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Éloge d'un homme d'exception
Paul-Marie de la Gorce   - Tome 1 (1890-1945) et Tome 2 (1945-1970)
Nouveau monde 2008 /  28 € - 183.4 ffr. / 1694 pages
ISBN : 978-2-84736-369-2
FORMAT : 12,5cm x 19,0cm

L'auteur du compte rendu : agrégé d’histoire, Nicolas Plagne est un ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure. Il a fait des études d’histoire et de philosophie. Après avoir été assistant à l’Institut national des langues et civilisations orientales, il enseigne dans un lycée de la région rouennaise et finit de rédiger une thèse consacrée à l’histoire des polémiques autour des origines de l’Etat russe.
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Décédé récemment, Paul Marie de La Gorce était un grand journaliste au meilleur sens du terme et un gaulliste de gauche. Auteur d’une biographie inachevée du Général en 1964, basée en partie sur un entretien avec lui, il décida peu de temps avant sa mort de finir le livre, mais le changement d’époque, l’état nouveau des connaissances (supérieur pour les sources) et le nombre des ouvrages consacrés à son sujet l’amena à écrire un tout nouveau livre. Il s’agit d’une biographie complète, riche, bien écrite, très agréable à lire, pas surchargée de notes et qui va à l’essentiel. L’intérêt principal du livre est qu’il s’agit du De Gaulle de Paul Marie de La Gorce : écrivain engagé, témoin de l’époque et partisan fidèle mais aussi convaincu du Général, l’auteur ne renie rien de son soutien et justifie entre les lignes l’action de De Gaulle de 1914 à 1969 ; mais il le fait avec honnêteté, en n’écartant aucune question, aucune polémique et sa réserve empêche de connaître sa position sur certains sujets (expliquer l’origine de l’affaire des harkis n’est pas tout excuser!).

Ce plaidoyer – car ç’en est un – rectifie des idées reçues, rappelle des faits parfois oubliés qui étaient les circonstances dans lesquelles de Gaulle devait agir ; c’est surtout un immense éloge. Paul Marie de La Gorce, on le sent, a voulu dire «sa vérité» sur le grand homme de sa vie, avec le sentiment de servir la vérité. Cet acte avait sans doute valeur de témoignage de fidélité renouvelée, au soir de sa vie, toutes choses repensées, mais aussi la valeur d’un acte de transmission aux générations suivantes. De Gaulle : une passion française, un moment historique, un homme d’exception. Et les anniversaires (le 50 ans de la 5ème république, le 40ème de Mai 68) relancent le travail de la mémoire et renforcent l\'exigence d’un bilan critique de l’histoire.

Cette biographie, c’est un portrait mobile de la grandeur extraordinaire d’un homme d’exception. L’unité de la vie de Charles de Gaulle, pour l’auteur, c’est la synthèse de qualités remarquables, qu’il porte très jeune à un niveau étonnant, avec une assurance fondamentale en soi-même comme individu libre mais aussi en certaines valeurs cardinales sur lesquelles il ne transigera jamais : la dignité des hommes comme personnes, l’importance de la volonté mais aussi de l’intelligence (une intelligence «bergsonienne» ou péguyste, tournée vers la vie et l’action), l’importance de l’Etat et, parmi ses institutions fondamentales, de l’armée, la patrie comme communauté historique de langue, de culture, de traditions vivantes, d’intérêts légitimes. Éduqué dans la bourgeoisie provinciale catholique du Nord, le jeune de Gaulle témoigne rapidement d’un non-conformisme radical, qui n’est extravagance, ambition ou folie que pour les petits esprits.

Le réductionnisme sociologique marche mal avec lui. De droite, de Gaulle ? Pas vraiment. Malgré son nom, sa généalogie qui l’ancre dans la petite noblesse de l’ancien régime (au moins depuis Jeanne d’Arc, héroïne à laquelle il aimera se comparer), il n’a jamais été vraiment royaliste, mais très tôt républicain, au moins de raison ; mais sa république est toujours d’union nationale et d’intérêt de l’Etat ; pas si Action Française que ça, il n’aime guère les radicaux mais approuve le contrôle parlementaire sur l’armée pendant la Première Guerre mondiale, rend justice à Briand et admire Clemenceau ; il juge les politiciens à leurs capacités et contacte aussi bien Blum que Reynaud ou Mandel. Né dans une région industrielle, il a assez jeune le christianisme social (tendance Sillon) et restera toute sa vie proche d’une certaine démocratie chrétienne personnaliste, soucieuse de combiner hiérarchies naturelles et générosité (le MRP encore en 1945), mais s’en écartera sur l’atlantisme.

Originaire d’une région ouverte aux invasions (comme plus tard la Champagne de Colombey), ce jeune homme du Nord qui voulait faire la carrière des armes, est en même temps d’un patriotisme intangible mais ne se laisse jamais abuser par l’étiquette «nationale». Militaire et homme d’ordre, il veut la discipline, mais déteste la routine, le gâchis et la servilité ; conscient de sa valeur, il exprime ses conceptions avec vigueur et cherche les tribunes où les défendre, avec un certain goût pour la provocation «pédagogique». Habité de valeurs traditionnelles et de littérature classique, il prise l’intelligence et la hauteur de vue en géopolitique comme en politique de défense et se montre résolument moderniste. Brillant théoricien de la guerre, il a un temps d’avance et des idées fermes sur l’importance de la rapidité, du mouvement, du combat de chars et de l’appui aérien.

Cette intelligence supérieure, naturelle, rapide et instinctive des enjeux fondamentaux de l’époque, ce pressentiment presque divinatoire des dangers, valent à de Gaulle de solides inimitiés et jalousies. L’auteur dissipe la légende sur ses rapports avec Pétain : malgré un certain respect pour sa personne et sa liberté de ton, il n’en a jamais partagé la doctrine de la puissance de feu et (son symétrique) de la ligne continue de défense bétonnée (la Ligne Maginot) ; il a au contraire toujours critiqué sa naïveté devant l’évolution technologique de la guerre et son influence néfaste sur le parlement de la 3ème république ; nègre raté de Pétain, de Gaulle publie à partir de 1934 une doctrine anti-pétainiste et sa carrière en souffre. Il se tourne alors vers les politiques les plus lucides de l’époque, se proposant de les conseiller et de servir, mais son influence reste bridée, même en mai-juin 40, à son désespoir.

La rencontre avec un Churchill impressionné, l’avènement de Pétain, un armistice honteux, le patriotisme républicain, créent les conditions de la crise et du saut. De Gaulle devient de Gaulle, par un formidable pari raisonné. Les citations de l’auteur sont fascinantes : de Gaulle y apparaît comme un théoricien militaire de génie, un géopoliticien bainvillien de grande classe, un psychologue réaliste, un politique habile et lucide, un acteur de sang-froid maître de ses nerfs, un ennemi du totalitarisme résolu, un visionnaire pragmatique de l’après-guerre. Et que de combats pour affirmer la France Libre face à ses protecteurs condescendants ! Devant les anglo-saxons  «envahissants», de Gaulle raidit plus qu’au naturel, obligé sans cesse au bluff et à un surcroît de fierté pour exister. «Étape par étape, on se rapprochait du but que de Gaulle s’était fixé depuis l’origine : rétablir un pouvoir politique en France qui pourrait se réclamer de l’effort de guerre de tous les Français depuis 1940» (t.I, p.624).

Le volume 2 traite de la période 1945-1970. La Libération et la brève unanimité autour de lui, ambiguë : avec pragmatisme et suite dans les idées, il tente de mettre en place un régime stable et efficace sans contourner l’obstacle d’une constituante dominée par les partis parlementaristes ; malgré sa politique d’union nationale et de «révolution» sociale et économique de 1944, il ne réussit pas à rallier la gauche à ce projet et se retire espérant un retour rapide. Puis c’est l’échec du RPF et «la traversée du désert».

Le volume est évidemment dominé par la présidence et son action : liquidation de l’affaire algérienne, abandon d’un empire qui n’est plus l’avenir et volonté modernisatrice. C’est une politique de la raison car il a été élevé dans la fierté de l’empire, mais dès 1940-43, de Gaulle comprend que la France ne peut plus administrer l’empire comme avant et qu’une communauté plus égalitaire sera de gestion problématique ; quant à l’intégration et assimilation complète de l’Algérie arabo-musulmane à la métropole avec ses conséquences, il ne peut l’imaginer, pas plus que l’installation massive de harkis en France. De Gaulle croit au fond à la différence des peuples et de leurs cultures et cela vaut en Europe et dans l’OTAN, d’où sa défense intransigeante de «l’indépendance nationale». Sa candidature de 1965 et son refus de partir en mai 68 s’expliquent en grande partie par sa répulsion à imaginer un successeur fédéraliste et atlantiste à l’Elysée.

L’édition aurait pu être plus soignée. Qu’elle ne comporte aucune illustration sauf les deux photos de couverture n’est pas gênant : c’est presque un signe rassurant d’austérité et de sérieux intellectuel. Le texte aurait pu être relu plus attentivement avant impression : il comporte quelques erreurs de Français («Mémoires» en français est du masculin, I.p.8) et quelques ratés de traitement de texte (alinéa trop marqué) ou quelques coquilles ridicules (l’Allemagne peut certes se rapprocher de l’URSS par l’ouest mais pas dans le cadre d’un Blitzkrieg !… I.p.182); certains personnages semblent sortir de nulle part, l’auteur semble avoir oublié de les présenter et même de rappeler le début de leurs relations avec De Gaulle (ainsi, le vichysto-résistant Mitterrand est mentionné pour la première fois à propos de l’UDSR en 1946). Tout cela est très secondaire, il est plus gênant que le vice-président de Roosevelt (Wallace) soit appelé «Palace»!

La Fondation Charles de Gaulle doit être remerciée de mettre ce livre à la disposition du public d’aujourd’hui. Le lecteur certes ne manque pas de biographies et d’analyses plus ou moins réussies et fondées de la vie et de l’œuvre de Charles de Gaulle : nous sommes même passé récemment – autour du centenaire de sa naissance en 1990 – par une sorte de gaullomanie, qui tient à bien des facteurs. Mais le livre de Paul Marie de La Gorce est sans doute parmi les plus attachants et en même temps les plus pédagogiques.


Nicolas Plagne
( Mis en ligne le 25/06/2008 )
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