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''L’auguste mère d’Henri V''
Laure Hillerin   La Duchesse de Berry - L'oiseau rebelle des bourbons
Flammarion - Grandes biographies 2010 /  25 € - 163.75 ffr. / 541 pages
ISBN : 978-2-08-122880-1
FORMAT : 15,2cm x 24cm

L'auteur du compte rendu : Archiviste-paléographe, docteur de l'université de Paris I-Sorbonne, conservateur en chef du patrimoine, Thierry Sarmant est responsable des collections de monnaies et médailles du musée Carnavalet après avoir été adjoint au directeur du département des monnaies, médailles et antiques de la Bibliothèque nationale de France. Il a publié Les Demeures du Soleil, Louis XIV, Louvois et la surintendance des Bâtiments du roi (2003), Vauban : l'intelligence du territoire (2006, en collaboration), Les Ministres de la Guerre, 1570-1792 : histoire et dictionnaire biographique (2007, dir.).
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Il y a dans l’histoire de France des personnages qui sont tenus pour pittoresques mais sans conséquence. Telle est la duchesse de Berry, mère du comte de Chambord, surtout connue pour son «équipée» de 1832, vaine tentative pour soulever l’Ouest catholique contre le régime de Louis-Philippe.

Laure Hillerin ne cherche ni à donner son héroïne pour ce qu’elle n’est pas, ni à la réhabiliter, pour autant que la duchesse ait besoin d’une réhabilitation. Elle suit le cours d’une existence agitée, en puisant aussi bien dans des sources connues de longue date, comme les remarquables Mémoires de la comtesse de Boigne, que dans des documents inédits conservés en main privée.

La mise en œuvre de cette documentation est agréable et le récit se lit avec beaucoup de plaisir. Les curieux découvriront notamment la vie de la duchesse de Berry après 1832, les longues années passées auprès du comte Hector Lucchesi-Palli, mari de rencontre qui s’est révélé un compagnon solide. Les amateurs de la petite histoire trouveront aussi résolu le mystère de la naissance de l’enfant illégitime de la princesse : pour Laure Hillerin, son père n’est autre que le marquis de Rosambo, gendre du baron de Mesnard, premier écuyer de la duchesse de Berry.

Mais l’intérêt de cette biographie dépasse ces anecdotes de la chronique légitimiste. On y trouve en fait des clefs pour comprendre l’échec de la restauration des années 1814-1830 comme de la tentative de restauration de 1873. Avant comme après 1830, la duchesse de Berry peine à s’intégrer dans la famille royale, parce qu’elle est étrangère au grand traumatisme de 1793. N’ayant connu ni la mort du roi ni l’émigration, elle n’éprouve ni hostilité de principe à l’égard du régime constitutionnel ni peur panique devant les mouvements du peuple de Paris.

Ces sentiments, au contraire, sont profondément ancrés parmi les autres Bourbons – Charles X, le duc d’Angoulême, Madame Royale – et seront communiqués au jeune comte de Chambord. Incapable de composer avec le libéralisme politique, Charles X l’est tout autant de résister à l’épreuve de force. En 1830, quand l’émeute prend son essor, il a devant les yeux l’image de l’échafaud où est monté Louis XVI et «craque», alors que la duchesse de Berry voudrait «tenir». «J’aime mieux monter en carrosse qu’en charrette», aurait dit le vieux roi.

Dépourvue de culture politique mais dotée d’un caractère énergique, la duchesse de Berry aurait sans doute mieux passé l’épreuve du pouvoir et, si le comte de Chambord avait été élevé par elle, il aurait peut-être su saisir l’ultime chance de restauration qu’il laissa échapper en 1873.

Laure Hillerin a dépouillé la duchesse de Berry des oripeaux dans lesquels la piété légitimiste enveloppait «l’auguste mère d’Henri V» et a rendu son véritable caractère à celle dont Chateaubriand disait, dans les Mémoires d’outre-tombe : «l’avenir la prendra à gré, en dépit des personnes correctes et des sages couards».


Thierry Sarmant
( Mis en ligne le 20/07/2010 )
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