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Chroniques sous une occupation
Gertrude Stein   Les Guerres que j’ai vues
Christian Bourgois 2011 /  8 € - 52.4 ffr. / 315 pages
ISBN : 978-2-267-02227-8
FORMAT : 10,7cm x 17,8cm

R.W. Seillière (Traducteur)
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Gertrude Stein (1874-1946) est assez peu lue de nos jours et encore moins commentée. Pourtant, dès 1903, date de son arrivée en France, elle fut l’écrivain américain incontournable du tout Paris : Picasso, Picabia, Laurencin, Man Ray, pour ne citer que les plus importants, l’immortaliseront sur la toile ou sur la pellicule. Mais il faudra attendre sa disparition pour que son importance et son influence perdurent, notamment dans les années 50 pour que quelques intellectuels (Richard Forememan, Bob Wilson, Andy De Groat) la choisissent comme source d’inspiration. Elle est rendue ainsi célèbre par son Autobiographie d’Alice B. Toklas (1933) qu’elle prolongera par un second opus, L’Autobiographie de tout le monde (1937), chroniques du Paris artistique et culturel de l’entre-deux-guerres. Les critiques, eux, ont retenu plutôt des textes hermétiques comme Trois vies (1909), Tendres boutons (1914), ou encore Américains d’Amérique (1925).

Les Guerres que j’ai vues (1945), son avant-dernier livre, est une chronique simple, lucide et amère sur les années d’occupation, qu’elle vécut dans un petit village de l’Ain alors que la guerre commençait à prendre un tout autre tournant. Écrit de 1943 à 1944, ce livre autobiographique est en quelque sorte le pendant féminin du Journal des années noires de Jean Guéhenno (dont nous recommandons vivement la lecture). Absence de liberté, résistance villageoise, débrouille et entraide, tickets de rationnement, courage des petites gens, trahisons de voisins, héroïsme quotidien, lâcheté banale, le récit s’articule sur les méfaits d’une guerre sans fin et d’une occupation insoutenable dans un petit village français où chacun tente de survivre avec les moyens du bord, révélant ainsi la nature profonde de l’Homme. L’écrivain Stein, observatrice du monde concret, note sur son carnet les menus détails du jour, du moins, de l’année. Analyses géopolitiques et anecdotes rurales composent ce livre assez méconnu sous une forme de journal de bord.

Si la jeune Gertrude revient sur les multiples guerres durant son enfance en Pennsylvanie, puis sur la boucherie de 14-18, c’est pour mieux placer la Seconde Guerre mondiale comme le symbole marquant la rupture définitive avec un XIXe siècle définitivement disparu. Plus de trois guerres en une vie changent un être, et c’est ce que Gertrude Stein, témoin privilégié du passage au XXe siècle, tente de démontrer.

Contrairement à certains de ses textes dont le style a été taxé de difficile, Stein s’efforce de décrire la réalité de l’occupation sous une plume à la limite de la dissertation d’écolier. Page 92, elle revient sur l’un des grands axe de sa pensée : «Un fait est certain, que personne n’avait réalisé en 1914-1918, on en parlait, mais sans vraiment le réaliser, mais maintenant tout le monde le sait, c’est qu’on ne désire qu’une seule chose : être libre, libre de parler, de manger, de boire, de marcher, de penser. Tout le monde le sait, on veut être libre. On veut plus se sentir empoisonné, mais libre ; même si on n’est pas libre, on veut se sentir libre et libre tout de suite. Tant pis pour l’avenir : ce que nous voulons, c’est la liberté, ne plus être dirigés, menacés, conduits, restreints, contraints, châtiés, administrés. Nous ne voulons plus tout cela, nous voulons nous sentir libres». On note ici l’aspect simple et redondant de sa pensée. Certaines valeurs paraissent banales aujourd’hui mais, en temps de guerre, on revient aux fondamentaux, même lexicologiques, quitte à paraître quelque peu simpliste.

Assurément pas son meilleur texte, Les Guerres que j’ai vues (et non \'\'vécues\'\') est un document de premier ordre sur la vie quotidienne en temps d’occupation, sous un régime autoritaire, mais aussi en temps de privation, de combats et de survie, vus par l’œil d’un écrivain américain. C’est en outre l’un de ses tout derniers textes.


Jean-Laurent Glémin
( Mis en ligne le 09/11/2011 )
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