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Histoire & Sciences sociales  ->  Biographie  
 

De la gloire révolutionnaire à l’exil anglais, itinéraire d’un Français libre (1)
Jean-Pierre Bois   Dumouriez - Héros et proscrit
Perrin 2005 /  24.50 € - 160.48 ffr. / 484 pages
ISBN : 2-262-02058-2
FORMAT : 15,5cm x 24,0cm
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«Cet homme [Dumouriez] avait beaucoup de tête et d’esprit, et s’il avait continué, il aurait eu le plus grand renom. C’était bien autre chose que La Fayette.» Ce jugement porté par Napoléon est sans doute nul doute partagé par Jean-Pierre Bois, qui nous livre une biographie talentueuse du général et du politique que fut Charles-François Du Périer Du Mouriez.

L’introduction refuse d’entrer dans une polémique sur la réhabilitation ou la damnatio memoriae commune lorsque l’on évoque Dumouriez. L’historien se limite à l’étude des faits et Jean-Pierre Bois en profite pour revenir sur deux siècles d’une historiographie plutôt mince, où Dumouriez oscille entre la figure du traître et celle de l’aventurier - jugement attribué au duc de Choiseul -, en tout cas un perdant de l’histoire. Pour lui rendre justice, l’auteur revient sur le parcours du général auquel la République doit les victoires de Valmy et de Jemmapes.

D’une lointaine ascendance provençale - un Du Périer est chanté par Malherbe -, le jeune Charles-François naît à Cambrai en 1739, où son père exerce les fonctions de commissaire ordonnateur des guerres. La famille Dumouriez s’est déjà illustrée au siècle précédent, grâce aux talents multiples de Charles-François Du Périer, grand-père du général, comédien dans la troupe de Molière avant de basculer dans le monde de la finance. Il importe de Hollande un modèle de pompe à incendie dont il obtient le privilège en 1699, ce qui lui vaut encore aujourd’hui d’être réputé créateur du corps des pompiers de Paris.

De la jeunesse de Charles-François, on sait peu de choses, sinon qu’il a fait d’excellentes études avant de choisir la carrière militaire. Il fait ses premières armes pendant la guerre de Sept ans, où il s’illustre lors des campagnes de 1760 et 1761. Il en rapporte un catalogue des généraux français bien peu flatteur, qui ne sera publié qu’en 1790 (Galerie des aristocrates militaires et Mémoires secrets) ! La paix revenue, Dumouriez voyage dans l’Europe méditerranéenne «pour étudier les langues et les mœurs des peuples». Il y gagne une réputation d’aventurier, mais non sans talents. Choiseul, au début de l’année 1770, l’envoie soutenir l’effort militaire de la Confédération de Bar contre la Russie. Cette mission est un échec : face à une aristocratie polonaise incapable de s’allier, Dumouriez revient en France en 1772. La diplomatie l’intéresse pourtant et c’est sans surprise qu’il intègre le Secret du Roi pour une mission à Hambourg qui, mal préparée et mal conduite, le conduit pour quelques mois à l’ombre de la Bastille puis en exil à Caen. Le nouveau règne le sort de sa relégation. C’est à Cherbourg, dont il est nommé commandant en 1778, que Dumouriez montre l’étendue de ses capacités : tour à tour ingénieur, géographe et logisticien, il y développe notamment le port militaire, qui attire en 1786 Louis XVI, dont l’intérêt pour la marine est bien connu.

Jean-Pierre Bois conclut son chapitre IV avec un autoportrait de Dumouriez à la veille de la Révolution. Âgé de 50 ans, maréchal de camp et cordon rouge, le général profite des circonstances pour prendre le parti de la Révolution. Les premiers chapitres, volontairement complets et parfois un peu techniques, prennent alors toute leur place en expliquant le ralliement de Dumouriez à la Révolution. Pourtant, jusqu’en 1792, Dumouriez n’appartient qu’à la galerie des personnages secondaires de la Révolution. Le général tente pourtant de se hisser au premier plan : il profite d’une émeute à Cherbourg pour constituer et prendre la tête de la Garde nationale. Bientôt désavoué, il est rappelé à Paris, où il erre dans les salons et dans les clubs. Il y fréquente les premiers ténors de l’Assemblée nationale, Barère et Mirabeau. Il conduit une mission en juin 1790 devant le Congrès belgique pour y suivre l’insurrection du Brabant, mais une fois de plus, le résultat s’avère décevant. Finalement, le général retourne à ses premiers amours : on lui confie le commandement de la 12e division militaire qui comprend les départements de l’Ouest (Mayenne et Loire, Loire-Inférieure, Vendée, Deux-Sèvres, Charente-Inférieure). Il y affronte les premiers troubles à la fin de l’année 1791 et au début de 1792. Ce rappel montre d’ailleurs que la guerre de Vendée ne débute pas au début de 1793 comme on se plaît à l’écrire, mais que les origines sont plus anciennes et surtout, que les actes de violences se manifestent dès 1791. Dumouriez s’affirme comme un des premiers pacificateurs de la Vendée, à l’action plutôt modérée et qui mérite mieux son titre qu’un de ses successeurs comme Turreau !

Lieutenant général en février 1792, Dumouriez revient à Paris. Ayant donné un Mémoire sur le ministère des Affaires Étrangères à la fin 1791, c’est presque naturellement qu’on lui propose le ministère au mois de mars 1792. Il intègre le cabinet des ministres girondins ; s’il compte chez eux des amis, la description que fait de Dumouriez Madame Roland n’est pas particulièrement flatteuse : «un homme au regard faux». La position politique de Dumouriez reste floue : sans qu’on puisse le taxer d’être partisan des aristocrates, ses contemporains peinent à le situer sur l’échiquier politique. En fait, Dumouriez tente de se démarquer à tous prix de ses collègues.

La situation internationale du début 1792 lui permet cette attitude. Dans le contexte de la marche à la guerre, le ministre des Affaires étrangères est au premier plan. Après avoir réorganisé les bureaux, où il s’entoure d’un personnel fidèle qui partage les mêmes vues que lui (notamment des anciens du Secret du roi), il nomme aux ambassades des diplomates expérimentés et de valeur (par exemple, Barthélemy, le futur Directeur). La personnalité du général, sa fermeté face à l’ennemi expliquent peut-être son choix au moment où se décide la guerre (fin avril 1792). L’activité diplomatique de Dumouriez trouve à s’employer en direction des puissances européennes pour opérer une sorte de «containment» de l’Autriche. Dumouriez espère surtout préserver la neutralité de l’Angleterre, ce qu’il obtient non sans mal. De fait, sous le diplomate perce déjà le général.

Partisan de la guerre, Dumouriez se substitue très vite à son pâle collègue le comte de Grave, chargé des affaires militaires. Les premières opérations se déroulent dans l’urgence et la précipitation ; lancées à la fin du mois d’avril, les actions en direction de Tournai et de Mons échouent et se soldent par de véritables revers. Le général Dillon est massacré par ses troupes, l’armée de Biron se replie en catastrophe sur Valenciennes. Déjà, les premières rumeurs accusent Dumouriez d’être responsable de ces défaites, et d’être un agent du «Comité autrichien». Fragilisé, malgré un bref passage au ministère de la guerre (du 12 au 15 juin !), Dumouriez se ménage un commandement et rejoint la frontière.

La suite est connue ; Jean-Pierre Bois revient à nouveau sur cette guerre de l’an I en montrant les traits de génie du général Dumouriez, qui sait tirer profit d’une situation stratégique préoccupante. La bataille de Valmy (20 septembre 1792), ressaisie dans son contexte, devient un moment central ; l’auteur montre l’audace du plan de Dumouriez, et sa parfaite réalisation. Par sa maîtrise du champ de bataille, au-delà du combat même et de cette canonnade, Valmy reprend sa place au panthéon des victoires de la République, une République proclamée le lendemain ! La poursuite de la campagne entamée trouve sa conclusion à Jemmapes, six semaines plus tard (6 novembre 1792), victoire qui scelle la conquête de la Belgique.

Mais de nouvelles tensions naissent. L’attitude de la Convention vis-à-vis des pays conquis, la méfiance d’une partie de l’Assemblée contre un ancien ministre girondin, les querelles autour du procès du roi menacent la position de Dumouriez. A la fin de janvier et dans le courant du mois de février 1793, le général est attaqué par les Jacobins et par Marat. Fragilisé politiquement, dans une situation militaire tendue, Dumouriez franchit son Rubicon en adressant une lettre ouverte à la Convention le 12 mars 1793, dans laquelle il stigmatise la politique de la Convention. La défaite de Neerwinden, le 18 mars, le condamne encore plus sûrement. La suite est connue : Dumouriez fait lentement défection et se prépare à marcher contre la Convention. Des premières entrevues avec les Autrichiens à l’arrestation des commissaires envoyés par la Convention, Jean-Pierre Bois met en scène le destin tragique et l’échec final de Dumouriez.

Les deux derniers chapitres couvrent l’exil et la proscription du général déchu. L’étude des écrits politiques forme l’essentiel de ces pages, tout en insistant sur les pérégrinations germaniques puis anglaises d’un général qui ne cesse de porter ses regards sur une diplomatie européenne en perpétuel bouleversement. C’est la rigueur de l’exil, exil que Dumouriez tente de lever plusieurs fois, voyant Napoléon ouvrir le temps de la réconciliation… Las ! Déçu, le général se tourne vers Pitt dont il devient un «conseiller politique». Jusqu’à sa mort, le 14 mars 1823, Dumouriez demeure en Angleterre, où ses cendres reposent toujours.

De cette biographie passionnante qui se lit comme le roman de l’Europe en bouleversement des années 1760 à 1815, on retiendra la chaleur avec laquelle Jean-Pierre Bois réhabilite un général et diplomate partisan d’une monarchie tempérée, passionnément attaché à son pays, et qui par bien des côtés, est la part d’ombre d’un autre général, Bonaparte, qui réussit avec le coup d’État de Brumaire là où Dumouriez avait échoué.

(1) Dumouriez se qualifie ainsi dans ses Mémoires.


Guillaume Lasconjarias
( Mis en ligne le 11/10/2005 )
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