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Texas, ton univers impitoyable
Jacques Portes   Lyndon Johnson - Le paradoxe américain
Payot - Biographie Payot 2007 /  23 € - 150.65 ffr. / 325 pages
ISBN : 2-228-90150-4
FORMAT : 14,0cm x 22,5cm

L'auteur du compte rendu: Gilles Ferragu est maître de conférences à l’université Paris X – Nanterre et à l’IEP de Paris.
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Un peu à la manière d’un Guy Mollet en France, Lyndon B. Johnson est un président oublié… Son nom est associé à l’escalade militaire au Vietnam, et sa mémoire, coincée entre le mythe Roosevelt et le mythe Kennedy, peine à affleurer. Non pas un inconnu de la Maison Blanche, mais un méconnu ! Professeur à l’université Paris VIII et spécialiste de la civilisation américaine (on lui doit récemment une Génération américaine très stimulante – Armand Colin, 2004), Jacques Portes s’attaque, dans une biographie synthétique, à ce personnage mal connu du public français, et le rétablit dans un bilan plus nuancé.

La biographie alterne sympathie et critique : sympathie pour ce petit gars du Texas qui ne sort pas de la Ivy League, n’est pas le fils d’un riche industriel ou le neveu d’un politicien national. Né dans une famille durement éprouvée par la crise, le jeune Lyndon B. Johnson ne doit sa carrière politique qu’à son entregent, son habileté, sa capacité de travail, son sens du compromis et un charisme travaillé à la sueur et à l’huile de coude. C’est un «méritocrate» en politique : pas de grandes études, mais de grandes ambitions servies par une habileté incontestable et un travail de terrain dans le Texas des frères Cohen, celui d’O’ Brother et de la grande dépression. Avec en arrière plan une tentation du politique héritée de son père. Mais le portrait se veut également critique, pour un homme que la morale ou l’éthique n’étouffent guère, dur avec son entourage, insinuant quand il s’agit de se trouver un patron ou un protecteur, avançant à pas compliqués dans un monde compliqué. Stéréotype du «politicien» ou victime de la politique ? Opportuniste ou baromètre des opinions ?

Sa carrière politique commence au Texas : secrétaire d’un parlementaire absentéiste, il conquiert une place au soleil par l’efficacité de son action, dans le cadre du New Deal et de la manne rooseveltienne. Passant du politique à l’administratif avant de revenir au politique, il incarne parfaitement les hommes du New Deal et du spoil system. C’est comme directeur de l’agence pour la jeunesse qu’il se fait véritablement connaître, avant de conquérir haut la main, âgé d\'à peine 30 ans, un siège de représentant pour la circonscription d’Austin. Surfant sur la vague Roosevelt (il n’est toutefois pas si enthousiaste en privé), Johnson s’impose dans le parti démocrate et ses indéniables capacités, ainsi que son crédit, lui assurent une carrière certaine. Mais il a également le sens politique et sait louvoyer quand le vent tourne : la mort de Roosevelt, en 1945, le transforme en élu «sudiste», discrètement conservateur, habile à éviter les sujets difficiles comme la ségrégation. C’est cette habileté qui le mène au Sénat, à jouer un rôle de plus en plus stratégique au sein du parti, sans état d’âme. Et l’on suit le «politicien» à l’œuvre, se créant des clientèles, des réseaux, utilisant les ressources de la radio puis de la télévision. J. Portes a scruté avec attention la professionnalisation du politique dans l’Amérique des années 30-40, et l’ampleur croissante des médias, la question du rôle des affairistes et autres lobbies.

La quête et la conquête du pouvoir sont les fils rouges de cet ouvrage, et bien évidemment, l’entrée au Sénat est le marchepied vers une ambition inimaginable, à peine formulée pour ce petit gars du Texas : la Maison Blanche. Johnson est devenu une machine politique, qui va se heurter à une autre machine politique, mieux rôdée : JFK. Vice-président marginalisé par un Kennedy boulimique (mais il lui laisse tout de même la NASA et les droits civiques…), Johnson ronge son frein jusqu’à Dallas. Le drame de l’un ouvre des perspectives à l’autre : ce sera la Grande Société, une politique sociale d’ampleur, version johnsonienne de la Nouvelle frontière, que le Vietnam et l’escalade militaire relèguent aux oubliettes de l’Histoire, injustement.

C’est à ce bilan nécessaire que l’auteur consacre la moitié de l’ouvrage : si la politique extérieure, et la question vietnamienne, s’imposent, la politique intérieure est tout à fait estimable. Elle le légitime (comme continuateur avoué de Kennedy autant que comme président «élu» dès 1964) et révèle le caractère «libéral» (au sens américain du terme) de Johnson. Quelques grands acquis sont à mettre à son crédit : lutte contre la pauvreté et pour l’égalité civique, déségrégation, aide à l’éducation… Acquis qu’il faut replacer dans le contexte tendu de la fin des années 60, où la moindre politique «sociale» est dénoncée comme une forme de communisme, où la moindre intervention d’Etat se heurte au fédéralisme virulent de certains sénateurs et représentants… Johnson fait dans ce climat parfois difficile la démonstration de ses talents de manœuvrier en politique. Un talent qui s’essoufle quand même, englué il est vrai dans le bourbier vietnamien : Lyndon Johnson restera finalement l’homme qui fait entrer la guerre dans les foyers américains, (et pas seulement via la télévision). L’assassinat de Martin Luther King vient compliquer encore une fin de mandat difficile. L’Histoire n’en retiendra pas plus…

La biographie de J. Portes est de facture classique et déroule, chronologiquement, méthodiquement, la vie et la carrière de Lyndon B. Johnson. Une première partie est classiquement consacrée à l’homme, son enfance, sa formation et sa carrière, une seconde partie porte sur le président et son action. Parsemant son texte de références cinématographiques ou musicales, comme autant de petites touches personnelles dans un tableau plus sobrement scientifique, l’auteur sait toutefois donner à l’ensemble un style coulant… Et de fait, l’ouvrage se lit très facilement, comme une réflexion sur le métier politique en général (le cursus honorum à l’américaine), sur la construction d’un président et surtout sur sa personnalité. Attentif aux détails psychologiques et personnels en tant qu’ils expliquent une décision, J. Portes fait le portrait d’un homme confronté à des crises autant qu’à ses propres abîmes, ses doutes (sur lui-même) et à un passé familial récurrent : la question des droits civiques est à cet égard un dilemme significatif pour l’élu texan, aux prises avec des impératifs contraires et des convictions parfois tortueuses. D’ailleurs, la référence constante à une identité «sudiste» relève également de ce tableau d’une culture politique originale, qui mériterait une grande étude à la André Siegfried.

Bref, un ouvrage stimulant, qui découvre non seulement au public une présidence méconnue, mais qui offre une réflexion plus générale et nuancée sur une vie politique américaine qui, même encore de nos jours, n’est souvent perçue en Europe que par un ensemble de clichés et stéréotypes… L’analyse, enfin, de la fonction de président des Etats-Unis : là encore, l’ouvrage offre une bonne mise au point, loin des clichés de «maître du monde» véhiculés par les médias et autres guignols populistes. Certes, le temps de la «présidence impériale» n’est pas encore venu, mais la mise au point est, à cet égard, salutaire. Après tout, Johnson a laissé un sillage pour d’autres texans (ou supposés tels).


Gilles Ferragu
( Mis en ligne le 12/03/2007 )
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