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Histoire & Sciences sociales  ->  Biographie  
 

Portait d’une femme exceptionnelle
Pierre Cornut-Gentille   Madame Roland
Perrin 2004 /  22.50 € - 147.38 ffr. / 410 pages
ISBN : 2-262-01681-X
FORMAT : 14x23 cm

L'auteur du compte rendu : Historienne de formation, Malika Combes travaille sur les liens entre pouvoir et musique au XXe siècle. Elle effectue une thèse de doctorat à l'EHESS sur la section musique de l'Académie de France à Rome (Villa Médicis).
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Dans le prologue de la biographie qu’il a écrite, Pierre Cornut-Gentille dit avoir rédigé l’«histoire de l’ascension improbable d’une sage petite bourgeoise de Paris». Mais l’avocat et historien a fait bien plus ! Dans cet ouvrage très agréable à lire, il retrace l’histoire de Marie-Jeanne Phlipon devenue ensuite Madame Roland, et corrige ce qu’en a fait la postérité, tant du côté de ses ennemis que de celui de ses admirateurs. Car la jeune femme ne fut pas, comme l’ont dépeinte les Montagnards, une intrigante qui multipliait les amants, ni comme le disent les Romantiques, tels Lamartine ou Michelet, une égérie de la Révolution inspiratrice des Girondins. Son rôle dans la Révolution et son influence sur les Girondins, ses amis, est parfois difficile à évaluer. Néanmoins il est indéniable qu’avec Madame Roland nous sommes face à une personnalité hors du commun.

Née en 1754, fille d’un marchand de l’île de la Cité où elle vécut jusqu’à son mariage, Manon Phlipon peut être vue comme une enfant prodige. En autodidacte, elle se forge une culture hétéroclite grâce à des lectures variées. Après avoir un temps voulu consacrer sa vie à Dieu, elle s’éloigne des idées religieuses au profit d’un intérêt accru pour le Bien public, passant du scepticisme au déisme intellectuel, puis à l’athéisme. La lecture de La Nouvelle Héloïse de Rousseau en 1776 marque un tournant dans sa conception de la vie. Tout au long de son existence, Marie fera référence au livre de Rousseau et s’identifiera à Julie de Wolmar. Trouvant son Wolmar en Jean-Marie Roland, Inspecteur des manufactures et encyclopédiste de vingt ans son aîné, elle décide de mener une vie tranquille, s’occupant de leur fille Eudora et de leur propriété au Clos de la Platière près de Villefranche en Bourgogne, secondant son mari dans ses travaux encyclopédistes.

Elle suit de loin ce qui se passe sur le terrain politique. Sa conception de la Révolution est une conception bourgeoise (elle est en faveur d’une Révolution dirigée contre les hiérarchies et les privilèges de l’État monarchique) ; aussi ne reconnaît-elle pas la valeur de la révolte des canuts à Lyon en 1786 et montre un certain désabusement devant les capacités du peuple à prendre en main son destin. Par ailleurs, ce que lui ont souvent reproché les féministes, elle se plie au conformisme de son temps et de son milieu, redoutant de passer pour une femme savante.

Finalement, en 1789, elle renoue avec les rêves d’héroïne spartiate ou romaine de son adolescence, abandonnant un temps l’idéal rousseauiste, pour entrer dans l’action politique. De manière anonyme toutefois, elle écrit des articles pour Le Patriote français de Brissot, des articles où le ton martial, le style direct, lapidaire, montrent une militante passionnée. Désormais plus rien ne compte que la Révolution. Elle reçoit dans son «salon» les hommes qui font la Révolution puis adopte le rôle de la femme de ministre, Roland étant nommé à la tête du ministère de l’Intérieur. Elle écrit avec lui ses discours et s’occupe de ce que nous pourrions nommer aujourd’hui des «relations publiques» ou de la «communication» du ministère. Son histoire – et le livre avec peut-être un peu trop de complaisance pour les amis du ménage Roland – se confond alors avec celle des Girondins. Dans la lutte que ceux-ci mènent contre les Montagnards, le procès et l’exécution du roi sonnent leur première défaite. Individualistes à l’extrême, victimes de leur manque de coordination, les Girondins sont entraînés dans une chute qui mènera à la mort leurs chefs, accusés à tort d’être favorables à la monarchie. La haine, relayée par de nombreux pamphlets, contre le couple royal est substituée par celle contre le couple Roland, couple républicain que les Montagnards accusent d’intrigues et de collaboration avec l’ennemi étranger et monarchique. Madame Roland finit par être arrêtée dans la nuit du 31 mai au 1er juin 1793 ; son mari, son amant Buzot en qui elle a enfin trouvé son Saint-Preux, et ses amis sont en fuite. Dans sa prison, elle ne perd pas espoir, elle prépare sa défense et celle des Girondins, elle envisage d’émigrer aux États-Unis et se met à écrire. Suite au procès de 21 chefs girondins qui se conclut par leur exécution, elle sait sa mort certaine. Elle fait alors montre d’un grand courage qui force l’admiration. Renonçant à l’idée du suicide, elle monte sur l’échafaud sans avoir renié aucune de ses convictions.

La biographie de Pierre Cornut-Gentille laisse souvent la parole à cette femme exceptionnelle. Son ton, d’une très grande franchise, son enthousiasme et son amour du Bien public nous séduisent. Son influence a certainement été exagérée comme le montre l’auteur. Son «salon» fut d’une durée éphémère, mais il a pour particularité d’avoir été le premier salon strictement politique. Sa participation à la Révolution se caractérise par une grande discrétion et son poids sur les décisions des chefs Girondins, tels Vergniaud ou Brissot, est minime. Pierre Cornut-Gentille rétablit les faits sans diminuer en rien la valeur de l’engagement et les qualités de Madame Roland dont nous rappelons pour terminer la phrase, tant de fois vérifiée, qu’elle prononça avant d’être guillotinée, « Ô Liberté ! Que de crimes on commet en ton nom !».


Malika Combes
( Mis en ligne le 08/07/2004 )
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