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Histoire & Sciences sociales  ->  Biographie  
 

Voltaire, l’endiablé (1694-1778)
Pierre Milza   Voltaire
Perrin 2007 /  26.50 € - 173.58 ffr. / 913 pages
ISBN : 978-2-262-02251-8
FORMAT : 15,5cm x 23,5cm

L'auteur du compte rendu : Matthieu Lahaye est professeur agrégé et poursuit une thèse consacrée au fils de Louis XIV sous la direction de Joël Cornette.
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Ah ! ces damnés jésuites» répondit Voltaire à la mère du poète Pope qui s’enquerrait de sa mauvaise santé «quand j’étais enfant, [Ils] m’ont sodomisé à tel point que je ne m’en remettrai jamais tant que je vivrai». Tout Voltaire est dans cette sortie de salon aussi provocatrice que gratuite tant il a dit par ailleurs son admiration pour l’éducation reçue par les pères. Mais Voltaire est ainsi, il aime choquer par pure bravade, jouer sa réputation sur un coup de dés, compromettre carrière et fortune pour un bon mot. «Vous caressez d’une main ce que vous égratignez de l’autre», lui a écrit un jour l’un de ses plus ardents admirateurs, Frédéric II de Prusse.

En effet, l’une des figures les plus illustres des Lumières françaises est un homme à la personnalité complexe et contradictoire. Partisan de la monarchie, il ne saura que déplaire à Louis XV et effrayer Louis XVI parfois pour des sottises, parfois pour son insolence. Contempteur des hommes d’Église, ceux qu’ils appellent les «cafards noirs», il vivra ses dernières heures dans l’angoisse de ne pas recevoir une sépulture chrétienne. Il est vrai qu’il n’a jamais été athée, seulement déiste.

«Dites à mon père que je ne veux point d’une considération qui s’achète. Je saurai m’en faire une qui ne coûte rien». Voilà en substance les mots qu’il jette à la figure de son père. Ce dernier menaçait de le déshériter s’il ne se décidait pas à quitter cette vie de salons, de plaisirs qui ne pouvait pas plaire à un notaire du Châtelet. Voltaire refuse d’obtempérer et vit alors sans le sou, souvent au crochet d’une riche aristocratie friande de son esprit vif et de son humour mordant. Il fait le spectacle et craint de n’être qu’un «bouffon». Il recourt pourtant sans cesse à leur influence en cas de coup dur. Il insulte le chevalier de Rohan, se fait bastonner, est emprisonné à la Bastille. Pas plus d’une heure après son incarcération, il demande à ses amis d’intercéder auprès du pouvoir en vue de sa libération. Celui qu’on présente partout comme le défenseur courageux des libertés, le pourfendeur de la tyrannie ne serait en fait qu’un pusillanime.

Un pusillanime mais en homme qui aime l’argent. Dans les années 1720, il se lance dans la finance, pas toujours la plus morale ni la plus légale d’ailleurs, amassant une rondelette fortune sur le dos d’un État étouffé par le poids de sa dette. Toute sa vie, le philosophe veillera minutieusement à ses affaires, à la livre près, jusqu’à son domaine de Ferney où il vit en grand seigneur, jouissant d’une immense fortune acquise dans les îles et grâce aux prêts consentis aux puissants de ce monde. Non, l’homme est tout sauf un révolutionnaire : il aime l’ordre pour mieux y semer le désordre.

Dès son plus jeune âge, Voltaire est animé par un profond désir de reconnaissance sociale. Si elle doit passer par la scène, alors il écrira des tragédies, des tragédies comme en réclame le public de son temps, à la manière du grand Racine. Ses pièces ne sont pas des plus légères, rien en tout cas de novateur, seulement un assemblage habile de techniques oratoires. Mais l’homme a du génie tant pour manier la langue que pour percevoir le sens de l’opinion : il saute sur toutes les occasions pour exister, faire débat, être au centre. Il réussit assez bien puisqu’à l’âge de trente ans, il est déjà considéré comme le meilleur écrivain de France. De cette œuvre qui l’a mené au sommet, nous ne lisont plus rien aujourd’hui, préférant nous délecter du travail de ses dernières années, ses contes philosophiques qu’il appelait lui-même des «fadaises».

A quoi bon redire ici ses hauts faits d’armes connus de tous et qui ont campé pour longtemps la figure de l’homme de lettres engagé dans son temps. Voltaire, le libre penseur, ennemi de l’«infâme» comme il le dira lui-même, combattant l’intolérance religieuse partout où sa conscience le juge nécessaire : Sirven, Callas, La Barre, des médailles qui firent plus pour sa renommée que vingt de ses tragédies. Mais alors où réside le secret de cet homme ? Sans doute dans le désir de François-Marie Arouet de devenir Voltaire! Le choix de ce pseudonyme reste obscur, ses motivations peut-être moins. Toute sa vie il est convaincu d’être un bâtard, fruit des amours clandestins entre sa mère et un dénommé Rochebrune. Qu’en est-il réellement ? Nous ne le saurons jamais !

Pierre Milza, spécialiste de l’histoire du XIXe et du XXe siècle, que l’on n’attendait pas sur ce terrain, signe pourtant une biographie ambitieuse et réussie. Le tableau qu’il nous dresse de Voltaire n’est pas toujours à son avantage, notamment à l’égard de ses confrères et de Rousseau en particulier. Il pressent son génie et la menace qu’il peut laisser planer sur son aura intellectuelle : «Le seul parti raisonnable dans un siècle ridicule, c’est de rire de tout ; Jean-Jacques s’est rendu ridicule en voulant qu’on mangeât du gland». Mais le ricanement est-il un argument ? Aucune réponse !

Voltaire fut le héros de la bourgeoisie épicurienne, paillarde, maçonnique du XIXe siècle. Il n’est toujours pas démodé car il peut largement prétendre être un modèle pour les intellectuels médiatiques français qui ont craché sur tout ce qu’ils adoraient en réalité : l’argent, la télévision, le libéralisme économique. Il peut aussi revivifier les esprits forts qui reliront avec plaisir dans son Dictionnaire philosophique que les «catholiques digèrent leur Dieu» et dans Mahomet que le prophète «se vante d’avoir été ravi du ciel, et d’y avoir reçu une partie de ce livre inintelligible [Le Coran] qui fait frémir le sens commun à chaque page, que pour faire respecter ce livre, il porte dans sa patrie le feu et la flamme, qu’il égorge les pères et ravisse les filles».


Matthieu Lahaye
( Mis en ligne le 26/10/2007 )
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