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''L'éducation de la réalité''
Sigmund Freud   Religions
Gallimard - Connaissance de l'inconscient 2012 /  20 € - 131 ffr. / 283 pages
ISBN : 978-2-07-012630-9
FORMAT : 12,2 cm × 18,5 cm

Denis Messier (Traducteur)

Vincent Delecroix (Préfacier)

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Dans une nouvelle traduction, Religions réunit plusieurs textes du père de la psychanalyse, des textes d\'importance diverses sur ce sujet. Si L\'Avenir d\'une illusion est l\'essai majeur de ce recueil chronologique, d\'autres petits essais gravitent autour de ce même thème dont Actes compulsionnels et exercices religieux (1907), Grande est la Diane des Ephésiens (1911), Préface aux Problèmes de psychologie religieuse du docteur Theodor Rank (1919) et enfin Une expérience vécue à caractère religieux (1928).

Le dilemme que pose Sigmund Freud est en effet d\'une importance capitale : comment l\'homme peut-il se civiliser, c\'est-à-dire être réellement homme, tout en renonçant à la religion ? En devenant civilisé, l\'homme doit abandonner son égoïsme infantile, dépasser le fameux complexe d\'Oedipe, grignoter ses pulsions archaïques pour acquérir le langage et donc la rationalité. En somme être adulte. Sauf que ce dépassement contraignant occasionne douleurs et frustrations. Nous sommes là dans une aporie. Car le problème concerne la disparition de la religion en tant que telle, qui laisse les hommes livrés à eux-mêmes ; et cette disparition ne va pas de soi car l’être humain se renferme sur sa sphère égotiste. L\'homme peut-il donc y faire face en s’imposant une transcendance sans religion ?

Sigmund Freud tente de rapprocher légitimement la religion de certaines pratiques névrotiques comme des actes compulsionnels et il n\'hésite pas à la considérer comme l\'état infantile de l\'homme adulte, la névrose devenant une religiosité individuelle et la religion une névrose universelle. Ce qui est contradictoire car comment l\'homme peut-il vivre sans névrose ou sans relation névrotique avec le réel ? Si l\'humanité doit sa naissance au phénomène religieux (tabous, interdits) et si celui-ci a permis à l\'homme de maîtriser en partie ses pulsions archaïques, et donc de progresser, comment cette même humanité peut-elle se désengager du religieux sans dommage ? Là est toute la question.

En définitive, se posant des contradictions et des objections, Freud parie sur la rationalité humaine pour réussir ce tour de force et ceci sans interdiction radicale de la religion mais par l\'élévation spirituelle et la raison qui, d\'une manière ou d\'une autre, pousseront l\'être humain à renoncer à la religion. \"On est en droit d\'appeler cela \"l\'éducation de la réalité\" ; ai-je besoin de vous révéler encore que, en rédigeant mon écrit, j\'ai pour unique dessin d\'attirer l\'attention sur la nécessité d\'un tel progrès ?\" (p.223), écrit-il. A ce titre, Sigmund Freud est un héritier des Lumières, pensant résorber la religion par la raison et la science ; il ne pense pas que la libération humaine doive passer par l\'expression de sa subjectivité dans une transparence totale de soi à soi. Il savait que cette subjectivité était un écran trompeur investi par des passions obscures et inconscientes, ce qui fut l\'erreur commise par les surréalistes.

Ainsi, l\'homme comprendrait qu\'il pourrait accepter les contraintes de la civilisation sans avoir recours à un processus religieux fort contraignant et lourd à porter. Freud écrit encore : «Comme c\'est une tâche déplaisante que de faire le départ entre ce que Dieu lui-même a exigé et ce qui découle plutôt de l\'autorité d\'un parlement souverain ou d\'une haute magistrature, il y aurait indubitablement avantage à laisser Dieu complètement en dehors de tout cela et à admettre honnêtement l\'origine purement humaine de toutes les institutions mises en place par la civilisation et des prescriptions dictées par elle. En même temps que le caractère sacro-saint revendiqué par ces lois et ces commandements serait ainsi supprimées leur rigidité et leur nature immuable. Les hommes seraient en mesure de comprendre que ceux-ci ont été créés, non pas tant pour les dominer, mais bien plutôt pour servir leurs intérêts ; ils développeraient envers eux un rapport davantage emprunt d\'attachement et, au lieu de vouloir les abolir, ils se fixeraient seulement comme but de les améliorer. Ce serait là un progrès important sur la voie qui mène à la réconciliation des êtres humains avec la pression que la civilisation exerce sur eux» (pp.208-209). Ce passage est important car il suggère que même si Dieu existait, il faudrait nous décharger de son influence dans ce qu\'il a créé à l’origine de la civilisation et nous préoccuper d\'améliorer nos lois. Se lève évidemment une objection quant à savoir si Dieu existe ou non réellement, c’est-à-dire sur la Vérité \"scientifique\" de son existence ou de sa non-existence.

Mais Freud ne pouvait pas savoir à son époque d\'une manière emblématique que si la religion disparaissait dans sa forme native, elle pouvait réapparaître sous d\'autres aspects sécularisés, y compris scientifiques et politiques comme l\'histoire l\'a depuis montré, bref par des structures civilisationnelles autant que destructrices, ce qui rend le problème encore plus épineux.

Dans ce texte fort célèbre, le père de la psychanalyse discute plus qu\'il ne rentre dans les détails du processus, tablant sur le progrès scientifique et sur un certain optimisme, même s’il sait que l’homme a été de tous temps plus gouverné par ses passions et ses pulsions. Le problème demeure donc entier...


Yannick Rolandeau
( Mis en ligne le 17/07/2012 )
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