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Le libéralisme suffisant
Robert-J Barro   Rien n'est Sacré ! - Des idées en économie pour le nouveau millénaire
Economica 2004 /  15 € - 98.25 ffr. / 161 pages
ISBN : 2-7178-4780-4
FORMAT : 14x22 cm

L'auteur du compte rendu: Guy Dreux est professeur certifié de Sciences Economiques et Sociales au lycée Michelet de Vanves (92). Il est titulaire d'un DEA de sciences politiques sur le retour de l'URSS d'André Gide.
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Robert Barro fait partie de ces économistes qui jouissent d\'une reconnaissance mondiale. Professeur à Harvard depuis 1995, il est connu pour ces travaux sur les anticipations rationnelles. Entendons ici la façon dont les individus peuvent rendre nocives certaines initiatives de l\'Etat en matière de politiques sociales ou monétaires… Auteur de nombreux articles dans différentes revues de renom, Barro assume pleinement son étiquette de \"libertarien\", race particulière de libéral, qui se veut plus libérale que les libéraux eux-mêmes. Les objectifs de politiques économiques s\'énoncent pour lui simplement : réduction de l\'inflation, réduction des déficits publics, systèmes individualisés d\'aide sociale, libéralisation du système d\'éducation, privatisation du système des retraites, ouverture maximale des échanges internationaux, etc. Si ces domaines d\'application sont multiples, le lien reste la condamnation de l\'intervention de l\'Etat. Le marché est sensé être vertueux, toujours et partout.

Un ouvrage d\'un économiste de cette trempe est donc a priori intéressant. C\'est en fait un recueil d\'articles évoquant des collègues de l\'auteur (il y a là une belle concentration de prix Nobel d\'économie, beaucoup lui envieraient son carnet d\'adresse), des auteurs fondateurs de la discipline (Smith, mais surtout Ricardo, Friedmann et Becker), des manières d\'appliquer la théorie standard à l\'ensemble des faits sociaux, des vues sur les évolutions politiques et économiques de certaines régions du monde autour de 2000.

Le lecteur qui chercherait une unité dans tout cela perdrait son temps. Il n\'y en a pas, si ce n\'est le déploiement d\'une pensée qui se veut logique et rationnelle, sans tabous, et dont le credo a été énoncé au XVIIIe siècle : le laisser-faire, le marché, comme seul moyen d\'obtenir le plus grand bonheur pour le plus grand nombre. Le même lecteur qui voudrait trouver quelques nouvelles avancées de cette science si ambitieuse aujourd\'hui serait également déçu. Mais faut-il croire que ce livre ne sert à rien ou qu\'il soit bon à jeter à la poubelle comme l\'écrit Denis Clerc dans Alternative Economique.

Si l’on n’est pas loin de partager cet avis, deux raisons peuvent justifier son intérêt. La première réside dans la dernière phrase du livre qui, avouons-le, est des plus surprenantes. L\'auteur conclut en effet son ouvrage sur l\'évocation d\'un énième souvenir : \"Un jour une grande société financière m\'a demandé si je serais prêt à renoncer à la tour d\'ivoire de la carrière universitaire pour devenir leur économiste en chef. Il était précisé que, si je travaillais à Wall Street, il me faudrait réviser la position selon laquelle les marchés financiers fonctionnent efficacement. Comme je suis toujours dans des tours d\'ivoire, on me pardonnera peut-être d\'avoir adopté précisément cette attitude.\" (p.157) Inutile de dire qu\'il faudrait s\'interroger bien plus longuement sur la distance assumée ici entre certaines théories et la réalité. Retenons simplement l\'aveu d\'un cadre théorique sans lien nécessaire avec le fonctionnement réel de certaines institutions.

La seconde raison réside dans le choix du sous-titre : des idées en économie pour le nouveau millénaire. C\'est là le deuxième aveu de l\'auteur. R. Barro n\'a strictement rien à dire de nouveau pour les temps à venir. Le lecteur curieux sera déçu en effet de ne rien lire qui ait été déjà cent fois rabattu. Mais nous ne croyions pas que ce soit là une défaillance de l\'ouvrage ; tout au contraire, c\'est une affirmation forte. Barro fait partie de ces économistes pour qui les idées qui doivent gouverner le prochain siècle, le prochain millénaire (?), sont celles énoncées par Smith, Ricardo, plus tard Hayek ou Friedmann.

La nouveauté ici n\'est rien d\'autre que d\'affirmer confortablement l\'impérialisme d\'une science, plus précisément d\'un courant de cette science, comme fondé. \"Certains critiques voient en Gary [Becker] un \"impérialiste\" dans le domaine de l\'économie ; il est certain qu\'il n\'hésite pas à élargir le champ d\'application du modèle économique. […] A mon avis, cette extension du raisonnement économique a été utile à l\'intelligence des phénomènes empiriques et à la conception de mesures que doivent prendre les pouvoirs publics.\" (p.26) On regrettera alors que peu de cas soit fait des ouvrages de Bentham ou de S. Mill pourtant fort avancés sur l\'expansion d\'une raison utilitariste sur l\'ensemble des phénomènes sociaux. Mais peut-être est-ce là la parole d\'un physicien de formation venu aux questions économiques par les mathématiques.

Au fond, ce livre témoigne de la suffisance d\'un courant d\'analyse qui assume pleinement son impérialisme. Les adeptes s\'arrêteront sur l\'aisance du style, les \"critiques\" verront le livre leur tomber des mains. Pour ceux qui ne se sont pas encore fait une raison, le livre peut être évocateur. Craignons qu\'il suffise à ces derniers de prêter un peu d\'attention à son introduction : \"Il s\'ensuit que même certaines opinions largement répandues – par exemple que la beauté soit un attribut immérité d\'une personne, ou que la démocratie soit importante pour la croissance économique - ne sont pas des vérités sacrées échappant à toute analyse. Voilà pourquoi j\'ai intitulé mon ouvrage Rien n\'est sacré\". (p.3)


Guy Dreux
( Mis en ligne le 06/04/2005 )
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