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L'oeil de Napoléon
Jean Chatelain   - et le Louvre de Napoléon
Perrin 1999 /  22.75 € - 149.01 ffr. / 374 pages
ISBN : 2-262-01582-1
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Rarement Denon aura suscité autant d\'intérêt depuis l\'époque où ce brillant causeur exerçait sur les dames une fascination où la verve le disputait à l\'érudition. Si les historiens d\'art réservent un pieux souvenir au premier directeur du Louvre, il n\'en va pas de même des foules ingrates qui chaque semaine déferlent dans l\'aile Denon du Musée. Et quand l\'on a quelque notion du personnage, bien souvent lui attribue-t-on le noyau des collections du plus grand musée du monde, dont il ne subsiste pourtant quasiment rien. Heureuse entreprise donc, et opportunément programmée pour le bicentenaire du retour d\'Egypte, à l\'heure où le Louvre consacre à cette riche personnalité colloque, lectures et expositions, que d\'en rééditer l\'unique biographie d\'ensemble.

L\'ouvrage, publié en 1973, est en quelque sorte une réponse à l\'étonnement que suscita chez Jean Chatelain, alors directeur des Musées de France, la prodigieuse activité de son lointain prédécesseur : quelles étaient donc les ressorts d\'une telle efficacité chez un homme certes riche en talents, diplomate, artiste, écrivain, collectionneur, mais que rien ne prédisposait à une activité intense et durable d\'administrateur ?

Né en 1747 près de Chalon-sur-Saône, le chevalier De Non, envoyé à 18 ans par la volonté paternelle fréquenter l\'Ecole de droit de Paris, se passionna très tôt pour les beaux-arts, dont il étudia particulièrement le dessin et la gravure. Après s\'être essayé au théâtre sans succès autres que féminins - son absence de talent lui valut, comme à tant d\'autres il est vrai, les cruelles moqueries de Bachaumont -, il fut introduit à la Cour où sa verdeur eut l\'heur d\'amuser un Louis XV vieillissant. Rapidement promu gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, il avait à charge la collection de pierres gravées entreprise par Mme de Pompadour.

En 1772, la faveur royale le convertit en diplomate, qualité qui lui permit d\'accroître son expérience des cours et ses relations. A partir de 1778, c\'est à Naples, auprès de la reine Marie-Caroline, soeur de Marie-Antoinette, qu\'il exerça sa mission la plus durable, d\'abord conseiller d\'ambassade puis, trois ans durant, ministre de France. Face à l\'hostilité d\'une reine qui prêtait le royaume de son époux à ses favoris successifs, hélas anti-Français, De Non eut l\'insigne consolation d\'émerveillements artistiques et archéologiques dont il rapportera le premier noyau de sa collection.

En 1785, enfin relevé par un ambassadeur en titre, le voilà à 38 ans, généreusement gratifié et pensionné et jouissant après la mort de son père d\'une très confortable aisance, libre de se consacrer à nouveau entièrement aux arts. A Paris, il cultiva les fréquentations utiles, dont David, et se fit recevoir à l\'Académie comme graveur avant de repartir, afin de réunir une documentation sur la peinture européenne, à Venise dont la séduction un peu blette le retint cinq ans. Les événements le rattrapèrent pourtant : revenu à Paris en décembre 1793 de peur de voir, comme émigré, tous ses biens confisqués, ce fut pour Robespierre et grâce à David que le citoyen Denon fit ses premières armes de peintre de pouvoir. Il n\'en était pas moins, après Thermidor, intégré dans la nouvelle société influente des Tallien, Talleyrand, Barras.

Ainsi introduit, il fut à 51 ans assez heureux pour se faire agréer comme dessinateur et archéologue parmi les savants conviés à participer à l\'expédition d\'Egypte. Un aspect inattendu de notre homme se révèle ici, celui d\'un caractère aventureux et courageux, point insensible aux misères de ses compagnons. Merveilleuse opportunité : non seulement le récit éperdu d\'admiration et remarquablement documenté qu\'il en rapporta, Voyage dans la basse et la haute Egypte, sera un succès éclatant, mais surtout c\'est du nouveau maître de la France qu\'il a désormais conquis l\'estime : un mois après son retour, le 18 Brumaire consacrait à la Malmaison une nouvelle cour, dont il fut d\'emblée un des familiers. Il ne restait plus qu\'un pas à franchir avant qu\'un arrêté consulaire de 1802, réorganisant l\'administration du Louvre, le nomme à la tête de la toute nouvelle direction des Musées.

Voilà quelle fut la \"formation\" paradoxale, dilettante et passionnée, du futur directeur. Les qualités qui feront son succès sont sans doute trop nettement exposées d\'entrée et souvent réitérées pour ménager au lecteur des découvertes psychologiques. Mais sans doute s\'agit-il de servir la démonstration: alliées à sa fougueuse érudition, une proximité cultivée avec les pouvoirs et un robuste sens du concret seront les éléments déterminants de sa carrière.

La plus grande partie de l\'ouvrage, le titre l\'annonce et l\'on ne saurait en vouloir au directeur des Musées de Malraux, porte sur les treize années où Denon servit Napoléon.

Au titre de surintendant des arts, responsable particulièrement des commandes d\'Etat, on peut lui imputer le développement considérable de l\'Ecole française des David, Gros, Girodet, Gérard. Il n\'était pas pour autant maître exclusif du goût du temps : s\'il influa personnellement sur la mode \"retour d\'Egypte\" et lança le genre \"anecdotal\" plus tard florissant sous la forme \"troubadour\", il se conforma généralement à l\'enthousiasme que soulevaient dans la nation toute entière, artistes compris, des événements prodigieux : l\'histoire contemporaine, illustrée essentiellement par des scènes guerrières, fournissait alors le gros des sujets, avec les portraits des puissants, dont il se fit alors une véritable industrie. Dans ce genre imposé, Denon suscitait et disciplinait l\'activité anarchique des artistes, aussi soucieux de rigueur que reconnu pour l\'attention presque paternelle qu\'il portait à tous dans un effort constant d\'impartialité. Mais il s\'efforçait également à la promotion de genres mineurs ou délaissés, paysage, art de la médaille, et en sculpture, le nu qui lui valut quelques déboires auprès d\'un Napoléon décidément rétif.

Cette partie de l\'étude aurait pu être fastidieuse; or l\'auteur a su éviter la monotonie d\'une sèche énumération d\'oeuvres commandées et artistes primés en faisant parler les propres notes de Denon qui, toutes administratives qu\'elles fussent, laissent passer beaucoup de sa personnalité, l\'enthousiasme, l\'autorité de jugement, la fine ironie.

Directeur des musées, Denon consacra en réalité au seul Louvre, et J. Chatelain lui emboîte le pas, la presque totalité de ses soins. La grande affaire était d\'abord de constituer les collections. Celui que son biographe qualifie d\'\"huissier priseur de l\'Europe\" déploya une énergie incessante, voyageant à la faveur de campagnes victorieuses de Vienne à Madrid, de Cassel à Rome, pour sauver les chefs-d\'oeuvre de l\'incurie de \"princes indignes\" ou de \"moine ignorantins\", rédigeant note sur note pour convaincre Napoléon de la nécessité, pour assurer la cohérence de son musée, de lui adjoindre telle pièce majeure, en un argumentaire reconduit plus de dix ans. Cet acharnement aboutit à constituer, sans que quiconque doute de la légitimité de ce rassemblement, la plus incroyable collection, réunion idéale, rêvée, de tous les aspects de l\'histoire de l\'art européen.

Dans le même temps, Denon administrait une institution très mouvante, tâchant de réguler les emprunts continuels en faveur des multiples résidences impériales, églises ou musées départementaux, composant avec les aménagements ininterrompus du palais comme avec les diverses manifestations temporaires dont l\'organisation lui incombait aussi, Salons ou second mariage de l\'empereur.

Invisiblement fêlée, hélas, était la base de cette oeuvre monumentale, fruit d\'abord de la victoire, et qu\'elle remportera en s\'envolant. En 1815, ayant constaté l\'inefficacité de leur magnanimité de 1814 et désespérant décidément de réconcilier ces incorrigibles Français avec l\'Europe, les Alliés ne pensaient plus qu\'à les châtier : il ne resta alors à Denon, pour finir en beauté, qu\'à veiller avec dignité au chevet de son musée agonisant, tour à tour temporisant et s\'indignant avant de ne le céder qu\'à la force. Cinq mille pièces, dont presque moitié de peintures, furent ainsi emballées et fort émouvant est le froid mémoire, étayé de ses notes d\'alors, que rédigea ensuite de ce dépècement le fossoyeur de son propre enfant.

Sans se prétendre une étude sur l\'administration napoléonienne à travers l\'exemple des arts, l\'ouvrage en fait au moins ressortir clairement une des caractéristiques, qui est son extraordinaire efficacité. Toute son expérience de cour fut ici précieuse à Denon, alliée à la fermeté de sa volonté et de son caractère, pour se faire entendre ou déjouer les rivalités, au premier rang desquelles celle de son dangereux ami David. Mais le ressort secret de sa réussite, qui lui fit rassembler en une gerbe harmonieuse les faisceaux de ses multiples talents, fut incontestablement sa profonde adéquation avec le régime : ce n\'est pas le seul de ces voltairiens qui, tôt clairvoyants sur l\'usure du vieux monde mais dégoûtés par les excès révolutionnaires, saluèrent en Napoléon le vrai héros national, l\'incarnation du despote éclairé. L\'admiration entière qu\'il éprouvait pour le Maître lui permit de s\'abandonner sans bassesse au plaisir de se montrer le courtisan qu\'il demeurait viscéralement. C\'est ainsi que la passion, essentiellement individualiste, d\'un grand collectionneur profita à l\'Etat qui avait su conjuguer l\'élan révolutionnaire et l\'ordre qui le canalise.

Loin d\'être foudroyé par l\'anéantissement de son oeuvre, Denon trouva dans la retraite où le renvoya, à 68 ans tout de même, sa démission de 1815 l\'occasion de se consacrer à l\'élaboration d\'une Histoire générale de l\'art. Les illustrations, qui devaient former le corps de l\'ouvrage, provenaient toutes de son éclectique collection. Enorme présomption ou simple conséquence du caractère méthodique et raisonné de sa constitution ? Un survol livresque est nécessairement moins parlant que ce que nous donne à voir l\'exposition actuellement présentée au Louvre mais J. Chatelain s\'attache à rassurer le lecteur sur l\'honnête provenance d\'une telle surabondance de pièces extraordinaires, qui apparaît bien comme l\'ensemble le plus fameux de son époque. Alors qu\'il n\'avait eu que le temps d\'ordonner et surtout faire reproduire ces planches avec un soin infini, selon le nouveau procédé lithographique, la mort vint donc surprendre, le 28 avril 1825, un Vivant Denon fidèle à lui-même, en pleine activité.

La sympathie avouée de l\'auteur pour son prédécesseur va vite gagner les lecteurs mêmes que rien ne dispose à s\'identifier au premier directeur des Musées. La figure est incontestablement originale, et dans une époque certes propice aux carrières étonnantes, c\'est lui-même qui, à force de talents et de travail, a construit la sienne. Mais l\'admiration du biographe n\'aboutit pas à un cadrage trop étriqué sur le personnage : Chatelain manie avec aisance les plans rapprochés et élargis en un va-et-vient réussi entre l\'homme et son temps. Le lecteur évolue ainsi au sein des diverses sociétés, raffinées ou épiques, traversées par ce voyageur, et rencontre nombre de figures de ce demi-siècle de bouleversements, de Voltaire à Ingres en passant par un Robespierre surprenant, Henri Beyle ou bien sûr Joséphine.

On peut toujours regretter qu\'aucune note, dans cette nouvelle édition qui n\'aurait en outre jamais du laisser passer tant de fautes typographiques, ne remette à jour, pour tenir compte des gigantesque remaniements récents, quelques comparaisons désormais incongrues entre le Louvre de Denon et le musée \"actuel\". Mais l\'on se réjouira surtout de relire une biographie solide, jamais pédante, encore moins tapageuse. Le genre n\'est pas si facile, s\'agissant de ces personnages qui, ne devant pas plus leur succès à de trépidantes aventures qu\'à un génie plus ou moins méconnu, demeurent au second plan sur la toile d\'une époque. Il reste que dans l\'ombre énorme du maître de l\'Europe d\'alors, Vivant Denon fut plus qu\'un figurant, dont on ne pouvait souhaiter portrait plus complet ni plus vivant.


Luce Gaume
( Mis en ligne le 10/08/2001 )
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