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Histoire & Sciences sociales  ->  Biographie  
 

Quoi de neuf ? Aliénor
Jean Flori   Aliénor d'Aquitaine
Payot - Biographie Payot 2004 /  27.50 € - 180.13 ffr. / 544 pages
ISBN : 2-228-89829-5
FORMAT : 14x23 cm

L'auteur du compte rendu : Historienne et journaliste, Jacqueline Martin-Bagnaudez est particulièrement sensibilisée aux questions d’histoire des religions et d’histoire des mentalités. Elle a publié (chez Desclée de Brouwer) des ouvrages d’initiation portant notamment sur le Moyen Age et sur l’histoire de l’art.
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Tant d’ouvrages ont été consacrés à celle qui fut l’épouse successive d’un roi de France et d’un roi d’Angleterre qu’on se demande si l’on ne sait pas déjà tout de cette personnalité agissante. La première surprise, c’est qu’un directeur de recherche au CNRS, spécialiste de l’histoire du XIIe siècle, cède à l’actualité du huitième centenaire de sa mort et apporte son propre discours à propos d’une femme «hors normes» ‑ comme il le souligne à plusieurs reprises – et dont la personnalité l’a incontestablement séduit.

Peut-être est-ce d’abord une leçon méthodologique que J. Flori entend donner à son lecteur. Impossible de nier, même à notre époque où l’histoire-batailles a montré ses limites, le poids de certaines individualités dans les événements de leur temps ; Aliénor est de celles-ci. Mais comment aborder l’histoire d’un personnage sur lequel on a tant dit ? Bien sûr l’historien balaie dès l’abord d’un revers de main toute la littérature romanesque et pseudo-féministe à travers laquelle nombre d’auteurs amateurs de scandales ont fait revivre une héroïne qui doit plus à l’imagination des plumitifs qu’à la réalité de l’histoire. C’est à «l’Aliénor de l’Histoire que nous n’atteignons jamais» (p.437) qu’il s’intéresse. Ces quelques mots arrivant in fine répondent à une introduction où l’auteur soulignait déjà la difficulté de dégager le personnage de la légende noire qui, de son vivant même, en avait enrobé la réalité. Alors, à quoi bon s’être attelé à la tâche ?

La réponse tient dans le savoir-faire du maître, et aussi dans sa familiarité avec ce Plantagenêt non moins célèbre que fut le roi Richard, dit Cœur de Lion, fils préféré d’Aliénor. La fréquentation des sources concernant le XIIe siècle, et l’érudition de l’auteur (quels travaux n’a-t-il pas lus sur la reine ?) lui permettent de suivre, tout au long de son ouvrage, une méthode originale. Sans doute, les événements sont-ils connus, qui ont ponctué la longue vie (1124-1204) d’Aliénor. Sur le plan des faits, il n’y a pas grand chose de neuf à révéler. Aussi est-ce à de nouveaux regards que nous convie J. Flori. Sur chacun des épisodes qu’il distingue, il donne la parole aux chroniqueurs, rappelant sans relâche à son lecteur qu’il doit prendre garde aux préjugés ecclésiastiques du temps et se méfier, dès qu’on aborde la seconde génération de témoins, de la légende noire déjà créée autour du personnage. Il convient aussi de regarder de très près la façon même dont les textes sont rédigés. Combien de fois un épisode, un commentaire, sont-ils assortis d’une incise dans le genre «dicitur», attestant que l’auteur du texte reconnaît implicitement qu’il ne veut pas assumer des informations qui lui ont été rapportées. Et puis, autre méthode d’investigation du passé, J. Flori reprend à son compte la façon nouvelle d’utiliser la diplomatique. L’historien analyse ensuite l’interprétation qui a été faite de ces sources par ses prédécesseurs. Mais bien souvent, se gardant de donner son accord à l’un ou l’autre de ces travaux, après avoir dégagé leurs aspects positifs et/ou négatifs, il conclut par la persistance d’interrogations et laisse son lecteur quelque peu sur sa faim.

Pourtant, quelques certitudes habitent J. Flori. Ainsi, si on ignore ce qui s’est réellement passé à Antioche, c’est bien d’un commun accord que la rupture entre Louis VII et son épouse a été voulue dès 1151. La responsabilité de la reine d’Angleterre dans la révolte des fils d’Henri II contre leur père, son second époux, est indéniable. De grandes idées traversent toutes les analyses présentées dans cet ouvrage, sans cesse rappelées : se souvenir que dans la mentalité du temps, les échecs subis sont le signe de châtiments infligés pour des fautes morales qu’on a commises ; que la personnalité hors du commun d’Aliénor ne pouvait qu’engendrer la critique des mâles – féodaux ou ecclésiastiques ‑ au milieu desquels elle a vécu. Dans un autre domaine, l’auteur reste convaincu que la multiplication des discours sur l’amour courtois reflète, pour le moins, une préoccupation qui habitait réellement les milieux aristocratiques du temps.

C’est sans doute la deuxième partie du livre qui est la plus originale. Après avoir dans un premier temps suivi chronologiquement l’histoire pleine de péripéties de la vie d’Aliénor, l’auteur y fait le point, dans quelques chapitres thématiques, sur ce qu’il appelle des «Questions controversées – Aliénor et ses reflets». Il s’agit de reprendre des événements tels que l’affaire d’Antioche, mais aussi de s’interroger sur ce qu’a pu représenter, dans la réalité des faits, le pouvoir politique de la reine (il n’aurait, selon l’auteur, guère dépassé ses propres terres, quoi qu’elle ait pu tenter pour exercer son influence au-delà), et dans quelle mesure elle aurait exercé un patronage littéraire effectif. L’horizon ouvert par J. Flori s’élargit alors grâce à sa familiarité avec les sources littéraires. Une longue digression sur l’amour courtois, au cours de laquelle il discute l’interprétation de Gorges Duby, l’amène, quelques pages plus loin, à dresser un parallèle convaincant entre Henri/Aliénor d’une part, Arthur/Guenièvre d’autre part ; à telle enseigne que le regard de plus en plus critique que la littérature porte sur Guenièvre reflèterait les critiques croissantes adressées à Aliénor.

Voici donc, parmi le foisonnement éditorial concernant celle qui a voulu fixer d’elle-même, pour l’éternité, par son gisant de Fontevraud, une image apaisée quoiqu’énigmatique, un ouvrage qui va bien au-delà d’une vita, si érudite soit-elle, et qui devrait marquer la bibliographie de la «reine insoumise».


Jacqueline Martin-Bagnaudez
( Mis en ligne le 08/07/2004 )
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