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Des campus un peu éclatés
Philippe Poirrier    Collectif   Paysages des campus - Urbanisme, architecture et patrimoine
PU Dijon - U-Culture(s) 2009 /  20 € - 131 ffr. / 187 pages
ISBN : 978-2-915611-28-1
FORMAT : 15cm x 23cm

Postface de Gérard Monnier

L'auteur du compte rendu : David-Jonathan Benrubi, archiviste-paléographe et conservateur des bibliothèques, dirige la Médiathèque de Cambrai.

Philippe Poirrier collabore à Parutions.com

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Première monographie d\'une série issue de la transformation en collection – «U-Culture(s)» - d\'un périodique – U-Culture(s), Revue culturelle annuelle de l\'Université de Bourgogne –, cet ouvrage a sans doute valeur de test pour les Éditions universitaires de Dijon. C\'est pourquoi, le prestige des auteurs comme des PUD n\'étant plus à faire, on s\'autorisera un regard critique sur ce premier essai.

Comme le précise Philippe Poirier dans l\'introduction, ce choix éditorial «devrait permettre une meilleure visibilité. La collection «U-Culture(s)» (...) a pour ambition de publier un volume par an sur la thématique de la «culture à l\'université». Chaque volume, dirigé par un éditeur invité, portera sur un thème précis et comportera une dizaine de contributions confiées à des chercheurs et à des acteurs de la vie culturelle.» (p.12) Paysages des campus porte bien sur un objet défini au sein de la thématique plus vaste de la culture à l\'université, mais, dans un espace assez exigu (180 pages), il ne réunit pas moins de 15 articles, 24 encarts pleine-page, et 40 auteurs (dont seulement un petit nombre de cosignataires) ! En conséquence, les risques de l\'éclatement et de la dilution ne sont pas entièrement contournés, malgré la présence de quelques textes très intéressants. En outre, avec un prix de vente de 20 euros, on est en droit d\'attendre de presses universitaires une relecture-correction minimale (noms d\'auteurs écorchés dans la table des matières, coquilles à répétition dans l\'introduction...).

Passés quelques textes assez décevants, qui tiennent de l\'histoire anecdotique ou de l\'audio-guide touristique et font cher payer le projet trans-frontalier - «la comparaison internationale sera recherchée et systématisée» -, on entre assez vite dans le vif du sujet : narrer la mise en place des premiers campus français au début de la Ve République, expliquer les problèmes auxquels ils ont été confrontés, suivre leur évolution jusqu\'aux derniers plans d\'investissement national dans les campus : «Université du Troisième Millénaire» dans les années 1990, dit U3M, «Université de l\'an 2000», dit U2000 – à ce stade, on comprend le nom étrange de la collection – et enfin le Plan Campus adopté en 2008.

On retiendra en particulier les articles de Sabine Delanes, Christian Hottin et Loïc Vadelorge, qui portent respectivement sur les «illusions et désillusions des premiers campus en France», «Jussieu, l\'inachevée» et «les universités dans les villes nouvelles», ainsi que les encarts rédigés par Philippe Poirrier, Christian Hottin et Serge Wolikow.

On découvre ainsi le «contexte d\'urgence» (p.44) des premiers campus : débuts de la massification de l\'accès aux études supérieures avec pour conséquence l\'explosion du nombre d\'étudiants (148 000 en 1956, 340 000 en 1965, 761 000 en 1974) ; mirage américain et foi dans le développement du voiturage ; recherche de solutions immobilières à faible coût foncier et rapidement réalisables, ce qui exclut un aménagement de l\'enseignement supérieur en centre-ville (prix du mètre carré, complexité des procédures d\'expropriation). Pourquoi ne retrouve-t-on pas dans ces premiers campus la réussite de leurs homologues nord-américains ? Parce qu\'alors que «l\'exurbanisation des universités qui précède souvent la péri-urbanisation des villes marquera, au moins pour un temps, la fin des relations entre la ville et ses étudiants» (p.45), le campus n\'est pas pensé comme un lieu de vie marqué par l\'appartenance à une communauté universitaire, mais comme un agglomérat de surfaces évaluées au ratio du nombre d\'étudiants et d\'instituts universitaires cloisonnés. L\'Université ne retrouve pas ses indispensables librairies et cafés et devient «un no man\'s land, un lieu qui n\'est plus structuré, ni structurant» (p.46). Le texte de Christian Hottin sur l\'histoire du campus de Jussieu est passionnant et donne envie de consulter sa version originale et plus développée – disponible en ligne sur HAL.

Dès le début des années 1960, la réflexion sur le réaménagement universitaire de la banlieue parisienne avait débouché sur la décision du gouvernement Debré d\'équiper Villetaneuse et Nanterre, éventuellement Vincennes et Créteil. Le Schéma directeur d\'aménagement et d\'urbanisme de la région parisienne (SDAURP, 1965) indique cependant, sans préciser, que les centres urbains nouveaux pourront accueillir des équipements universitaires. Au final, cinq villes nouvelles, Marne-la-Vallée, Evry, Saint-Quentin-en-Yvelines, Cergy-Pontoise et Villeneuve-d\'Asq seront dotées de campus. Villeneuve d\'Asq ouvre la marche, de façon honorable : tranchant avec le gigantisme et le monolithisme des ZUP contemporaines, le campus et la ville nouvelle affichent le souci d\'une intégration des fonctions sociales, économiques et universitaires, tout en limitant le nombre des étages et en assurant le lien avec la métropole par un transport automatisé. En région parisienne, les premières mises en place sont moins réussies. L\'arrivée du RER dans les années 90 permet le développement des universités des villes nouvelles (dont certaines sont entretemps devenues chef lieux de préfecture). Contrairement à ce qui s\'était produit à Villeneuve d\'Asq, le tissu urbain est préexistant. Contrairement à ce qui s\'était passé avec les premiers campus des années 1960, les réserves foncières aussi. «Le travail de couture entre les établissements universitaires et les centres urbains préexistants a pu ainsi être réalisé dans de bonnes conditions...» (p.77). La qualité architecturale des bâtiments de Versailles-Saint-Quentin est mise en avant comme exemplaire. Reste que le nombre des inscrits est très inférieur au seuil des 20 000 projetés par le plan U2000 qui avait porté ces projets.

Un tiers du livre est consacré au campus de Montmuzard (Dijon). Très intéressant. On retient notamment un entretien avec Serge Lemoine, «conseiller artistique» du Ministère pour la Bourgogne dans les années 60, qui a notamment piloté le choix des oeuvres d\'art au titre du «1% artistique». Choisies en rupture avec l\'architecture classique du campus, elles furent au final mal reçues par les universitaires.

Le caractère éclaté et parfois redondant de l\'ouvrage explique sans doute qu\'un certain nombre d\'aspects ne soient pas abordés. Ainsi, si un texte sur les bibliothèques universitaires intéressera ceux qui ne sont pas familiers du thème, les résidences universitaires ne sont véritablement abordées que sous l\'angle – très intéressant, au demeurant – du mobilier du campus dijonnais, tandis qu\'une histoire des restaurants universitaires – lieu nodal s\'il en est des flux étudiants – reste visiblement à écrire. Sans parler du sport universitaire, anecdotique en France, alors qu\'il est, dans le modèle américain, la vitrine des universités. Du coté des institutions, les Pôles de Recherche et d\'Enseignement Supérieur, et leurs éventuels impacts sur la configuration des campus, ne sont évoqués qu\'une fois (p.118).

Il faut enfin souligner la richesse de l\'iconographie, encore qu\'on eût pu attendre, à côté des nombreuses photographies, plus de plans, ou un ensemble de plans réunis en fin d\'ouvrage, voire, pourquoi pas, un travail éditorial de dessin technique permettant de comparer les campus entre eux. Réduire un peu la présentation des auteurs – Internet sert à cela – pour ménager une bibliographie renvoyant à des monographies consacrées à des campus ou cas particuliers eût été avantageux. Bref, pour tout dire, on a le sentiment que les échanges entre les auteurs ont dû être passionnants, mais que l\'édition ne leur fait pas honneur. Ce qui n\'empêchera pas, compte tenu de l\'information qui y est juxtaposée, les bibliothèques universitaires d\'en faire l\'acquisition.


David-Jonathan Benrubi
( Mis en ligne le 18/11/2009 )
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  • Lien vers l'article de C. Hottin sur HAL
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