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Et s'il n'en reste qu'un...
Pierre Lefranc   Gouverner selon de Gaulle - Conversations avec Geneviève Moll
Fayard - Témoignages pour l'Histoire 2008 /  22 € - 144.1 ffr. / 400 pages
ISBN : 978-2-213-63706-8
FORMAT : 15,5cm x 24cm

L'auteur du compte rendu : agrégé d’histoire, Nicolas Plagne est un ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure. Il a fait des études d’histoire et de philosophie. Après avoir été assistant à l’Institut national des langues et civilisations orientales, il enseigne dans un lycée de la région rouennaise et finit de rédiger une thèse consacrée à l’histoire des polémiques autour des origines de l’Etat russe.
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Né en 1922, Pierre Lefranc est le dernier des gaullistes historiques, le dernier des sept barons du RPF qui formèrent le carré des fidèles ou le premier cercle des grands serviteurs du général de Gaulle.

Jeune patriote révolté par l’occupation, il entre en résistance lorsqu’il brave les autorités et participe à la manifestation anti-allemande des lycéens et étudiants le 11 novembre 1940 à l’arc de triomphe : arrêté et tabassé, il rallie le combat de la France Libre. Ce jeune bourgeois, héritier d’un journaliste républicain opposant au coup d’Etat de 1851 et député fondateur de la 3ème république, est enthousiasmé par la figure du général et passe en Afrique du Nord, fait le Saint-Cyr de la France Libre et devient parachutiste ; c’est en uniforme de lieutenant qu’il rencontre de Gaulle chef du gouvernement de la Libération à une réception en 1945. Dès 1947, il entre au RPF, seul parti auquel il adhérera (même parmi les formations «gaullistes»). Il s’y fait remarquer par sa fidélité et, quand le RPF se met en veille en 1955, de Gaulle ne l’oublie pas. Pour expliquer la promotion ultérieure de cet homme élancé de grande taille, à la petite moustache, certains allèrent jusqu’à imaginer qu’il était le fils naturel du Général… ce que l’intéressé dément.

La spécificité de Lefranc au sein des barons tient à ce qu’il a soigneusement évité tout mandat électoral (allant jusqu’à invoquer habilement sa confession protestante, assez théorique, pour éviter une candidature aux législatives de 1967 en Bretagne), si ce n’est un siège de conseiller municipal à Brive-la-Gaillarde en 1947 ; ensuite à ce qu’il a écarté les avances concernant un ministère (en 1968) ; enfin à ce qu’il ne s’est pas rallié à Pompidou en 1969, par fidélité encore à la personne du Général et au vrai gaullisme, fustigeant depuis lors les «pseudo-gaullistes» en gardien du temple. Comme il le dit lui-même, son mode d’action après 1969 aura été l’écriture, tantôt de témoignage historique tantôt de fidélité politique (sans parler de sa carrière d’auteur de romans policiers…). Il aura aussi consisté en une défense de la mémoire du Général et de ses archives dans le cadre de l’Institut puis de la Fondation Charles de Gaulle dont il a été un des fondateurs puis le président. Ajoutons que Lefranc a depuis lors aussi pris position publiquement en certaines circonstances où l’essentiel était en cause selon lui (en 2002 en faveur de J.-P. Chevènement puis contre le Traité constitutionnel européen) et qu’on peut classer cet homme qui ne craint pas de se dire «patriote» (même si ça fait ringard) dans le «souverainisme».

Chef de cabinet du général de Gaulle de 1958 à 1969, Lefranc est un grand témoin de l’action du président fondateur de la Ve république. Interrogé par la journaliste Geneviève Moll, qu’il connaît depuis cette époque, il rappelle ce qui fait la marque du gouvernement selon de Gaulle et assume calmement, avec parfois quelques concessions secondaires et réserves de détail, son adhésion indéfectible à cette pratique du pouvoir. Les huit chapitres de dialogue avec G. Moll (assez complice) suivent chronologiquement la présidence puis en tirent le bilan. Lefranc donne sa version des faits, assez classique pour un gaulliste, mais y ajoute parfois des détails nouveaux. Après avoir rappelé comment de Gaulle était isolé et semblait fini en 1955 (même à Pompidou, que Lefranc n’aime guère), il rejette la thèse du complot concerté avec l’armée et du coup d’Etat larvé en mai 58 : si de Gaulle a joué de la menace de guerre civile pour briser les résistances parlementaires à son retour, il n’a pas encouragé l’opération Résurrection et a même mis en garde les militaires contre une action aussi irresponsable.

Il a aussitôt - suivant sa doctrine permanente de l’importance décisive du système politique (formée peut-être en Pologne en 1919 et confirmée par juin 40) - imposé le changement de régime préalable à toute action durable et cohérente en créant une constitution souple mais adaptée au cas français, en assurant la stabilité et l’indépendance relative de l’exécutif et en lui confiant un rôle d’impulsion sous le contrôle d’un parlement recadré dans des missions définies. Lefranc s’oppose à l’idée de monarchie républicaine, en rappelant que le peuple est libre de donner ou non une majorité parlementaire au président, qui de toutes façons, grâce au septennat, est au-dessus des partis, que le gouvernement Pompidou a été censuré en 1962 et que de Gaulle a créé la possibilité d’une cohabitation.

L’œuvre commence alors : la décolonisation nécessaire (Lefranc défend de Gaulle contre l’accusation de manipulations et de mensonges cyniques à l’opinion sur l’Algérie, en expliquant l’impossibilité d’une totale franchise en ce domaine, les passions imposant une pédagogie habile préparant les esprits à la moins mauvaise solution possible) ; la modernisation économique et donc sociale, scolaire (la scolarité obligatoire portée à 16 ans ayant pour but de mieux former la population à la vie professionnelle d’une France industrialisée, mais aussi le soutien à des écoles confessionnelles sous contrat). Le chapitre 4 revient sur ce qu’était une journée à l’Elysée à cette époque ; le 5ème, sur les voyages, élément de contact périodique par le lien direct entre deux élections ou référendums, de ressourcement et de re-légitimation charismatique, pour l’auteur et l’entourage privilégié du président, un moment d’anecdotes significatives et de conversations mémorables. Le chapitre 6 traite de «la tempête (1968-1969)», le moment où «la jeunesse a raté de Gaulle»…

Sans évacuer la question des responsabilités gaulliennes (la France s’ennuie !), Lefranc maintient la vraisemblance d’un complot étranger pour déstabiliser de Gaulle à cette occasion. Modéré et habile, Pompidou gère la crise, avec l’aide du préfet Grimaud, en évitant l’appel à l’armée que de Gaulle et Lefranc jugent légitime en droit ; Pompidou rassure ainsi la majorité silencieuse et prend la succession, tout en continuant la modernisation économique et sociale. Mais 68 est aussi un moment de rupture entre de Gaulle et son Premier ministre ; la crise couvait, selon Lefranc, depuis des années, Pompidou n’ayant jamais été convaincu aussi bien des projets sociaux que de la volonté de grandeur du général. Intelligent, c’est avant tout un carriériste prudent (jamais résistant, un péché originel et une source d’illégitimité dans les vieux milieux gaullistes) et un gestionnaire madré proche des milieux d’affaires.

L’ouvrage veut souligner la grandeur de l’esprit du gaullisme et son actualité. Cet esprit n’est pas un syncrétisme de circonstances mais un ensemble équilibré et réfléchi, fondé sur l’histoire des peuples et de leurs relations, entre élan patriotique (en quête d’indépendance et de noblesse) d’une part et réalisme pragmatique d’autre part. Taquiné par G. Moll, Lefranc répond sans détour avec une certaine honnêteté mais les réponses peuvent parfois sembler un peu courtes devant d’apparentes contradictions (ou tensions imposées par le réel ?) et les débats de fond restent ouverts : de 1944 à 1969, quelle est la cohérence sur la colonisation, le colonialisme et le néo-colonialisme ou la Coopération (la Françafrique de Foccard, ami de Lefranc), comme aujourd’hui sur le risque de choc des civilisations ; d’un côté Lefranc déplore le recours massif à l’immigration au nom de la difficile assimilation et des conséquences psychologiques du déracinement des beurs (émeutes, etc. Il retrouve aussi le rejet par de Gaulle de «Colombey-les-2-Mosquées»), mais veut rendre justice à l’oeuvre colonisatrice française et déplore la fin de la grande politique arabe de la France… On en revient au sens du patriotisme, on touche peut-être le fond des ambiguïtés du gaullisme entre générosité et intérêt national jaloux.

De même, Lefranc adhère sincèrement à la politique scolaire et universitaire mais aussi socio-économique (la croissance par l’industrialisation) qui mena aux contradictions de mai 68, mais on peut se demander si la société des années soixante n’a pas basculé dans un matérialisme et un économisme bien éloignés de l’élan patriotique et même d’un personnalisme chrétien. Lefranc, certes, met dans l’idéal de la Croissance la dimension morale, mais on peut se demander s’il n’y a pas là une contradiction (comme de vouloir au demeurant «moraliser le capitalisme» fondé sur la recherche essentiellement égoïste du profit maximal). Parfois tenu pour gaulliste social sinon de gauche, il fait porter à Pompidou la responsabilité de l’échec de la Participation (association capital-travail), mais il y a peut-être ici un point aveugle de sa pensée, car de Gaulle a nommé et maintenu Pompidou ; il est certes possible que de Gaulle ait été freiné par Pompidou, mais n’est-ce pas qu’il «se laissa faire» par mépris de «l’intendance» ou sous-estimation des affaires intérieures civiles, au profit de la Défense et des affaires étrangères, perdant ainsi le contrôle sur une dimension essentielle de son œuvre ? Car la politique salariale du gaullisme aura été de facto pompidolienne ; conscient des injustices du capitalisme, de Gaulle semble avoir hésité à tenter la participation alors critiquée par la gauche comme une illusion.

Le pompidolisme : vérité de droite technocratique et affairiste dont l’icône du Général aura été le masque ? Il serait excessif de le dire : justement parce que Pompidou a abandonné une partie du gaullisme et Lefranc souligne tout ce qui sépare le sarkozysme et déjà le chiraquisme du vrai gaullisme. Mais on peut se demander, respectueusement, si le gaullisme – cette volonté de dépassement de la droite et de la gauche – n’a pas été toujours en partie une pose tragique ou un pari douteux. Restent la révolution industrielle et la constitution, mais cet héritage est, reconnaît Lefranc, mal en point entre fin de la politique industrielle volontariste, de l’indépendance dans l’OTAN, de la souveraineté en Europe, du découplage des élections législative et présidentielle (condition de la position arbitrale du président) et du respect du référendum.

Faire du gaullisme cet esprit, l’exonérer des échecs concrets tout en revendiquant l’esprit réaliste en politique, c’est la condition pour que la fidélité à l’homme de Gaulle soit autre chose qu’un culte idolâtre du chef ou de la personnalité. Une nécessité à rappeler car l’idolâtrie a existé aussi et parfois justifié des dérives (SAC, etc.). C’est une vertu de ce livre de rappeler nettement ce qui nous sépare de cet esprit et de cette époque (et d’abord une certaine dignité du débat politique). Sur un plan de mémoire historique comme pour la fidélité idéologique, Pierre Lefranc a bien mérité du gaullisme.


Nicolas Plagne
( Mis en ligne le 25/11/2008 )
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