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Un Foucquet chasse l’autre
Alix de Rohan-Chabot   Le Maréchal de Belle Isle - ou la revanche de Foucquet
Perrin 2005 /  22.50 € - 147.38 ffr. / 346 pages
ISBN : 2-262-02330-1
FORMAT : 14x22 cm

L'auteur du compte rendu : Guillaume Lasconjarias, ancien élève de l’Ecole normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud, agrégé de l’Université, prépare une thèse de doctorat sur les gouverneurs des provinces de l’est de la France au XVIIIe siècle.
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On associe le plus souvent le nom de Foucquet au malheureux surintendant des Finances de Louis XIV. Pourtant, son petit-fils, Charles-Louis Auguste Foucquet, maréchal de France et duc de Belle-Isle, premier militaire à devenir secrétaire d’État de la Guerre, attendait encore son biographe. Il faut donc saluer le livre d’Alix de Rohan-Chabot, qui embrasse toutes les facettes d’un personnage essentiel de la France de Louis XV. D’une facture classique, quinze chapitres nous entraînent sur les pas de Belle-Isle, du Languedoc à Paris, de Metz à Francfort puis à Prague, du château et des jardins de Bizy, domaine normand objet de tous les soins de Belle-Isle, aux intrigues de Versailles.

Après un rappel des origines de Belle-Isle, où l’auteur insiste notamment sur l’importance des femmes dans l’ascension du héros, on suit le parcours militaire d’un jeune homme au temps de la guerre de succession d’Espagne. Soutenu par ses deux tantes, la duchesse de Charost et Mlle de Chevreuse, Charles-Louis intègre la compagnie des mousquetaires gris en janvier 1701, avant de passer capitaine l’année suivante dans la Royal-Cavalerie. Mestre de camp d’un régiment de dragons en 1705, brigadier après le siège de Lille en 1708 (où il est gravement blessé), le comte de Belle-Isle achète la charge de mestre de camp général des dragons en 1709. Cette carrière rapide, qui n’a rien d’exceptionnel, permet de nuancer les appréciations de l’auteur, qui ne voit dans Louis XIV que le roi «si hostile aux Foucquet» (p.34).

Les années de la Régence sont plus favorables à Belle-Isle. Il mène à bien l’échange de la seigneurie de Belle-Île en mer contre des terres normandes autour de Gisors, et s’illustre dans la courte guerre contre l’Espagne en 1718. L’affaire La Jonchère – du nom de ce trésorier de l’Extraordinaire des guerres, accusé de concussion dont le secrétaire d’État de la Guerre, Claude Le Blanc, et les frères Belle-Isle auraient profité – marque un coup d’arrêt dans la course aux honneurs. Le comte de Belle-Isle connaît un temps la Bastille, puis l’exil en Bourbonnais (1726). La disgrâce du duc de Bourbon et le retour aux affaires de Le Blanc entraînent le rappel de Belle-Isle, nommé commandant dans les Trois-Évêchés lors des menaces de guerre du printemps 1727.

On déplore de trop nombreuses approximations dans ce chapitre 4, tant sur la pratique des camps de paix (pp.59-60) que sur les imprécisions et les confusions entre le grade de lieutenant général des armées du roi, la commission de commandant en chef des Évêchés et la charge de gouverneur de Metz (pp.64-65). On regrette aussi certains jugements un peu hâtifs, comme la nomination de Berwick au gouvernement de Strasbourg vue comme l’annonce d’une guerre à venir (p.76).

Les chapitres suivants, qui traitent des guerres de succession de Pologne (1733-1737) puis de celle d’Autriche (1740-1748), auraient sans doute mérité un rappel plus vaste des enjeux diplomatiques européens. Si le rôle de Belle-Isle en matière diplomatique est bien décrit, l’auteur se complaît dans une suite d’anecdotes à l’intérêt moins évident. La conséquence en est un effet de balancier, où l’on hésite entre une vision des opérations à l’échelon diplomatico-stratégique et la réalité sur le terrain. L’auteur nous entraîne ainsi de la préparation de la campagne de 1747 à la bataille du col de l’Assiette où l’on assiste aux derniers instants du chevalier de Belle-Isle, frère cadet du maréchal, dont la description n’est pas sans rappeler la mort tragique du héros dans un film hollywoodien (p.185).

La dernière partie de l’ouvrage est consacrée au rôle de Belle-Isle comme secrétaire d’État de la Guerre. Les défaites de Rosbach et de Creveldt, où le comte de Gisors, fils unique du maréchal-duc, est tué, expliquent la volonté de réforme qui anime Belle Isle alors que la France s’embourbe dans la guerre de Sept ans. Bien que la matière soit riche, Alix de Rohan-Chabot se perd, parlant ici de la discipline et du moral de l’armée (pp.274-276) pour enchaîner sur l’urbanisme de Metz et la création de son académie (pp.281-284). La mort du maréchal est traitée dans un dernier chapitre, qui s’intéresse en passant à sa bibliothèque.

L’absence d’annexes et un apparat critique réduit au minimum appellent quelques remarques supplémentaires. Les sources manuscrites utilisées restent mystérieuses. L’auteur affirme avoir utilisé le fonds français, les nouvelles acquisitions françaises et les Dossiers bleus du Cabinet des titres à la BNF, mais nous n’en saurons pas plus. De même, la très riche sous-série A1 du Service historique de la Défense (archives de la Guerre) ne fait l’objet d’aucune recension. Plus décevant, l’absence d’utilisation des Archives départementales de la Moselle (qui renferment pourtant un fonds appelé «gouvernement militaire de Metz») et la simple mention de deux cotes aux Archives municipales de Metz, alors que ces dernières montrent l’implication de Belle-Isle dans tous les aspects du pouvoir municipal. La bibliographie, peu convaincante, ignore les travaux anglo-saxons des dix dernières années. On constate aussi de très nombreuses coquilles, comme Jean Chagniot devenu Jean Cagniot, ou l’historien de l’art Léon Deroy prénommé Henri à la ligne suivante…

Quoiqu’il en soit, l’auteur a eu le courage de tirer de l’oubli le maréchal de Belle-Isle, faute d’avoir réussi à embrasser la complexité d’un personnage hors du commun. L’historien du Grand Siècle pourra toujours nourrir sa réflexion sur les Foucquet après Foucquet, et le spécialiste du XVIIIe siècle trouvera matière à anecdotes. En résumé, une lecture agréable.


Guillaume Lasconjarias
( Mis en ligne le 07/07/2005 )
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