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Le féminin pluriel
Morgane Merteuil   Libérez le féminisme !
L'Editeur - Idées et controverses 2012 /  13 € - 85.15 ffr. / 133 pages
ISBN : 11,6 cm × 17,6 cm
FORMAT : 978-2-36201-069-9

L'auteur du compte rendu : Docteur en sociologie, diplômé de l’Institut d'Études politiques de Paris, actuellement chercheur associé au laboratoire Cultures et Sociétés en Europe (Université de Strasbourg), Christophe Colera est l'auteur, entre autre, de La Nudité, pratiques et significations (Éditions du Cygne) et Individualité et subjectivité chez Nietzsche (L’Harmattan).
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tudiante en lettres, admiratrice de Grisélidis Réal, de Virginie Despentes, de Christine Delphy et de Thierry Schaffauser, prostituée de son état et secrétaire générale du Syndicat du travail sexuel, Morgane Merteuil a trouvé son cheval de bataille : la lutte contre un «certain féminisme» qui «milite pour un rapport au sexe normalisé à vocation totalitaire», le féminisme «institutionnel, bien-pensant» des associations portées par les grands médias : Chiennes de garde, Ni Putes Ni Soumises et Osez le féminisme. Aux premières, il est reproché une dévalorisation caricaturale du corps (dans la polémique sur la photo des fesses de Simone de Beauvoir), aux deuxièmes une pensée néo-coloniale qui identifie la différence au «retard» dans la civilisation, aux dernières enfin de vouloir normaliser «bourgeoisement» les statuts de genre et les pratiques sexuelles. Toute cette mouvance aurait en commun, selon elle, une même haine de la sexualité, et cultiverait un même pessimisme sur le potentiel réel d’inventivité et d’affirmation de soi dont les femmes, dans diverses situations, seraient porteuses.

Un point de vue intéressant en ce temps de \'\'political correctness\'\' obligatoire. Les argumentations sont toujours élégantes, efficaces, souvent pertinentes sur le volet polémique, quoique sans doute un peu excessives, parfois, dans leur refus de l’«essentialisme» et leur indifférence aux déterminations naturelles. Elles deviennent carrément touchantes sur le volet du témoignage. Car malgré les apparences (le titre, le format), le livre est aussi éloigné du pamphlet (dont il n’a aucunement la violence) que de l’essai savant (peu d’universitaires sont cités, et c’est plus souvent sur des documentaires journalistiques ou des point de vue d’écrivains que le livre s’appuie). L’ouvrage est avant tout la trace d’un vécu, celui des prostituées, vécu toujours complexe, attendrissant, qui a la chance ici de pouvoir se dire dans un langage cultivé, là où d’ordinaire il ne passait que par des paroles censurées. Morgane Merteuil marque un point particulièrement fort quand elle fait, exemples à l’appui, de la voix de la prostitution la voix des faibles ou de la faiblesse (presque perçue dans un sens ontologique), non pas seulement celle des professionnelles, mais aussi celle des clients, les unes et les autres ne faisant au fond potentiellement qu’un dans le combat pour leur reconnaissance. Ce qui se joue dans les draps du sexe tarifé serait l’envers d’une société machiste de la force et du profit, un envers dans lequel hommes et femmes ne font en réalité qu’un, par-delà les clichés cultivés par le féminisme médiatique.

A vrai dire, l’image de la faiblesse, même ontologisée, fait sans doute encore la part un peu trop belle au patriarcat productiviste implicitement crédité d’une force réelle (or les lecteurs des Épitres de Saint Paul et des textes sacrés du taoïsme savent que force et faiblesse sont interchangeables) et d’ailleurs Morgane Merteuil se rattrape dans la suite de son témoignage en montrant toute la liberté (et aussi l’authenticité de rapports humains), donc en quelque manière la force, qu\'elle trouve dans son métier.

On lira avec intérêt les analogies faites entre le traitement de la prostitution et celui de l’avortement (une idée empruntée à Gail Pheterson, qui a sans doute ses limites philosophiques, mais qui peut être opératoire dans l’action syndicale où l’auteure se trouve engagée), la défense d’un féminisme «réaliste» et «inclusif» (qui irait des femmes musulmanes voilées à celles qui affichent leur amour de l’érotisme), attentif à la diversité de vécus et ouvert à toutes les possibilités humaines.

Dans son rôle de jeune publiciste, qui se veut porteuse des attentes d’une nouvelle génération (notamment celles d’autres prostituées lettrées comme elle, étudiantes que les difficultés économiques mais aussi un nouveau rapport au corps poussent dans cette voie), Morgane Merteuil rejoint une forme de libéralisme politique radical, qui place ses espoirs dans la libre circulation de l’information et du partage des expériences au-delà des clichés. En plein cœur du débat sur l’abolition de la prostitution, elle ne doute pas que la résistance au normativisme autoritaire ait une chance de l’emporter.

Face à elle, les féministes «bourgeoises», tenantes d’un certaine paternalisme, ne manqueront probablement pas de faire valoir que ce manifeste pour la liberté ne convient qu’à celles qui ont les moyens (au moins intellectuels et psychologiques) de l’exercer. Et pourtant la démocratie ne paraît guère possible sans avancer sur le chemin du droit de chacun à faire ce qu’il veut de son corps. Ceux qui y croient trouveront en tout cas dans le livre de Morgane Merteuil matière à étayer leur conviction.


Christophe Colera
( Mis en ligne le 18/09/2012 )
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