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La guerre et les grandes entrées
Didier Le Fur   Henri II
Tallandier 2009 /  30 € - 196.5 ffr. / 624 pages
ISBN : 978-2-84734-297-0
FORMAT : 14,5cm x 21,5cm

L'auteur du compte-rendu : Hugues Marsat est agrégé d'histoire. Enseignant dans le secondaire, il mène parallèlement des recherches sur le protestantisme aux XVIe-XVIIe siècles.
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Après Charles VIII et Louis XII mais passant sur François Ier, Didier Le Fur publie une nouvelle biographie royale consacrée au cadet du vainqueur de Marignan. Car ainsi qu’aime à le rappeler le quatrième de couverture, Henri de Valois, né le 31 mars 1519 et titré duc d’Orléans selon une longue tradition de la monarchie française envers ses augustes cadets, n’est pas appelé à régner. L’auteur insiste bien sur cette situation qui dissimule Henri derrière François, son aîné d’un an.

Didier Le Fur consacre toute la première partie de son livre sur ces implications : oublié de la propagande royale qui célèbre avec faste l’avenir prometteur du dauphin et duc de Bretagne entrevu par un astrologue, Henri grandit dans l’ombre d’un frère. Cette dernière expression est particulièrement bien choisie car, de fait, le sujet n’apparaît pas tant que cela dans ces premières pages jusqu’au chapitre final qui le marie en 1533 à l’âge de quatorze ans.

Par ailleurs, si l’entourage de l’enfant est évoqué, l’auteur est réduit faute de sources à quelques spéculations sur le contenu de son éducation. Les imbroglios de la politique royale en Italie sont en revanche d’autant plus expliqués que les conséquences sont importantes pour les deux fils du roi. Battu et fait prisonnier à Pavie (1525), François Ier ne sort de prison qu’en échangeant sa liberté contre la captivité de ses fils en Espagne de mars 1526 à juillet 1530. Si l’on suppose que la situation n’a pas été sans conséquence sur la psychologie des deux princes, l’auteur pour sa part ne se risque pas à de telles spéculations.

De fait Didier Le Fur ne semble pas ici de ces biographes qui s’essaient à reconstruire la personnalité de leur sujet. Au demeurant, il pose ses convictions dès la deuxième page de l’introduction. Il faut donc s’appuyer sur les différentes réactions du jeune Henri, une fois celui-ci placé sur le devant de la scène après la mort de son frère en 1536 et son avènement en 1547, pour se faire une idée de l’homme qu’il était. De même ses rapports avec les deux femmes qui occupent sa vie, Catherine de Médicis, son épouse, et Diane de Poitiers, sa maîtresse de 1538 jusqu’au décès du roi, apparaissent de manière très fugace. Le lecteur prendra ici toute la mesure de la différence d’avec une biographie de Catherine de Médicis comme celle de Thierry Wanegfellen (Payot, 2005), beaucoup plus intimiste mais absente de la bibliographie de cet Henri II.

Un des aspects plus frappant de cet état de fait réside dans l’étude de la cour du roi et des influences des différents clans qui la composent. Si la vigoureuse prise du pouvoir par le nouveau roi est magistralement exposée, les factions sont par la suite décrites à grands traits et leur importance émerge surtout dans les guerres via les deux soldats chefs de clans : le connétable Anne de Montmorency d’une part, et François, duc de Guise, d’autre part. Henri II ne prépare guère à une explication des guerres de religion qui suivent. Même si la politique religieuse du roi à l’égard des protestants est expliquée, principalement en un court chapitre de quinze pages.

En fait Didier Le Fur est avant tout un historien de la symbolique et de la propagande royale. N’a-t-il pas consacré sa thèse aux images des rois de France pendant les guerres d’Italie ? La publicité dont s’entoure Henri II au travers des médailles ou des écrits qu’il finance en bon mécène de la Renaissance ou surtout les entrées royales qui le célèbrent, occupent une des premières places dans cette étude. A titre d’exemple, l’entrée à Rouen en septembre 1550 fait l’objet d’un chapitre entier d’une vingtaine de pages, davantage que la politique antiprotestante. La grande richesse de cette biographie réside bel et bien dans l’étude de cette publicité – l’auteur lui-même utilise le terme et celui de publiciste.

L’autre point fort du livre repose dans la politique étrangère du roi. Les négociations, conclusions et retournement d’alliances, particulièrement prolifiques en cette fin de guerres d’Italie et dans la lutte qui oppose le roi de France à Charles Quint puis à Philippe II, sont détaillées avec une grande clarté d’exposition. Grâce à cela, le lecteur ne se perd jamais dans les dédales de la diplomatie italienne ou dans les atermoiements de la diplomatie des Tudor.

Et puis il y a les guerres, encore et toujours les guerres, qui prennent une grande place dans le court règne de ce roi et sur les résultats desquelles les historiens bâtissaient jusqu’alors un des piliers de la légende noire d’Henri II. Ainsi l’obsession italienne, la défaite de Saint-Quentin (1557) et la paix de Cateau-Cambrésis (1559) honnie par les grands capitaines de l’époque obscurcissaient le voyage d’Allemagne (1552) et la reprise de Calais (1558) après deux siècles de souveraineté anglaise. Le propos de l’auteur remet fort justement en contexte les choix opérés par le souverain d’un royaume encerclé par l’ennemi.

S’il ne prend pas son lecteur en traître, ayant exposé ses convictions et ses buts dans son introduction, Didier Le Fur risque de laisser plus d’un lecteur sur sa faim en dépit d’un ouvrage des plus consistants avec son cahier iconographique central, ses quelques cartes judicieusement placées et ses notes exclusivement bibliographiques qui précèdent une chronologie détaillée en fin de volume. Car si l’on comprend bien qu’il «est presque impossible à recomposer [l’intimité] d’un homme ou d’une femme de cette époque» (p.12) et que la politique d’alors n’est pas qu’affaire d’alcôves, ne peut-on déplorer que la politique intérieure semble ici particulièrement réduite aux cérémonies, comme si le règne d’Henri II n’est qu’un vide législatif pour ne pas dire politique ? Image trompeuse car le règne d’Henri II n’est-il pas aussi un règne charnière qui préfigure des orages à venir précipités par la mort accidentelle du roi lors d’un tournoi en 1559 ?

Il n’est dès lors pas sûr que le règne d’un roi qui semble avoir trop aimé la guerre et les grandes entrées, entre autre publicité, soit ici réhabilité comme l’auteur aspirait à le faire, même si ce n’était pas son seul objectif.


Hugues Marsat
( Mis en ligne le 14/04/2009 )
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