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Impérial !
Eric Anceau   Napoléon III - Un Saint-Simon à cheval
Tallandier 2008 /  32 € - 209.6 ffr. / 750 pages
ISBN : 978-2-84734-343-4
FORMAT : 14,5cm x 21,5cm

L'auteur du compte rendu: Gilles Ferragu est maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Paris X – Nanterre et à l’IEP de Paris.
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Napoléon III a eu des avocats et des procureurs, des partisans et des adversaires, des thuriféraires, quelques chroniqueurs et même un encyclopédiste (le précieux Dictionnaire du Second empire, dirigé par J. Tulard), mais il lui manquait un historien : c’est désormais chose faite avec ce Napoléon III, dû à la plume à la fois riche et érudite d’Eric Anceau, maître de conférences à l’université Paris IV ainsi qu’à l’IEP de Paris.

En historien, on commencera le livre par la fin : des annexes à foison (lettres, proclamations, souvenirs, documents officiels… mais il manque un cahier iconographique), un appareil de notes impeccable, un ensemble de sources manuscrites et publiées vaste, un index… L’appareil scientifique témoigne déjà des ambitions de l’auteur : livrer une biographie scientifique, alimentée par un long travail de recherche et une immersion – en connaisseur – dans les archives du XIXe siècle. Assuré de disposer enfin de la biographie de référence, on peut donc s’engager dans cette histoire d’un «enfant béni des dieux». Et dès le prologue, Eric Anceau revient sur l’historiographie du personnage pour définir son projet : il ne s’agit pas ici de faire le tableau d’une époque à travers le portrait d’un homme, mais bien de faire la biographie de Louis-Napoléon Bonaparte. Au rebours d’une conception honteuse de la biographie, E. Anceau fait la démonstration que le classicisme a du bon : déroulant en quelques pages des années de travail à travers l’évocation des archives et lectures faites, l’auteur témoigne d’une simplicité bienvenue qui rend l’ouvrage tout à la fois accessible au grand public et indispensable aux spécialistes de la période.

Prénommé Charles-Napoléon à la naissance, le futur empereur est d’abord un nourrisson en sursis, sur lequel des rumeurs d’adultère (impérial) pèseront toujours. C’est ensuite un Bonaparte bonapartiste (ce qui n’est pas forcément récurrent), qui conservera toujours par devers lui des reliques impériales (dans un mystérieux porte feuille jaune), éduqué par un précepteur républicain franc-maçon… et entraîné, malgré lui, dans les tumultes de son temps, en particulier le printemps des peuples. En grandissant, il est ce que les Italiens appellent une «tête chaude», courageux, solide mais emporté, et de l’Italie à la Suisse, de la France à l’Angleterre, on suit avec curiosité les péripéties de ce jeune Bonaparte qui songe même, en 1831 et en pleine crise de jaunisse, à aller soulever le peuple de Paris parce qu’il a entendu un «vive l’empereur» par la fenêtre… Louis Napoléon en héros «romantique», avant un emprisonnement au fort de Ham qui sera un tournant dans la destinée politique du futur empereur. Cette vie de Louis Napoléon Bonaparte (ou de Napoléon III en jeune homme) est une découverte : ayant exhumé pour cela nombre de documents inédits, l’auteur a su donner à ces «années de formation» un ton et une couleur justes, entre érudition et conversation. Bref, du neuf et c’est à souligner dans une histoire pourtant très fréquentée.

Bien logiquement, c’est à la marche vers le pouvoir, et à l’exercice de ce pouvoir (du «prince président» à l’empereur des foules), qu’Eric Anceau consacre une grande part de son ouvrage dont le sous-titre même, «un Saint-simon à cheval», témoigne d’une volonté de relire l’épisode napoléonien hors des stéréotypes et autres clichés courants pour y percevoir la charge d’innovation (Palmerston parlait de la tête de Napoléon comme d’une garenne où les idées se reproduisent comme des lapins…), d’éclectisme aussi, sans cacher les ombres de «Napoléon le petit». Une façon de rendre justice à un homme et à un régime qui, inspirés par des héritiers de la pensée saint-simonienne (mais pas uniquement), ont placé la France sur les rails de la modernité (notion complexe) et su, non sans crises il est vrai, engager une politique de réforme (i.e. : la transition de l’empire autoritaire à l’empire libéral…)… Et cela alors même que, curieusement, l’empereur est resté attaché à l’image d’une France agricole, contre une industrialisation vécue comme un mal nécessaire (son côté stendhalien ?).

Il en ressort une (re)définition du bonapartisme, et la figure de Janus, utilisée avec bonheur par l’auteur, concilie les diverses facettes d’une politique plus cohérente qu’on ne la perçoit parfois. L’homme du Risorgimento et de l’éveil des nationalités voisine avec celui du rêve impérial au Mexique, le (jeune) penseur social qui s’attaque au paupérisme industriel se mue en un «cavalier autoritaire» avant de légiférer sur le droit de grève, l’admirateur érudit (historien même) de César termine comme le «commandant en chef de la débâcle». Certes, il s’agit là de faits plus connus, mais tout l’intérêt de cette biographie est bien de montrer la cohérence de l’ensemble, loin de l’image forgée par ses adversaires, d’un dictateur opportuniste, lancé dans une fuite en avant et dopé à coup de plébiscites.

Et si le destin de l’empereur s’achève à Sedan, celui du citoyen Bonaparte ne s’interrompt pas : suivant Louis Napoléon Bonaparte dans la proscription, Eric Anceau s’attarde au chevet de cet homme qui, à l’article de la mort, rêve encore de revenir sur le trône impérial à la faveur d’un coup d’Etat et voue toujours une admiration impénitente à son oncle. Une conclusion crépusculaire qui révèle un homme moins diminué moralement et intellectuellement qu’on ne le pensait. Se pose alors la question de la mémoire et de la postérité, une mémoire sacrifiée (et noircie) par les républicains sur l’autel de la nécessité politique, et que l’Histoire (ou les historiens) rétablissent peu à peu. Cette «juste mémoire», l’ouvrage majeur d’Eric Anceau contribue largement à la refonder.

Le bilan de cette lecture, c’est qu’il restait manifestement nombre de faits à éclairer concernant l’existence de Napoléon III : des faits désormais connus grâce à cette biographie impressionnante, écrite avec talent par un historien passionné. L’Histoire a donc finalement jugé !


Gilles Ferragu
( Mis en ligne le 23/09/2008 )
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