que d’offrir l’argumentaire le plus convaincant pour démontrer que la place de la Loire-Atlantique est en Bretagne, tandis que celle des autres départements des «Pays de Loire» serait dans une vaste région centrée sur le val de Loire.

À la crise actuelle de l’identité de la France correspond le regain des identités particulières : identités régionales, identités religieuses, identités sociales se réveillent et se rappellent au bon ou au mauvais souvenir de l’Etat centralisateur. Ce dernier, prétendument décentralisé depuis 1982, continue de nourrir une sourde méfiance envers ses composantes périphériques, Bretagne, Normandie, Languedoc, Provence, comme en témoigne la carte des régions actuelles, dont aucune ne coïncide pleinement avec une province historique. Mais renforcer la tête au détriment des membres, c’est, à terme, affaiblir le corps tout entier. L’Histoire de la Bretagne et des Bretons rappelle en passant ce que la construction de l’Etat français doit à ses grands serviteurs bretons et fiers de se proclamer tels. On pourra ainsi méditer sur le fait que le Club des Jacobins a d’abord été… le Club breton, destiné à réunir les députés armoricains aux États généraux de 1789 !

Sans prêche ni militantisme, Joël Cornette administre une forte leçon d’histoire de Bretagne, donc, mais aussi une leçon d’histoire de France, qui est aussi, pour qui sait lire, une leçon de politique.


Thierry Sarmant
( Mis en ligne le 06/01/2009 )
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