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OncleTomisé ?...
Booker T. Washington   Up from Slavery - Ascension d'un esclave émancipé
Les Editeurs Libres 2008 /  23 € - 150.65 ffr. / 270 pages
ISBN : 978-2-916399-07-2
FORMAT : 13cm x 22cm

Traduction de Jeanne-Marie Vazelle.
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Avec cet ouvrage, la nouvelle maison d’édition «Les Éditeurs libres» publie une source majeure de l’histoire des États-Unis. Up from slavery - sous-titré Ascension d’un esclave émancipé - nouvellement traduit en français, est une autobiographie qui nous donne à entendre la voix d’un homme noir dans l’Amérique de la Reconstruction, période troublée qui suit la Guerre de Sécession.

Booker T. Washington est en effet un homme au destin exceptionnel. Il naît esclave dans une plantation de Virginie peu avant 1860 et termine sa vie invité à la table du président Theodore Roosevelt. Il incarne alors une réussite rare et fait figure de modèle pour un grand nombre de Noirs aspirant à une reconnaissance dans une société où la ségrégation a remplacé l’esclavage. Booker Washington doit son ascension à une soif de savoir et d’instruction hors du commun. Elle lui permet de franchir une à une toutes les étapes, de l’enfant travaillant dans une mine de sel, qui apprend à lire seul, à celle de fondateur et principal de l’école de Tuskegee, une école professionnelle unique en son genre, destinée aux personnes de couleur, dispensant un savoir, une culture mais également une rigueur, un sens moral très fort, avec le souci constant de ne pas dévaloriser le travail manuel. Beaucoup d’anciens élèves deviennent eux-mêmes à leur tour des enseignants. Ainsi Tuskegee apparaît comme une sorte d’école normale, ou du moins le vivier essentiel pour une élite noire peinant à se constituer.

L’heure est alors au désengagement de l’État fédéral comme des États du Sud, ruinés par la guerre civile, ce qui ne facilite pas l’existence de tels établissements ne disposant pas d’autres moyens que les fonds privés pour survivre. Aussi, parallèlement à sa carrière d’enseignant, Booker Washington est-il amené à devenir un collecteur de fonds, en raison du succès grandissant d’une école qui accueille une population très modeste. L’homme politique n’est pas loin et il devient très vite le symbole d’une émancipation accomplie d’autant qu’il se distingue comme un orateur hors du commun, soucieux de ménager ses interlocuteurs, souvent pressentis comme des investisseurs potentiels.

Du reste, Booker Washington n’est pas un activiste et ses mémoires sont aussi lisses que ses pourfendeurs l’ont décrit. Il est parfois difficile de croire qu’il n’ait rencontré dans son parcours que des amis de la cause pour l’avancement des Noirs, ce que le fort utile préambule signé de la traductrice Jeanne-Marie Vazelle et de Benjamin Assié souligne. Booker Washington est même considéré par les générations plus récentes comme un traître qui n’a fait qu’entériner la ségrégation, sorte de bon Noir «oncletomisé» et instrumentalisé par les Blancs. Il doit cette réputation à un discours demeuré célèbre, qu’il a prononcé à Atlanta en 1895. Il y défendait l’élévation des Noirs par l’éducation professionnelle mais dans le cadre de la ségrégation, considérée comme naturelle. La revendication de droits civiques n’est pas du tout une priorité et lui apparaît même comme une «folie». C’est ce gradualisme, à l’heure même où les lynchages sont particulièrement nombreux dans les États du Sud, qui lui a fait perdre une partie de son crédit, au regard de l’action d’autres contemporains comme W. E. B. Du Bois - un autre leader Noir mais venant du Nord -, le premier à l’avoir critiqué et à lui avoir reproché son aveuglement devant la réalité d’une condition noire d’éternels mineurs et le refus de prendre en compte la violence à laquelle les Noirs du Sud sont confrontés. On retrouve cette naïveté dans ses mémoires qui sont parfois décevants ou du moins étrangement muets sur cette réalité plus sombre.

Reste que ce témoignage renvoie un écho fascinant d’une période méconnue pour le public européen et la restitution de cette vie, dont Booker Washington ne nous livre que les morceaux choisis, permet de comprendre en creux la complexité d’une époque fondatrice dans l’histoire de la jeune nation américaine.


Claire Barillé
( Mis en ligne le 02/12/2008 )
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