L'actualité du livrerencontre rencontrefemme Lundi 22 janvier 2018
  
 
     
Le Livre
Histoire & Sciences sociales  ->  
Biographie
Science Politique
Sociologie / Economie
Historiographie
Témoignages et Sources Historiques
Géopolitique
Antiquité & préhistoire
Moyen-Age
Période Moderne
Période Contemporaine
Temps Présent
Histoire Générale
Poches
Dossiers thématiques
Entretiens
Portraits

Notre équipe
Littérature
Essais & documents
Philosophie
Beaux arts / Beaux livres
Bande dessinée
Jeunesse
Art de vivre
Poches
Sciences, écologie & Médecine
Rayon gay & lesbien
Pour vous abonner au Bulletin de Parutions.com inscrivez votre E-mail
Rechercher un auteur
A B C D E F G H I
J K L M N O P Q R
S T U V W X Y Z
Histoire & Sciences sociales  ->  Biographie  
 

L'empire en son point d'équilibre
Daniel Arnaud   Nabuchodonosor II, roi de Babylone
Fayard 2004 /  24 € - 157.2 ffr. / 386 pages
ISBN : 2-213-61761-9
FORMAT : 14x22 cm

L'auteur du compte rendu : Christophe Badel, professeur d'histoire romaine à l'Université de Rennes II, est un spécialiste des structures politiques et sociales de la Rome impériale. Il a dirigé un recueil de documents, Sources d'histoire romaine, Ier siècle av. J.-C.-début du Ve siècle apr. J.-C, (Larousse, 1993), et rédigé plusieurs ouvrages liés au programme de l'agrégation et du CAPES (dont L'Empire romain au IIIe siècle après J.-C., Textes et documents, SEDES, 1998).
Imprimer

La présence de Nabuchodonosor dans la Bible lui a assuré un destin durable dans la mémoire occidentale, situation illustrée par l\'octroi de son nom à la plus grande des bouteilles de champagne (16 litres) et la composition de l\'opéra Nabucco par Verdi (1842) ; mais cette renommée se résume justement à un nom aussi sonore qu\'exotique.

Dans la première biographie en français consacrée au souverain, D. Arnaud, directeur d\'études à l\'École pratique des hautes études, lui donne corps en s\'appuyant surtout sur l\'épigraphie. Avec l\'archéologie, les tablettes écrites en cunéiforme fournissent en effet la source principale sur ce règne : l\'auteur est un spécialiste reconnu d\'épigraphie mésopotamienne et a publié de nombreux textes trouvés à Larsa, Ras-Shamra ou Ougarit. Elles permettent d\'appréhender le règne, sinon l\'homme.

Le gouvernement de Nabuchodonosor II (605-562) correspond à l\'apogée de l\'Empire babylonien, après l\'effondrement de l\'Empire assyrien. La première partie du livre, \"La maîtrise de l\'Empire\", en retrace la construction et la gestion. C\'est le père de Nabuchodonosor, Nabopolassar, qui s\'était révolté contre les Assyriens, avait pris, de concert avec les Mèdes, leur capitale, Ninive (612), et soumis l\'essentiel de la Mésopotamie. Le fils continua sur cette lancée en conquérant la Syrie et la Palestine, entreprise dont l\'épisode le plus connu reste la prise de Jérusalem (587). Il y parvint en refoulant les Égyptiens, seuls adversaires à sa mesure, qui avaient des ambitions traditionnelles dans la région. Cette mainmise sur le Proche-Orient ne s\'accompagna d\'aucune réforme administrative et Nabuchodonosor le géra selon les méthodes de ses prédécesseurs, laissant une large autonomie aux gouverneurs et aux princes vassaux.

Le style de son gouvernement est l\'objet de la deuxième partie, \"La Babylonie\". Autant et plus que la guerre, le devoir d\'un roi babylonien était d\'honorer les dieux et de restaurer les temples, car il se situait au contact du monde religieux et du monde profane. Dans ses textes, Nabuchodonosor se vante de ses constructions, essentiellement religieuses, alors qu\'il se montre discret sur ses expéditions militaires. Favoriser les temples était une façon de gouverner l\'Empire, puisqu\'ils étaient des centres de gestion des hommes et des richesses. A Babylone, l\'action la plus spectaculaire tint dans l\'édification d\'une nouvelle enceinte, scandée par des portes monumentales, telle la porte d\'Ishtar, recouverte de briques à glaçure bleues et jaunes, dont on peut voir la reconstitution au Musée archéologique de Berlin. Rien ne reste en revanche des fameux \"jardins suspendus\", qui se bornaient à être des jardinières placées sur des terrasses, s\'ils ont jamais existé.

Ce mode de gouvernement n\'avait rien que de très traditionnel et cette fidélité au passé apparaît de même dans l\'adoption d\'un style archaïsant pour le style de l\'écriture cunéiforme. Pourtant, l\'Empire babylonien avait besoin pour durer de réformes de structure et cet \"inachèvement\" de l\'oeuvre de Nabuchodonosor explique que l\'ouvrage ne se clôt pas sur sa mort mais étudie les règnes de ses successeurs immédiats, ce qui est une façon de dresser un bilan du règne. Cette dialectique entre le passé et l\'avenir fait le coeur de la troisième partie, \"A la recherche d\'un monde nouveau\". Son quatrième successeur, Nabonide (556-539), tenta en effet une réforme religieuse qui assurait la suprématie du dieu-lune, Sin, sur les autres divinités. C\'était sans doute une façon de renforcer l\'unité d\'un Empire très fragile mais elle n\'eut pas le temps de faire sentir ses effets et Nabonide se révéla impuissant face à l\'offensive du roi perse Cyrus, qui prit Babylone et mit fin à l\'Empire babylonien (539).

Une telle issue ne peut que susciter la question : en quoi Nabuchodonosor fut-il un grand roi ? Les documents épigraphiques ne permettent pas de cerner sa personnalité même s\'ils révèlent certains axes de sa politique. Mais le grand intérêt de cette biographie est de nous faire entrer dans l\'univers mental du roi. Il sut profiter d\'un long règne et d\'une conjoncture favorable pour reconstituer un grand Empire mais ne conçut jamais son action que comme la répétition des actes des grands souverains des temps passés, sans mettre en place une structure impériale digne de ce nom. Un esprit chagrin pourrait estimer que sa réputation est en partie usurpée mais D. Arnaud préfère parler d\'un \"point d\'équilibre\" atteint par la société mésopotamienne. En l\'état de ses structures matérielles et mentales, elle ne pouvait faire mieux et Nabuchodonosor a exploité le maximum de son potentiel. Il devait revenir à l\'Empire perse de faire franchir une nouvelle étape à l\'histoire des constructions impériales.


Christophe Badel
( Mis en ligne le 03/08/2004 )
Imprimer

A lire également sur parutions.com:
  • Hammu-rabi de Babylone
       de Dominique Charpin
  •  
    SOMMAIRE  /  ARCHIVES  /  PLAN DU SITE  /  NOUS ÉCRIRE  

     
      Droits de reproduction et de diffusion réservés © Parutions 2018
    Site réalisé en 2001 par Afiny
     
    livre dvd