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Histoire & Sciences sociales  ->  Biographie  
 

Justice pour la Vieille Guenipe !
Jacqueline Martin-Bagnaudez   Regards sur Madame de Maintenon
Desclée de Brouwer 2011 /  19 € - 124.45 ffr. / 225 pages
ISBN : 978-2-220-06350-8
FORMAT : 15,1cm x 23,5cm

Jacqueline Martin-Bagnaudez collabore à Parutions.com

L'auteur du compte rendu : Françoise Hildesheimer est conservateur général aux Archives nationales et professeur associé à l'université de Paris I. Elle a notamment publié : Richelieu (Flammarion, 2004), La Double mort du roi Louis XIII (Flammarion, 2007) ainsi que Monsieur Descartes (Flammarion, 2010).

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C’est cette langue acérée qu’était la princesse Palatine qui, ne pouvant accepter le mariage morganatique de son beau-frère avec l\'ancienne gouvernante des bâtards qu\'il avait eu de madame de Montespan, l’affubla du surnom de «Vieille Guenipe». Cette aversion pour l\'épouse du grand roi rendue responsable des aspects négatifs du règne (en dépit de quelques hagiographes portés à rebours à en faire une sainte) fit long feu jusqu’à ce que Françoise Chandernagor réveille l’intérêt d’un large public pour le personnage.

Désormais, à l’écrit comme à l’écran (avec plus ou moins de bonheur), on se passionne pour le destin de cette femme au destin exceptionnelle, et les historiens peuvent en brosser un portrait plus équilibrée. De là un intérêt qui se développe sur tous les fronts de la recherche : on dispose de nouvelles sources, notamment celles qui présentent le point de vue de l’intéressée grâce à l’édition scientifique de sa correspondance par H. et E. Bots (Honoré Champion, éd. en cours). La recherche – en France et à l’étranger – remonte la trace, dans les nombreux ouvrages consacrés au Grand Roi, d’une dame ni si invisible ni si présente. La copieuse biographie due à J.P. Desprat (Perrin, 2003), à ce jour non remplacée, a permis de mettre en place une chronologie solide.

Les faits sont donc connus, et ce n’est pas à une biographie que s’est essayée Jacqueline Martin-Bagnaudez dans cet ouvrage, qui, s’il est original quant à son fond et à sa forme, n’apporte pas de révélation sur le vécu de la dame. Son propos d’abord – au-delà d’une chronologie pour laquelle elle ne fournit que quelques indispensables repères ‑ est de présenter de manière thématique la façon dont la personnalité et l’histoire de Mme de Maintenon s’inscrivent dans les aspects particuliers de la France de son temps. D’où les grandes divisions du livre, qui, au-delà du simple récit, observe Françoise d’Aubigné dans la société, dans l’entourage du roi, dans la vie religieuse et dans le domaine de l’éducation. Dans chacune de ces approches thématiques, il s’agit de montrer comment le personnage, au long des diverses fortunes qu’il a connues depuis son enfance niortaise jusqu’à sa retraite à Saint-Cyr, a vécu ces diverses situations : tantôt Françoise se montre un paradigme de son temps, tantôt elle s’en démarque. En quoi ? Pourquoi ? Par exemple, comment s’est formée l’étonnante culture de la gouvernante des enfants du roi et fondatrice de Saint-Cyr, quand sa propre éducation était au départ si déficiente ? Il faut fouiller les années Scarron, tellement déconcertantes et a priori pesantes, pour trouver des éléments de réponse.

Autre thème, central : celui du protestantisme. Les Aubigné sont bien une famille représentative de la situation religieuse du temps, mêlant souche protestante dont certains membre se raidissent quand d’autres se montrent bien tièdes, face à des catholiques pressés de ramener les hérétiques dans le giron de l’Église romaine, quels qu’en soient les motifs. Quant à Françoise, apôtre énergique et dépourvue d’états d’âme, dévote influençable, pratiquante pointilleuse, comment la petite sauvageonne devenue directrice de conscience des Dames de Saint-Cyr a-t-elle vécu son catholicisme ?

Ce livre pose ces questions, examine le comment et le pourquoi de situations qu’il tente d’éclairer en suivant Françoise de Maintenon à travers les «regards» croisés que l’intéressée et les témoins de son existence, y compris les historiens, portent sur sa personne. Les faits et dires de l’intéressée sont confrontés aux témoignages de contemporains, l’imaginative Mlle de Scudéry, la perspicace Mme de Sévigné, Saint-Simon et sa rivale dans le mépris la princesse Palatine, les admiratives béates que sont Mme de Caylus et Jeanne d’Aumale. J. Martin-Bagnaudez s’est nourrie de la littérature historique concernant la période, ce dont témoigne la solide bibliographie qui clôt le livre. Le parti pris permet de livrer des textes, des témoignages d’histoire, quelques uns peu connus.

L’ambition du projet éditorial est parfois trahi par les déficiences des sources. Si la documentation ne manque pas sur les dernières décennies de la vie de Mme de Maintenon, il n’en va pas de même pour les trois premières. Conséquence du peu de lien existant entre historiens de la littérature et historiens tout court, on peine à retrouver la trace de Mme Scarron dans les études concernant Paul Scarron. Inattendues aussi dans un livre d’histoire, ces quelques lignes consacrées aux travaux d’aiguille des femmes, quasiment jamais étudiés. Pourtant, quel que fût leur rang dans la société, elles occupaient leurs mains : à quoi ? comment ?

Au total, un livre parfaitement au fait des données de la recherche historique et qui s’adresse à tout public : une manière attrayante de dire l’histoire, qu’on pourrait utiliser pour d’autres personnages célèbres.


Françoise Hildesheimer
( Mis en ligne le 25/10/2011 )
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