L'actualité du livrerencontre rencontrefemme Lundi 23 avril 2018
  
 
     
Le Livre
Histoire & Sciences sociales  ->  
Biographie
Science Politique
Sociologie / Economie
Historiographie
Témoignages et Sources Historiques
Géopolitique
Antiquité & préhistoire
Moyen-Age
Période Moderne
Période Contemporaine
Temps Présent
Histoire Générale
Poches
Dossiers thématiques
Entretiens
Portraits

Notre équipe
Littérature
Essais & documents
Philosophie
Beaux arts / Beaux livres
Bande dessinée
Jeunesse
Art de vivre
Poches
Sciences, écologie & Médecine
Rayon gay & lesbien
Pour vous abonner au Bulletin de Parutions.com inscrivez votre E-mail
Rechercher un auteur
A B C D E F G H I
J K L M N O P Q R
S T U V W X Y Z
Histoire & Sciences sociales  ->  Science Politique  
 

La France qui boude
Philippe Manière   Le Pays ou la vie est plus dure
Grasset 2012 /  18 € - 117.9 ffr. / 295 pages
ISBN : 978-2-246-75071-0
FORMAT : 13cm x 20,5cm
Imprimer

A la veille de l’élection présidentielle, Philippe Manière nous livre-t-il là un nouvel opus «décliniste» à l’image de celui de Nicolas Baverez (La France qui tombe, Perrin, 2003) ? Malgré l’apparent pessimisme du titre, le livre ne dresse pas un portrait en noir de la France mais explore plutôt pourquoi les Français partagent le sentiment diffus qu’en effet, chez nous, la vie est plus dure.

C’est un bien étrange paradoxe. La France, tant vantée à l’extérieur pour son «art de vivre» et jouissant d’une situation enviable par bon nombre d’autres pays, possède le peuple le plus pessimiste de la planète. Les sondages sont têtus : l’avenir, aux yeux de nos concitoyens et singulièrement de la jeunesse, n’inspire que peu d’espoir et de confiance. Emploi, logement, défiance envers l’école, ces trois grandes inquiétudes se conjuguent pour désigner un coupable : la mondialisation. Comment expliquer que cette mondialisation, dont nous ne sommes pourtant pas les seuls à ressentir les effets, soit chez nous si mal vécue ? Pourquoi nous apparaît-elle comme une menace ?

A l’encontre des préjugés environnants, Philippe Manière rappelle tout d’abord que la France ne fait pas que subir la mondialisation. Bien au contraire, nous sommes le 3ème exportateur mondial d’investissements directs à l’étranger, nos firmes transnationales sont puissantes et conquérantes, notre taux d’ouverture est parmi les plus élevés du monde. Notre pays tire donc très bien son épingle du jeu de la mondialisation. Trop bien ? C’est l’avis de l’auteur qui pointe le zèle de nos grands dirigeants à appliquer de façon presque dogmatique les canons de la mondialisation au nom d’une conception presque primaire de la «compétitivité». Leur quête absolue de la réduction des coûts se manifeste ainsi sur le sol national par des politiques entrepreneuriales «castratrices» sur les salaires, sur les effectifs et sur la sous-traitance. A leur décharge, peut-on totalement reprocher à ces derniers de préférer se lancer à la conquête du monde au détriment de l’ancrage national de leurs entreprises lorsque la puissance publique s’obstine à renforcer les mécanismes de protection, dont l’empilement byzantin se retourne aujourd’hui contre ses objectifs ?

En conséquence, la mondialisation s’exprime chez nous de façon plus brutale qu’ailleurs. Les Français le ressentent bien. Une partie d’entre eux nourrit une défiance prononcée à son endroit, retenant plus aisément les drames humains des licenciements que la baisse des prix ou la création d’emplois nouveaux. Une autre partie, qui a foi dans les perspectives offertes par la mondialisation, préfère s’expatrier, cherchant ailleurs le dynamisme qui nous manque.

Cela ne suffit pourtant pas à expliquer pourquoi les Français vivent la mondialisation comme une menace de déclassement. Pour Philippe Manière, celle-ci nous heurte davantage parce qu’elle agit comme le révélateur du «mensonge égalitaire français» (p.116). La liste est longue de nos arrangements avec les valeurs que nous professons et auxquelles nous sommes profondément attachés. Élargissant le champ des possibles pour ceux qui savent en tirer parti, la mondialisation fragilise également les positions acquises. L’écart s’accroît entre les plus riches et les plus pauvres. Les inégalités sont rendues plus sensibles en raison d’une ségrégation spatiale plus visible entre les quartiers centraux et périphériques, alimentant le ressentiment de ceux qui se sentent, au sens propre, de plus en plus relégués. L’école, ruinée par le credo égalitaire qui prolonge l’illusion qu’il est encore possible d’obtenir partout les mêmes résultats avec les mêmes moyens, peine de plus en plus à remplir son rôle. Elle a manqué le tournant de la massification scolaire. Seuls les initiés peuvent se repérer dans un dédale de formations qui favorise la reproduction du capital social, tant intellectuel que financier, à travers des filières soit prestigieuses, soit coûteuses. Mais même pour ceux qui décrochent un diplôme, encore faut-il qu’il soit le bon ! Car, en France, le recrutement en dépend plus que nulle part ailleurs. Ainsi, la mobilité dans l’emploi est-elle freinée par une myriade de «plafonds de verre», frappant les «mauvais» diplômés, «mauvais» qualifiés, mais aussi les femmes et les personnes issues de l’immigration. Quant à la formation continue, force est de constater qu’elle ne fonctionne pas suffisamment. Cette absence de mobilité sociale ruine les possibilités de «faire société» tant il est vrai que la conviction ancrée de l’impossibilité de voir évoluer sa condition renforce les comportements égoïstes.

L’immobilisme social semble d’ailleurs être devenu le trait caractéristique de la société française. En témoigne la protection de la rente qui s’exprime à divers degrés. Une classe politique figée bénéficie d’une rente de situation grâce au cumul des mandats qui freine son renouvellement alors que son profil n’est absolument plus représentatif de la société actuelle. Une kyrielle de mesures prises par les pouvoirs publics au nom de la sacro-sainte «protection» consolide les avantages acquis des propriétaires, retraités, détenteurs de CDI, agents de la fonction publique et autres professions réglementées. Tout à son propos, Philippe Manière va-t-il jusqu’à prétendre casser tous les privilèges dont jouissent ces «rentiers» afin de rendre la société plus égalitaire – mais aussi plus précaire - pour tous ? Les objections peuvent être nombreuses. Elles ne doivent cependant pas occulter l’argument principal de l’auteur qui touche au cœur de nos valeurs républicaines : la sclérose dans laquelle s’enferme notre société ruine notre croyance d’une réussite possible en fonction des mérites de chacun.

C’est donc à un complet basculement de l’action politique qu’invite Philippe Manière. Il s’agit d’une part d’arrêter de limiter par la contrainte réglementaire l’emprise du marché en matière économique afin de mieux profiter de la croissance mondiale. D’autre part, il faut réorienter et accroître l’action publique en matière institutionnelle et sociale de façon à permettre de mieux intégrer et représenter les Français, de relancer l’égalité républicaine par l’école et l’Université, de casser les rentes indues et de rétablir la justice fiscale, sociale et la compétitivité.

Parce qu’il formule un constat éclairant sur notre pratique et notre perception nationale de la mondialisation ainsi que sur les blocages de la société française, cet ouvrage devrait réconcilier – au moins sur certains sujets ! – les points de vue de ceux qui, à droite comme à gauche, estiment qu’il est encore possible d’engager les réformes profondes dont la France a besoin. Reste au courage et à la volonté politique d’en déterminer les méthodes…


Antoine Broussy
( Mis en ligne le 11/04/2012 )
Imprimer

A lire également sur parutions.com:
  • La France qui tombe
       de Nicolas Baverez
  •  
    SOMMAIRE  /  ARCHIVES  /  PLAN DU SITE  /  NOUS ÉCRIRE  

     
      Droits de reproduction et de diffusion réservés © Parutions 2018
    Site réalisé en 2001 par Afiny
     
    livre dvd