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«...les mêmes qui leur ont ôté les yeux reprochent au peuple d’être aveugle» (Milton)
Noam Chomsky   Edward Herman   La Fabrication du consentement - De la propagande médiatique en démocratie
Agone - Contre-feux 2008 /  28 € - 183.4 ffr. / 653 pages
ISBN : 978-2-7489-0072-9
FORMAT : 12cm x 21cm

Édition revue et corrigée.

L'auteur du compte rendu: Chercheur au CNRS (Centre d'analyses et de mathématiques sociales - EHESS), Michel Bourdeau a publié divers ouvrages de philosophie de la logique (Pensée symbolique et intuition, PUF; Locus logicus, L'Harmattan) et réédité les conclusions générales du Cours de philosophie positive (Pocket) ainsi que l'Auguste Comte et le positivisime de Stuart Mill (L'Harmattan).

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l’heure où le mari de la chanteuse est en train de faire main basse sur l’audiovisuel public, cette publication, — ou plutôt cette réédition, car l’ouvrage avait été partiellement traduit en 2003, sous le titre La Fabrique de l’opinion publique, la politique économique des media américains —, tombe à pic. C’est le fruit d’une collaboration déjà ancienne, puisque, depuis 1974, les deux auteurs ont déjà co-écrit bon nombre de livres, souvent traduits en français. Chomsky restera d’abord comme un des plus grands linguistes du XXe siècle : les Structures syntaxiques, qui provoquèrent un raz de marée sans précédent, ont aujourd’hui plus de cinquante ans. Parallèlement à cette carrière universitaire prestigieuse, il s’est aussi fait connaître assez tôt par des engagements politiques radicaux, notamment par une critique sévère de la politique étrangère de son pays, ce qui a fait de lui un des intellectuels les plus connus aujourd’hui dans le monde, un peu l’équivalent, aux États-Unis, de ce qu’ont été Russell en Grande-Bretagne ou Sartre en France. Ses prises de positions ont été souvent très contestées, et certaines, comme celles sur l’affaire Faurisson ou sur les Khmers rouges, lui ont valu des rappels à l’ordre de la gauche bien pensante : Jacques Attali, Bernard-Henri Lévy et consorts.

La Fabrication du consentement se présente un peu comme une étude sociologique, puisqu’y sont analysés les modes de fonctionnement d’une des institutions clés des sociétés démocratiques, à savoir la presse, et plus généralement les media. En théorie, ceux-ci sont censés développer la capacité critique du citoyen, en mettant à sa disposition les informations dont il a besoin pour exercer son jugement critique et opiner en connaissance de cause. La thèse de l’ouvrage est qu’il n’en est rien et que les media ne jouent pas du tout le rôle qu’ils aiment à se donner. Loin de développer la pensée critique, ils ont tout au contraire pour effet de fabriquer du prêt à penser et ils manipulent l’opinion beaucoup plus qu’ils ne l’informent. Ce faisant, les auteurs poursuivent un but pédagogique, comme l’indique la citation de Milton placée en exergue : «les mêmes qui leur ont ôté les yeux reprochent au peuple d’être aveugle». L’ouvrage se propose d’ouvrir les yeux du lecteur, de l’aider à identifier les différents stratagèmes dont l’oligarchie se sert pour que les media masquent la réalité au lieu de la montrer.

L’ouvrage comprend six chapitres. Le premier, le plus important, présente un «modèle de propagande», décrivant la façon dont fonctionnent les grands media. Sont ainsi passés en revue cinq «filtres» qui expliquent la tendance marquée à ne relayer que les informations fournies par les élites économiques et politiques : l’actionnariat et la recherche du profit, la régulation par la publicité, les sources d’information, les différents moyens de pression, l’anticommunisme. Les chapitres suivants testent alors la pertinence du modèle sur l’examen de différents cas. Le second, par exemple oppose la façon dont la presse américaine a rendu compte de l’assassinat du Père Popieluzko en Pologne en 1984 et de celui de l’Archevêque du Salvador, Mgr. Romero, en 1980. Le chapitre suivant a pour titre «légitimités électorales contre élections nulles et non avenues dans le tiers monde (Salvador, Guatemala, Nicaragua)» - 1982-1985, c’était l’époque des «sandinistes». Un autre traite de la tentative d’assassinat du Pape Jean Paul II et de la prétendue «filière bulgare». D’autres encore, des campagnes d’Indochine (Vietnam, Laos et Cambodge).

Ces choix peuvent surprendre ; ils tiennent simplement à ce que, abstraction faite de quelques compléments ajoutés pour une seconde édition en 2002, l’essentiel du livre a été écrit il y a plus de vingt ans. À cette époque, en 1988, l’ouvrage collait à l’actualité et la place accordée à l’Amérique Centrale ou à la péninsule indochinoise s’explique de la même façon par l’importance alors des intérêts nord-américains dans ces régions.

Le lecteur referme le livre avec un sentiment mitigé. Non pas en raison des thèses défendues. Beaucoup des analyses n’ont rien perdu de leur pertinence et se transposent sans difficulté au cas français, comme celle qui montre que, à deux poids deux mesures, la presse ne traite pas de la même façon les grands groupes financiers ou les simples producteurs, comme les agriculteurs ou les pécheurs. De même, il y a quelque chose de réconfortant à savoir que la vie politique aux USA ne se réduit pas à la lutte des républicains et des démocrates pour le pouvoir, et qu’il existe là-bas une véritable gauche, même si elle est très minoritaire. Mais, comme la quasi totalité des ouvrages de circonstances, celui-ci a mal vieilli. Même si les principes de la politique étrangère américaine sont restés inchangés, leur application a été complètement bouleversée par les attentats du 11 septembre. De plus l’ouvrage a été écrit pour un public nord-américain, et beaucoup de particularités locales n’intéresseront guère le lecteur français. On se demande si, en se proposant d’établir que la théorie officielle sur les media est loin de correspondre à la réalité, Chomsky et Herman n’enfoncent pas des portes ouvertes, car il faut quand même une bonne dose de naïveté pour prendre pour argent comptant ce que les media disent d’eux-mêmes et croire qu’ils sont au service de la vérité et non des puissants de ce monde.

Cette traduction a certainement beaucoup perdu à venir si longtemps après la parution du texte anglais. Aujourd’hui, elle intéressera les inconditionnels de Chomsky, et ils sont plus nombreux qu’on ne le croit ; ou au contraire ceux qui n’ont jamais rien lu de lui et qui trouveront là un échantillon, sinon le meilleur, du moins assez représentatif du combat qu’il mène depuis plusieurs dizaines d’années et dont on ne peut nier le caractère exemplaire.


Michel Bourdeau
( Mis en ligne le 13/01/2009 )
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