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Après rasage ?
Jean-François Achilli   Sarkozy. Carnets de campagne - Tome 1
Robert Laffont 2006 /  19 € - 124.45 ffr. / 341 pages
ISBN : 2-221-10589-3
FORMAT : 15,5cm x 24,0cm
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On le sait, Nicolas Sarkozy ne pense pas à l’élection présidentielle uniquement le matin en se rasant… Une ambition clairement affichée, qui fait de chaque geste, chaque mot, chaque décision, une manifestation politique en vue de la présidentielle 2007.

Surexposition médiatique ? Statégie de communication intensive (dont ce livre serait un nouvel exemple) ? «Parler vrai» à la mode 2005 ? Jean François Achilli – journaliste politique à France Inter – a suivi pendant un an l’homme public, de congrès en ministère, de visites officielles en conversations privées. Et très significativement, il intitule son récit Carnets de campagne, tant il est manifeste que Nicolas Sarkozy est entré voilà longtemps en campagne présidentielle. Depuis le congrès d’investiture à la tête de l’UMP en novembre 2004, véritable show à l’américaine, jusqu’au commencement de l’année 2006, en passant par divers épisodes privés (les problèmes de couple et leurs échos médiatiques, à la fois inévitables au vu du rapport que N. Sarkozy entretient avec les médias et pathétiquement révélateurs du niveau de débat en France) et publics, avec, en toile de fond, le duel à fleurets plus ou moins mouchetés entre Sarkozy et Villepin.

Un an d’activité politique intense, de crises variées (la SNCM, la Corse, les incendies de l’été, les banlieues, le «rôle positif»…), de rencontres, de débats, avec, en ligne de mire, un modèle à imposer, celui de l’homme politique «de proximité», qui va au devant des problèmes, qui sait parler aux masses et qui n’hésite d’ailleurs pas à casser la langue de bois (d’où le fameux «racaille»). Le «phénomène Sarkozy» intrigue les médias et les électeurs. Sincère ou manipulateur ? Novateur ou «réac» ? «border line» ou lucide ? Tout en évitant de trancher, JF Achilli n’entend rien dissimuler, et c’est bien ce qui fait la richesse de ce premier tome (il semble en effet que l’entreprise puisse être prolongée jusqu’en 2007 : on ne peut que l’espérer).

En quoi cet ouvrage éclaire-t-il l’homme public Nicolas Sarkozy ? A l’évidence, c’est une lecture instructive, autour d’un homme qui s’est choisi un destin et s’y accroche. Plusieurs constats s’imposent, tout d’abord celui d’une sorte de volontarisme forcené qui, certes, force le respect, mais qui voit également un seul individu assumer trois charges écrasantes (ministre, leader politique et édile)… au risque d’y sacrifier soit la vie privée, soit l’intérêt public. Hubris ? Hélas, la règle de non cumul des mandats ne s’applique qu’à ceux qui veulent bien y croire ! Le constat aussi d’un réel talent de communicateur (une rareté à droite, il faut bien le constater), qui fait des merveilles, associé à une certaine aisance sur le terrain (notamment la Corse, authentique «domaine réservé» revendiqué par N. Sarkozy). De fait, le charisme est indiscutable : celui de l’avocat, amateur de débats (mais il faut se demander jusqu’à quel point le débat, dans son esprit, n’est pas assimilable à un duel), capable de retourner une conversation ou d’enflammer une assemblée de militants (et l’on se souviendra que le palais Bourbon a certainement connu ses plus belles heures d’éloquence sous la IIIe république, celle des avocats, dont NS est finalement un lointain descendant). Un talent qui peut néanmoins déraper par goût de la provocation… Le meilleur ennemi de N. Sarkozy ne serait-il pas lui-même ? L’assurance est plus fluctuante, le doute récurrent : l’âge, le poids (l’appel des sucreries), la sensation du temps qui passe (50 ans), les rancœurs diverses et la relation avec Chirac (73 ans…), en statue du commandeur… tout cela révèle un Sarkozy plus sensible, parfois plus dérouté qu’il ne voudrait le laisser paraître, souvent en quête d’approbation, mais toujours capable d’un sursaut. Être homme politique est indéniablement un métier à plein temps, qui suppose un entourage solide et une bonne dose d’assurance.

Plus largement, la lecture de ces carnets de campagne est aussi l’occasion d’une plongée dans le microcosme politique, parfois bien éloigné de «la vraie vie» (dixit l’auteur). De fait, le climat politique parisien est rude, et l’on se demande souvent, attéré, où se trouve exactement l’intérêt de la France dans les querelles d’écoliers qui opposent les éléphants et leurs états-majors. Car cela tire dans tous les sens, sans beaucoup de subtilité : chaque camp a ses portes flingues, ses tacticiens… on rit, on s’amuse, on joue à la guéguerre, on se lance des mots de carabins (la politique mène à tout, même à jouer au docteur). Tout cela est finalement un peu déprimant pour l’électeur curieux qui se tient aux côtés du lecteur attentif. C’est le portrait également d’une France sensible à un discours sécuritaire qu’entend incarner N. Sarkozy en «premier flic de France». D’une France enfin qui entretient un rapport bizarre à l’idée de réforme, à la fois attendue comme une nécessité et détestée comme un diktat : en se posant en réformateur, N. Sarkozy entend se démarquer, créer la «rupture». Mais comment incarner la rupture sans rompre ? C’est tout le problème posé par la participation au gouvernement !

Ce n’est sans doute pas le livre politique de l’année : l’auteur ne se livre pas à de subtiles analyses ni à de doctes réflexions, il se contente d’être un témoin, attentif, curieux, qui pose parfois des questions, ou choisit de rester en dehors de l’action pour mieux la saisir, d’une plume tantôt ironique, tantôt sympathique. De fait, le ton est plutôt léger : au lieu de dire «UMP», l’auteur parle de «la firme», un gag à répétition (hélas) qui, via l’allusion cinématographique, assimile le parti politique à une sorte de mafia. Démarche partisane donc ? En fait, l’ouvrage ne prend pas foncièrement parti, n’est ni une hagiographie, ni un réquisitoire… Et c’est en cela qu’il constitue une lecture intéressante, en ce qu’il démonte une machine politique, en expose quelques rouages, quelques effets, sans pour autant en discuter les résultats ou en juger les ambitions.

Il faudra faire un premier bilan de l’action politique et ministérielle de Nicolas Sarkozy, mais tel n’est pas l’objectif de ces Carnets de campagne qu’il faut lire pour ce qu’ils sont, une tranche de vie, d’une vie plutôt bien remplie.


Gilles Ferragu
( Mis en ligne le 31/03/2006 )
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