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Loin d’Obama
Romain Huret    Collectif   Les Conservateurs américains se mobilisent - L'autre culture contestataire
Autrement - Frontières 2008 /  17 € - 111.35 ffr. / 160 pages
ISBN : 978-2-7467-1145-7
FORMAT : 15,0cm x 23,0cm

Préface de Denis Lacorne.

L'auteur du compte rendu: Gilles Ferragu est maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Paris X – Nanterre et à l’IEP de Paris.

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Sous-titré «L’autre culture contestataire», cet ouvrage propose à ses lecteurs une excursion incongrue à travers cette «majorité silencieuse» chère à Nixon… celle du conservatisme américain, discret, mais assez efficace pour conquérir de larges parties de l’opinion publique américaine et gagner des élections. Si en France, par un étrange phénomène de myopie volontaire, on ne conçoit l’Amérique que démocrate ou impérialiste, outre-atlantique, l’électorat est plus hétérogène. Comme le constate Denis Lacorne, directeur d’études au CERI (Sciences Po), dans une introduction qui va d’emblée à l’essentiel, c’est ici la conception de la modernité qui doit être reformulée : les conservateurs américains, s’ils véhiculent une pensée antimoderne, le font avec les outils de la modernité, notamment médiatiques. Une culture conservatrice que Romain Huret, maître de conférences à l’université Lyon II et promoteur de l’ouvrage, définit clairement dans son introduction, via une typologie et une problématique efficaces.

Ce portrait du conservateur américain tranche, a priori, avec les clichés : loin des rednecks et autres stéréotypes (cinématographiques ou littéraires) de l’abruti armé d’un bulletin de vote, le conservateur est un individu aussi bien intégré qu’un autre dans le tissu économique et social, et qui professe une certaine vision du monde, de la société et de ce que signifie «l’américanité». Sur ces prémices intrigantes, les auteurs nous entraînent dans un grand tour du conservatisme américain qui avant les échéances électorales, passe déjà un mode de vie, une culture, les talk- shows (S. Mort), les campus (C. Rolland Diamond)… On y voit naître, dans les années 60 et au rebours de la contre-culture et des beatniks, une génération plutôt WASP («white anglo saxon protestant») hostile à la conquête des droits civiques, et qui prône, non sans démonstration de force, une Amérique plus séparée qu’égalitaire (A. Diamond).

Une génération conservatrice qui, à l’heure des campus et de la guerre du Vietnam, se retrouve à contester les contestataires dans quelques mouvements comme les Young Americans for Freedom (1960) et ce dans le but avoué de reconquérir la société… reconquête effective avec l’avènement d’un sympathisant comme R. Reagan. Une génération qui, parvenue à l’âge des responsabilités, tient un discours centré sur les valeurs et inspire le renouveau conservateur. Car ce grand tour suppose aussi quelques grands thèmes de regroupement, comme les valeurs morales, la sécurité (A. Rios-Bordes)… et bien évidemment, le ciment religieux. Que ce soit en effet les milieux créationnistes (A. Godet) et pro-life (J. Merchant), ou encore les milieux juifs (P. Peretz), le rapport au religieux demeure à la fois identitaire et structurel, à mi-chemin du témoignage (prosélyte) et du militantisme (engagé). A l’exemple de la communauté juive, un peu hâtivement assimilée aux démocrates et qui, ponctuellement, au sein de la Jewish Defense League (une expérience de courte durée il est vrai), a exploré les thèmes conservateurs. Et bien évidemment, c’est dans le cadre électoral que ce courant, devenu une «machine», prend son sens : l’article de V. Michelot s’attaque habilement au mythe de l’implacable machine électorale conservatrice, démontrant tout à la fois son efficacité et ses failles.

Les Français connaissent-ils vraiment les Américains ? Ce petit ouvrage, sobrement, fait la démonstration qu’un dialogue à travers l’Atlantique passe par une forme d’empathie (pas forcément de sympathie) qui dépasse les clichés. R. Huret, très didactiquement, montre que la vie politique américaine doit être observée à la base, sans préjugés, et que le triomphe d’un Georges W. Bush s’appuie sur un terreau, une réalité locale et des valeurs partagées autant que sur une machine électorale et de grands intérêts. A cet égard, cette enquête de terrain qui explore la figure du militant plutôt que celle de l’homme politique conservateur (à suivre ?) s’avère très instructive, aux marges de la sociologie politique et de l’histoire. Et comme tous les bons ouvrages scientifiques, celui-ci pose autant de questions qu’il en résout, et ouvre des pistes passionnantes pour le lecteur, désormais un peu «affranchi» et nanti, qui plus est, d’une bibliographie (en notes) vaste.

Pour quiconque professe de mieux connaître la réalité politique américaine, au-delà des mythes et du clinquant, il s’agit d’une première approche bienvenue.


Gilles Ferragu
( Mis en ligne le 16/07/2008 )
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