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Certains plus égaux que d'autres...
François Dubet    Collectif   Injustices - L'expérience des inégalités au travail
Seuil 2006 /  23 € - 150.65 ffr. / 490 pages
ISBN : 2-02-086378-2
FORMAT : 14,5cm x 22,0cm

L'auteur du compte rendu: titulaire d’une maîtrise de Psychologie Sociale (Paris X-Nanterre), Mathilde Rembert est conseillère d’Orientation-Psychologue de l’Education Nationale.
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Passant à la caisse d’un supermarché, un client ne prend pas la peine d’interrompre sa conversation au portable pour saluer la caissière qui enregistre ses achats. Un fonctionnaire qui estime travailler plus que ses collègues se plaint de recevoir la même notation que les autres. Des aides-soignantes, situées en bas de la hiérarchie hospitalière, se sentent complètement invisibles alors qu’elles estiment faire un travail indispensable auprès des malades. Toutes ces situations engendrent des sentiments d’injustice. C’est à ce thème que se sont intéressés les sociologues Valérie Caillet, Régis Cortéso, David Mélo et Françoise Rault, sous l’égide de François Dubet.

De 2003 à 2005, ces chercheurs ont mené une enquête d’envergure auprès de groupes professionnels variés, allant des cadres aux chauffeurs de taxi en passant par les chefs de rayon et les couturières. En plus des 300 entretiens individuels et collectifs effectués, un questionnaire a été adressé à plus de 1000 personnes. La question de l’injustice occupe une place importante dans l’œuvre de Dubet, qui a notamment travaillé sur l’école et la jeunesse. Il a notamment écrit avec Marie Duru-Bellat L’Hypocrisie scolaire (Seuil, 2000) et a publié récemment L’Ecole des chances (Seuil, 2004). Injustices aborde le monde du travail et non celui de l’éducation, mais on y retrouve la même réflexion sur les principes de justice que dans le dernier opus de Duru-Bellat, L’Inflation scolaire.

Les auteurs commencent par exposer les principes fondamentaux de justice : l’égalité, le mérite et l’autonomie. L’existence de «castes» et les discriminations racistes seront par exemple combattues au nom du principe d’égalité. Si l’on se réfère plutôt au mérite, on critiquera le piston mais on trouvera normal que les postes à responsabilités soient réservés aux plus diplômés. Quant aux tenants du principe d’autonomie, ils accordent de l’importance au fait d’aimer son travail et de réaliser sa vocation. Ces trois principes de justice s’articulent concrètement dans le domaine du droit (par exemple aux prud’hommes), dans celui du pouvoir (on peut aussi bien se plaindre d’un pouvoir hiérarchique trop fort que d’un pouvoir trop faible), et dans celui de la reconnaissance (les auteurs donnent l’exemple des enseignants qui subiraient actuellement une perte de reconnaissance). Les trois principes de justice étant forts différents les uns des autres, la critique ne s’arrête jamais. On peut toujours contester un principe à partir d’un autre. L’égalité contre l’égoïsme… Le mérite contre le favoritisme… L’autonomie contre l’égalitarisme… Et ainsi de suite.

Les sentiments d’injustice sont liés à la position sociale, On peut croire que les inégalités sont d’autant plus justifiées que l’on monte dans l’échelle sociale. C’est en partie vrai mais les sociologues montrent que la réalité est plus nuancée. On ne peut pas dire que le mérite soit uniquement une valeur des classes dominantes. Cependant, il est vrai que les gens de droite sont plus attachés au mérite et les gens de gauche, plus à l’égalité. Les auteurs présentent alors divers types d’organisation du travail fondés sur tel ou tel principe de justice. Ainsi, le taylorisme est basé sur le mérite et l’égalité mais les individus y manquent d’autonomie. Le «nouveau management», qui implique de la liberté, s’accorde bien avec le mérite et avec l’autonomie, mais l’égalité y est laissée en berne. La bureaucratie professionnelle, elle, valorise, l’égalité et l’autonomie mais dévalorise le mérite.

Est alors abordée la question du sentiment d’injustice dans différentes catégories professionnelles. Les auteurs distinguent les «invisibles» (chargées de cours à l’université, aides-soignantes), les «exploités» (ouvriers du bâtiment, caissières), les «mis à l’épreuve» (chefs de rayon, cadres débutants) et les «indépendants sous contrainte» (agriculteurs, intermittents du spectacle). L’avant-dernier chapitre montre qu’il existe une distance entre le sentiment d’injustice et l’action. Ainsi, une personne peut avoir un sentiment d’injustice mais se montrer fataliste : «de toute façon, on ne peut rien y changer». Certains adhérent sans s’en rendre compte à la croyance selon laquelle les victimes d’injustice sont coupables de leur sort (notamment les «classes dangereuses»). Enfin, les auteurs explorent l’expérience individuelle des injustices : les sentiments comme la honte, la culpabilité ou la peur, et la manière dont les gens leur résistent, par exemple, par le détachement, ou par le militantisme. On quitte donc la question de juste pour aborder celle du Bien et de sa recherche par les individus.

Jamais Dubet et ses pairs ne se mettent en «position haute» par rapport à leurs enquêtés. En s’intéressant au sort des jeunes chercheurs précaires de l’université, ils montrent bien que le sociologue ne saurait être au-dessus de son objet d’étude. Ce positionnement apporte de l’honnêteté à cet ouvrage riche d’enseignements pour qui s’intéresse au monde actuel du travail.


Mathilde Rembert
( Mis en ligne le 21/06/2006 )
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A lire également sur parutions.com:
  • L'Inflation scolaire
       de Marie Duru-Bellat
  • L'Usine à vingt ans
       de Naïri Nahapétian
  • Le Capital social
       de Michel Lallement , Antoine Bevort , Collectif
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