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L’Amérique des monstres
Denis Duclos   Le Complexe du loup-garou - La fascination de la violence dans la culture américaine
La Découverte - Poche 2005 /  10.50 € - 68.78 ffr. / 276 pages
ISBN : 2-7071-4501-7
FORMAT : 13x19 cm

L'auteur du compte rendu: Gilles Ferragu est maître de conférences à l’université Paris X – Nanterre et à l’IEP de Paris.
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L’un des stéréotypes les plus fréquemment attachés à l’image des États-Unis est celui d’une culture de la violence : depuis le Western et ses pistoleros jusqu’aux pamphlets filmés de Michael Moore dénonçant le commerce des armes, l’exception américaine (légitimée par le cinquième amendement) étonne et interpelle. Est-il possible que la violence soit constitutive d’une certaine culture, voire d’une certaine identité américaine ? Comme d’autres, Denis Duclos, sociologue et chercheur au CNRS, est donc parti sur les traces de cette fascination, traces historiques qu’il relie, avec une réelle virtuosité à une culture ancienne, mythologique, issue des profondeurs de la civilisation anglo-saxonne. L’objet sociologique choisi pour la démonstration est le serial-killer, appréhendé comme le fruit empoisonné d’une culture nationale.

L’ouvrage rapproche deux univers qui pourraient sembler éloignés, tant par le temps que par la portée, celui des assassins en série et celui de la mythologie celtique, débarrassée de ses oripeaux romantiques et wagnériens. Reliant l’un à l’autre, D. Duclos dévoile, dans l’ombre de l’assassin, la figure des dieux nordiques, sauvages, cruels. Certes, on pourrait trouver la démonstration artificielle : le lien se fait via un imaginaire véhiculé tant par la littérature que par le cinéma. Hollywood comme matérialisation des pulsions ancestrales ? Dévoilant les lois de cette «mise en terreur», l’auteur fait un parallèle entre les ruses des écrivains, des cinéastes et les pulsions des criminels : on y croise les classiques de la littérature et du cinéma fantastique (S. King, C. Barker…) et du thriller (T. Harris…) qui voisinent avec les pires assassins (Ted Bundy, le Zodiaque…). Le motif fréquemment invoqué est celui guerrier fou, du « berserker», de l’amok…, motif courant dans de nombreuses sociétés primitives et que, par un habile jeu de miroir, l’auteur projette dans notre monde à la technologie rassurante. Le guerrier, figure noble, s’animalise alors (d’où l’image du loup-garou) et devient le tueur sans âme et sans discernement, le «chasseur sauvage». D. Duclos se sert du monde anglo-saxon pour invoquer les diverses figures d’Odin, dieu fourbe, ogre insatiable, mais divinité équivoque, doté d’un savoir immense pour lequel il sacrifia un œil dans un rituel rude qui peut être assimilé à une forme de torture. Car la violence appelle la souffrance et - c’est peut-être là toute l’ambiguïté de cette culture - il s’agit de légitimer la violence tout en gommant la souffrance «collatérale», dissimulée par des rituels.

Le surnaturel, au cœur de l’ouvrage, ne se limite d’ailleurs pas au loup-garou, incarnation de la thèse de l’auteur (les pulsions inconscientes et leur matérialisation, par les actes ou par la littérature) : le mort-vivant (chasseur anthropophage), le vampire (part féminine du tueur), le golem (la créature sans âme et sans sentiments)… sont également pris à partie dans ce qui ressemble à une théorie générale de la littérature fantastique sous l’angle de la criminologie (et inversement). Un profiling pour auteur à succès ? Du reste, la dimension psychanalytique n’est pas omise, tant dans la tentative de suivre la logique des assassins (en fonction des pulsions et des rituels suivis par chaque tueur), que par l’essai d’explication (le rôle de la mère ou l’absence du père, la place des femmes, la «sexualisation» des crimes…). Quant au facteur religieux, il ne reste pas au niveau inconscient et D. Duclos consacre de longs développements au cas Manson et aux sectes sataniques, ainsi qu’à quelques criminels notoires pour tenter d’élaborer une typologie d’ensemble. Les figures du mal se déclinent du reste allègrement et le serial killer fournit un prétexte à un tableau intéressant des représentations du mal dans la culture américaine.

Cet ouvrage, réédition d’une étude publiée en 1994, n’a (hélas) rien perdu de son actualité. L’essai est original, jusque dans le ton utilisé (pas de jargon : le style est très accessible), mais parfois un peu artificiel dans ses rapprochements et dans ses argumentaires. D’Asgard à Hollywood, il y a tout de même du chemin ! On reste donc par moment dubitatif, malgré la rhétorique soignée de l’auteur et son enthousiasme communicatif pour la littérature fantastique. Toutefois, il tente une approche différente, stimulante, d’un phénomène (le tueur en série) au prisme de cet «inconscient collectif» défini par C. G. Jung (mais ignoré par l’auteur, qui se prive ainsi d’un concept commode) et modelé par les médias. Au croisement de la psychanalyse et de la sociologie culturelle, ce Complexe du loup-garou offre de nombreuses pistes de réflexions pour considérer, au-delà du prétexte américain, la place de la violence dans nos sociétés, comme le versant sombre du procès de civilisation décrit par Norbert Elias.


Gilles Ferragu
( Mis en ligne le 09/03/2005 )
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