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Histoire & Sciences sociales  ->  Biographie  
 

Les années 70, parents pauvres de la pensée moderne ?
François Dosse   Gilles Deleuze et Félix Guattari - Biographie croisée
La Découverte - Poche 2009 /  14.50 € - 94.98 ffr. / 643 pages
ISBN : 978-2-7071-5872-7
FORMAT : 12,7cm x 19,2cm

Première publication en septembre 2007 (La Découverte)

L'auteur du compte rendu : Agrégé d'histoire détaché à Sciences Po depuis 1996, Pierre Grosser y enseigne principalement l'histoire des relations internationales et les enjeux mondiaux contemporains. Il est directeur des études de l'institut diplomatique du ministère des affaires étrangères depuis sa création en 2001.

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La pensée qualifiée de post-68 a mauvaise presse de nos jours. Quand elle n’est pas considérée comme une escroquerie intellectuelle, ayant eu le défaut de triompher sur les campus américains, elle est accusée d’avoir mis à mal les fondements de la politique moderne, qu’il s’agisse de l’Etat-nation ou des projets réformistes et révolutionnaires, voire même les valeurs fondatrices de la civilisation occidentale, et donc de l’universalisme. Dans sa (pourtant) belle somme sur l’Europe d’après 1945, Tony Judt n’hésite pas à écrire que «dans la vie de l’esprit, les années 1970 furent la décennie la plus décevante du XXe siècle» (Après-guerre. Une histoire de l’Europe depuis 1945. Armand Colin, 2007, p.564). La biographie précise et documentée de deux grands penseurs de ces années là, Gilles Deleuze et Félix Guattari, écrite par François Dosse, un des meilleurs connaisseurs de l’histoire des sciences sociales et du paysage intellectuel de ces années, permet de nourrir ce jugement, tout en ne permettant pas suffisamment, à notre avis, de montrer l’impact de la pensée de ces années, et son intérêt.

On peut être en effet agacé par le langage tantôt obscur tantôt illuminé et souvent prétentieux des deux penseurs, par le mélange des genres disciplinaires qui fait circuler des concepts sans gouvernail, par les querelles d’école et de personnes, par les controverses qui tournent en invectives ou en idôlatries, par la gabegie financière de centres de recherche ou encore par les moeurs universitaires bien éloignées des «bonnes pratiques» de management officiellement à la mode aujourd’hui, par des engagements politiques parfois hasardeux qui semblent à l’opposé d’une pensée hypercritique. Dosse, tellement immergé dans ce monde, exagère presque ces travers agaçants en suivant les penseurs à la trace, sans vraiment donner des clés pour entrer dans leur œuvre – sauf à appartenir également à ce milieu dont sont étalés le langage et les pratiques. Il y a finalement assez peu sur les critiques qui leur ont été adressées hors de ce microcosme, et sans doute trop peu sur leurs propres analyses sur le changement du paysage intellectuel à partir de la fin des années 1970.

Il est donc paradoxal qu’au travers d’un travail aussi détaillé, ce soit un certain sentiment d’agacement qui domine. Cela n’empêche pas une nostalgie pour un temps d’effervescence, avec de vrais efforts d’expérimentation (en particulier dans le domaine psychiatrique, mais aussi avec les radios libres) et une transdisciplinarité reposant sur une culture exceptionnelle. L’héritage de cette effervescence aurait dû toutefois être plus développé. Certes deux chapitres montrent la réception des deux penseurs aux Etats-Unis et dans le reste du monde. Mais, en des temps où le débat intellectuel est si appauvri, il eût été intéressant de mettre en valeur la place de Deleuze et Guattari dans la pensée dite «post-moderne», de suivre à la trace les concepts qui ont pénétré bien des disciplines, même si (comme dans le cas de Hardt et Negri, trop vite évoqués) ces concepts sont gauchis, retravaillés ou mal maîtrisés. Il ne faudrait pas, à force de les accuser d’avoir bouleversé (et raillé) les catégories traditionnelles d’analyse et d’avoir bouleversé l’«ordre», faire fi de leurs intuitions qui permettent d’aider à comprendre les transformations actuelles des sociétés.

Le livre de Dosse, même s’il peut donner du grain à moudre à ceux qui condamnent une dégénérescence supposée de la pensée et les derniers soubresauts idéologiques de la radicalité politique, permet, si l’on garde des réalités contemporaines à l’esprit, de percevoir ce qui pouvait être les dimensions prophétiques dans le grouillement des idées.


Pierre Grosser
( Mis en ligne le 15/12/2009 )
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