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Post tenebras lux ?
Denis Crouzet   Jean Calvin, Vies parallèles
Fayard 2000 /  22.9 € - 150 ffr. / 480 pages
ISBN : 2-213-60676-5
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Ouvrant Jean Calvin, Vies parallèles, le lecteur est averti de la nature de l’ouvrage par le soin de son auteur, Denis Crouzet. Ce dernier, selon ses propres mots, \"n’a pas eu pour objet d’écrire une biographie exhaustive de Calvin (…) il a voulu seulement, et sous la forme d’un essai appuyé sur une bibliographie actualisée, proposer une vision possible de la vie du réformateur : (…) une vision qui est développée sous la forme d’une simulation introspective\".

Le résultat déconcerte. Si, biographie oblige, la chronologie de la vie du réformateur français constitue la trame du propos, la table des matières ne la reflète guère. Elle en est pourtant le guide nécessaire puisqu’il s’agit d’appréhender Calvin dans sa plus grande intimité, celle de son évolution intellectuelle et sensuelle de chrétien devant Dieu. Dès lors, le livre esquisse pas à pas ce qu’a pu être le cheminement intérieur de Jean Calvin de Noyon à Genève, en passant par Paris, Angoulême, Bâle, où il rédige la première mouture de son Institution de la religion chrétienne (1536), Genève, puis Strasbourg, puis de nouveau Genève où il meurt en 1564.

Ainsi, les Infinies Tristesses (chapitre I) correspondent aux traumatismes affectifs –la mort de sa mère, l’excommunication de son père– subis par le jeune Calvin, douloureusement dubitatif quant à la capacité de l’humanité à racheter son salut. Cette angoisse le mène peu à peu à se rapprocher des positions des réformateurs, vers la gratuité du salut divin: avant d’acquérir la certitude de son salut éternel, la conversion n’apporte que le soulagement d’une Obscure Lumière (chapitre II). Puis, vient le temps du passage d’une religion vécue plus intérieurement à une religion plus assurée, diffusée par la prédication dans une Sainte Lutte (chapitre III) contre le christianisme de Rome et contre les mauvais chrétiens de Genève, de Strasbourg ou d’Espagne, à l’instar de Michel Servet.

Parallèlement, s’élabore une théologie calvinienne qui se démarque de Luther et de Zwingli, construisant une conception spécifique de la Nouvelle Humanité chrétienne (chapitre IV). Jean Calvin est alors cet Arc (toujours) tendu (chapitre V) (p. 263), prêchant inlassablement. Sa parole se répète, s’adapte afin d’être assimilée par ses auditeurs, tandis que s’érige une nouvelle église. Arrive le temps des moissons, où, oeuvrant pour la Divine Gloire (chapitre VI), son influence grandissante s’étend sur tout le royaume de France, sur l’Angleterre, sur la noblesse, car Calvin sent que sa parole se diffusera mieux dans la société si elle passe par le haut. A sa mort, des églises réformées ont confessé leur foi en France (1559), Ecosse (1560), aux Pays-Bas (1561) et en Hongrie (1562), pour n’en citer que quelques-unes.

Portrait d’un homme du Verbe, l’ouvrage de Denis Crouzet ne dépeint pas un personnage froid comme il a souvent été fait, mais un homme passionné, soucieux d’éduquer ses contemporains pour les mettre sur la voie de leur salut. \"L’homme de foi n’est pas un homme solitaire, il ne peut pas s’accepter et s’assumer comme un penseur solitaire de Dieu\". (p. 161). C’est aussi le portrait d’un homme empreint de théâtralité, d’un homme tragique, jouant un rôle qu’il estime dévolu par Dieu, à la manière de l’apôtre Paul, à la manière de David, le prophète.

Toute la réflexion de Denis Crouzet s’appuie sur une lecture attentive des textes calviniens, dans lesquels se manifeste la personnalité du réformateur. Dès lors, les écrits de Calvin, et principalement son Institution, qu’il ne cesse de modifier jusqu’à l’ultime édition latine de 1559, et qui \"doit être lue autant comme une confession de foi que comme un autoportrait, une autobiographie, une confession tout simplement\". (p.19).

Périlleux exercice que celui de reconstruire le processus mental d’un personnage tel que Calvin, qui n’a laissé que peu de traces de lui-même. Même son corps disparaît dans l’anonymat d’une tombe du cimetière de Plainpalais. Pour difficile qu’il soit, l’exercice permet d’approcher au plus près son sujet, mais il a l’inconvénient d’expliquer les actes de Calvin uniquement sous le jour de son rapport à Dieu, au mépris partiel de nombre de sentiments humains. Certes, c’est son amour des hommes et de Dieu, dans une conception bien propre au XVIè siècle, qui pousse Calvin. Mais dans quelle mesure des événements comme le refuge à Bâle en 1535, ou sa résistance d’une année devant les envoyés de la République genevoise qui, après l’avoir banni en avril 1538, le rappelle en septembre 1540, ne peuvent-ils s’expliquer l’un par la peur de la répression qui s’abat alors sur les protestantismes français balbutiants, l’autre par une forme d’orgueil ou de fierté, et non pas seulement par un sentiment d’inaptitude à surmonter les difficultés qu’il distingue (p.157) ? Eternel débat d’historiens sur la mentalité humaine en ces époques lointaines…

Raison pour laquelle Denis Crouzet ne prétend pas offrir à ses lecteurs la vie de Calvin, mais bien une vision de celle-ci. Du reste, le Jean Calvin de Denis Crouzet n’apparaît pas comme une de ces biographies faciles à lire que l’on emporte en vacances pour se détendre sans pour autant s’abêtir. Il est vrai que son auteur n’a jamais eu la réputation d’un historien aisé d’accès et ses livres précédents, la Nuit de la Saint-Barthélemy (Fayard, 1994), comme son livre les Guerriers de Dieu, la Violence au temps des troubles de religion (Champ Vallon, 1990), ou sa biographie du chancelier Michel de L’Hospital (Champ Vallon, 1998), offrent des perceptions novatrices de cette période troublée, sans jamais sacrifier aux impératifs scientifiques.

Doté d’une très solide biographie et d’une non moins forte chronologie, le Calvin de Denis Crouzet se distingue dans l’historiographie de la Réforme et du genre biographique, malgré l’absence de notes, parce qu’il porte au plus haut point ce que l’auteur définit comme étant une simulation introspective, parce qu’il entend conférer un éclairage sur une des personnalités les plus obscures du siècle. La lumière après les ténèbres ?


Hugues Marsat
( Mis en ligne le 22/09/2000 )
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