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Dévoilements
Giorgio Agamben   Nudités
Rivages - Bibliothèque Rivages 2009 /  20 € - 131 ffr. / 191 pages
ISBN : 978-2-7436-1994-7
FORMAT : 12cm x 19,5cm

Traduction de Martin Rueff.
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Nudités est un recueil d\'essais de Giorgio Agamben restés jusqu\'à présent inédits en France (à l\'exception de «Qu\'est-ce que le contemporain ?», déjà traduit et publié en 2008). Malgré ce titre unificateur, une seule section aborde explicitement le thème de la nudité et porte le même intitulé que l\'ensemble du recueil, la septième : cet essai prend pour point de départ une performance donnée par l\'artiste Vanessa Beecroft le 8 avril 2005 à Berlin. Celle-ci mettait en scène une centaine de femmes nues (qui portaient en réalité des collants transparents), s\'offrant au regard de visiteurs étonnés, voire gênés par cette position de voyeurs qui leur était imposée. Pourtant, de même que la notion de nudité était mise en question par l\'utilisation des collants, l\'idée conventionnelle d\'une domination exercée par les personnes habillées sur les personnes dévêtues se trouvait ici inversée.

Giorgio Agamben aborde cette performance d\'art contemporain, ainsi que d\'autres œuvres artistiques du XXe siècle (dont la remémoration est facilitée par l\'insertion de photographies ou d\'images), dans une perspective diachronique. Que nous disent ces usages du nu de cette grande dichotomie entre le vêtement et son absence qui marque l\'histoire de l\'Occident ? La nudité d\'Adam et Ève, avant le péché originel, n\'était-elle pas une fausse nudité ? Cette entreprise archéologique d\'exploration du présent à partir d\'un retour aux origines judéo-chrétiennes, ce voyage du sacré au profane dans la tradition culturelle occidentale, marquent la méthodologie adoptée par Agamben dans tous les essais de ce recueil et en constitue en grande partie la pertinence critique.

Or, c\'est bien cette nudité du premier homme que l\'on retrouve au cœur de tous les autres essais, qui procèdent par dévoilements successifs. Cette mise à nu est celle de l\'homme dans son rapport au péché («K») : dans une relecture convaincante du Procès de Kafka, Agamben montre comment le héros porte sur le front le K du calomniateur antique. Qui d\'autre a pu accuser K. sinon le héros lui-même ? «Tout homme invente un procès calomnieux contre lui-même» (p.41). L\'interprétation du péché originel comme auto-calomnie bouleverse la franche opposition érigée d\'ordinaire entre innocence et culpabilité.

Mais cette nudité est aussi celle de l\'homme dans son rapport à l\'identité («Identité sans personne») : à partir d\'une brève histoire de la naissance de l\'individu, Agamben montre comment les enjeux actuels de la biométrie et autres fichages, qui réduisent l\'homme à une simple donnée, remettent en cause la personne en tant que telle. On retrouve ici une réflexion héritée de Michel Foucault et déjà introduite dans certains de ses précédents ouvrages (la «biopolitique»).

Ce croisement des époques aboutit également à dévoiler les incertitudes de l\'actuel («Qu\'est-ce que le contemporain ?») : alors que le présent nous échappe, alors que les lieux eux-mêmes sont marqués par la spectralité (Venise, dans «De l\'utilité et de l\'inconvénient de vivre parmi les spectres»), le contemporain de son temps – celui qui parvient à le saisir, à l\'agripper – n\'est-il pas précisément cet être «inactuel» (p.24) qui sait échapper à son époque en en percevant les zones d\'ombre ? «[...] le contemporain est celui qui fixe le regard sur son temps pour en percevoir non les lumières, mais l\'obscurité» (p.28).

Enfin, le dévoilement est aussi celui du «corps glorieux», accédant (mais sous quelle forme ?) au Paradis. De manière significative, le premier essai («Création et salut»), qui relie la séparation entre poésie et critique à une réflexion sur la disparition des prophètes dans les trois grands monothéismes, trouve un écho dans le dernier chapitre du recueil («Le dernier chapitre de l\'histoire du monde»). L\'ouvrage a bel et bien pour visée d\'entreprendre une exploration totale de l\'être humain – historique, sociologique, anthropologique (voir «Une faim de bœuf», qui dresse un parallèle entre la fête et la boulimie), esthétique, mêlant sans cesse profane et sacré.

Cette perspective critique ambitieuse, qui tisse des liens transhistoriques entre des éléments d\'ordinaire étrangers les uns aux autres, et qui rapprochent des champs d\'études trop souvent séparés, nous livre un ensemble de méditations précises et stimulantes, qui toutes nous invitent à dévoiler les «fausses nudités».


Françoise Poulet
( Mis en ligne le 13/11/2009 )
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