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Souvenirs d’une famille déportée
Thomas Buergenthal   L'Enfant de la chance
Gallimard - Folio 2011 /  6.20 € - 40.61 ffr. / 254 pages
ISBN : 978-2-07-044339-0
FORMAT : 11cm x 18cm

Marie-Pierre Bay (Traducteur)

Nicolas Bay (Traducteur)

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Né en 1934, Thomas Buergenthal a 5 ans quand la guerre éclate, puis 8 quand il est déporté dans le camp tristement célèbre d\'Auschwitz-Birkenau. A sa libération, les allemands poussèrent les derniers rescapés jusqu’au camp de Sacchsenhausen, en Allemagne, lors d’une interminable route meurtrière, avant qu\'ils ne soient finalement libérés par les anglais en 1945.

Résidant à Ľubochňa en Slovaquie, la famille Buergenthal est forcée de quitter la région lors de l’invasion allemande en 1939 et des mesures prises contre les Juifs, puis la Slovaquie en émigrant finalement et non sans difficultés en Pologne. Le petit Thomas et ses parents réussissent à occuper une pièce dans le ghetto de Kielce, en alternant travail pour les allemands et survie individuelle. C’est là que débutent les vrais problèmes pour eux, avant la déportation puis la séparation complète de la famille au camp de Birkenau, en 1944. On sépare les femmes des hommes, puis au bout de quelques temps les hommes des enfants. Le petit Thommy, resté seul, va devoir compter sur sa pugnacité et sa précoce maturité pour survivre et déjouer les brimades, voire les violences meurtrières des officiers SS.

Du ghetto de Kielce à la libération de Sacchsenhausen en 1945, le petit Thomas va vivre les pires privations, subir et voir la violence sous toutes ses couleurs. Il tentera brillamment d’éviter les humiliations infligées aux Juifs tout en combattant la peur d’une mort promise. Privé de la présence de ses parents peu de temps après son arrivée au camp, il témoigne d’un formidable instinct de survie, de malice et de confiance en lui afin d’échapper aux maltraitances puis aux chambres à gaz dont chacun connaissait l\'emplacement et la sélection pour y être enfin conduit.

L’auteur Buergenthal se remet dans la peau (et la tête) de ce garçonnet débrouillard et courageux qui doit faire face aux ordres délirants des nazis. Il rencontre ainsi des prisonniers, enfants comme lui, et apprend l’abnégation, la solidarité, et la persévérance afin de continuer à survivre dans ce qui fut l\'un des pires crimes contre l\'Humanité jamais réalisé. Il assiste à des massacres terribles (d\'enfants notamment), des exécutions gratuites (de ses amis prisonniers auxquels il s’attache et se confie), des épidémies soudaines (chanceux, le petit en réchappe malgré la proximité des malades), mais il parvient à garder espoir, se raccrochant à une possible défaite de l’Allemagne et à une libération des camps.

Curieusement, c\'est la description de la «Marche de la mort» vers le camp de Sacchsenhausen qui pétrifie le lecteur tant la sauvagerie qui y est décrite soulève le cœur. Autant l\'éradication des Juifs participait du programme maléfique d\'Hitler, et l\'horreur est difficilement inimaginable pour un lecteur d’après-guerre, autant ces exécutions à la pelle, qui font partie du crime de masse également mais sous une forme plus anarchique, met le doigt sur une autre forme d\'indignité humaine dont le lecteur peut entrevoir la réalité. D\'ailleurs, alors que le petit Thomas parvenait avec une énergie venant d\'on ne sait où à échapper à cette mort là (on lui demande à un moment de courir afin d’échapper aux balles nazies alors qu’il lui manque à ce moment deux orteils amputés par le médecin du camp), son père, à quelques dizaines de kilomètres, ne connut hélas pas le même sort et tomba sous la mitraille d\'un SS.

Arrivent enfin la libération puis le retour à la vie civile du jeune garçon recueilli dans un orphelinat puis retrouvant sa mère au bout de deux ans. Se réhabituant à la vie, puis s’étant installé en Allemagne à Göttingen, il rattrapera ses années d\'école très rapidement avec l\'intention de devenir médecin, puis juge, avant de partir s\'installer aux Etats-Unis faire ses études.

Si la fin de ces mémoires sont d\'ordre anecdotique, les souvenirs tels que Buergenthal, aujourd\'hui juge à la Cour internationale de justice de La Haye (qui punit les crimes contre l\'humanité ; l’auteur revient à la fin sur cette décision fatalement liée à son enfance.), les retranscrit sont extrêmement forts et puissants. La mémoire revenant, alors que la vieillesse approche, l\'évocation du tragique destin d\' un rescapé se place dans une reconstitution humble et précise de cette période. Le lecteur est à la fois ému, surpris et révolté par tant de souvenirs douloureux, d\'humiliation endurée et de deuils collectifs. La fuite de son logement, la séparation d\'une famille humble et courageuse, l\'assassinat en masse d\'innocents au nom d\'une idéologie délirante, la disparition du père, prennent sens sous la plume d\'un auteur qui vise à l\'essentiel, sans rentrer dans la polémique, rendant hommage à sa famille et à ses amis victimes de la Shoah. La description est clinique et toute l\'horreur de l\'expérience en ressort.

Le titre, volontairement symbolique, résume assez bien cette existence débutant par un génocide auquel elle a pu échapper. Un livre essentiel sur une période encore bien proche de nous. Fort de son expérience de juge qui a finalement consacré sa vie à punir les criminels de guerre, mais surtout à créer des lois pour protéger les populations d\'éventuelles récidives meurtrières, Buergenthal conclut en ces termes: «Cela m\'angoisse profondément de penser que de individus capables de tels actes ne sont en général pas des sadiques, mais des gens ordinaires, qui rentrent chez eux le soir auprès de leur famille, se lavent les mains avant de passer à table, comme si ce qu\'ils avaient fait pendant la journée n\'était qu\'un travail ordinaire. Si des individus comme nous peuvent aussi facilement se laver les mains du sang de leurs semblables, quel espoir existe-t-il pour les générations futures?»

On est effectivement au cœur du problème du crime de masse et le livre de souvenirs (agrémenté de très belles photos de famille) de Buergenthal en est un témoignage poignant.


Jean-Laurent Glémin
( Mis en ligne le 31/01/2012 )
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