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Parfums d’antan
Lydie Bodiou   Véronique Mehl   Odeurs antiques
Les Belles Lettres - Signets 2011 /  13,70 € - 89.74 ffr. / 302 pages
ISBN : 978-2-251-03016-6
FORMAT : 11,1 cm × 17,9 cm

L'auteur du compte rendu : Sébastien Dalmon, diplômé de l’I.E.P. de Toulouse, est titulaire d’une maîtrise en histoire ancienne et d’un DEA de Sciences des Religions (EPHE). Ancien élève de l’Institut Régional d’Administration de Bastia et ancien professeur d’histoire-géographie, il est actuellement conservateur à la Bibliothèque Interuniversitaire Cujas à Paris. Il est engagé dans un travail de thèse en histoire sur les cultes et représentations des Nymphes en Grèce ancienne.
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Ce n’est pas la première fois que Lydie Bodiou et Véronique Mehl, respectivement maîtres de conférences en histoire grecque à l’Université de Poitiers et à l’Université de Bretagne-Sud, s’intéressent aux odeurs et aux parfums dans l’Antiquité. Elles avaient déjà dirigé avec Dominique Frère un ouvrage collectif particulièrement remarquable sur ce sujet, paru en 2008 aux Presses Universitaires de Rennes. Le livre qu’elles publient maintenant aux éditions des Belles Lettres, dans la collection \'\'Signets\'\', en constitue un complément utile, en permettant de découvrir les traductions d’extraits de nombreux textes grecs, mais aussi latins, sur le sujet. En effet, bien qu’hellénistes, les deux auteures ont pris soin d’offrir également un tableau très complet du monde romain.

L’anthologie de textes anciens est précédée d’un entretien avec Pierre Bergé, homme d’affaires et mécène, mais surtout président de la Fondation Pierre Bergé-Yves Saint-Laurent – la maison de couture YSL, comme beaucoup de ses concurrentes, avait diversifié ses activités avec du parfum. Il y expose notamment l’idée que le parfum au XXIe siècle ne correspond pas à sa représentation antique ; il n’est plus une parure, une offrande ou un aromate, mais un moyen de gagner de l’argent avec des recettes de marketing. En effet, le succès d’un parfum, aujourd’hui, tient plus à sa publicité et à son image qu’à sa fragrance.

La première partie de l’ouvrage s’intéresse aux secrets de fabrication des parfums antiques. Sont présentés ici des textes relatifs au fonctionnement de l’odorat, à la façon de concevoir un parfum, à ses composants (huile, fleurs, résines…), leur origine, leur mode de production, leur commercialisation, notamment chez le Grec Aristote et le Romain Pline l’Ancien. La géographie des aromates fait intervenir un Orient mythique et fantasmé (Inde et surtout Arabie), où, par exemple, l’encens est gardé par des serpents ailés fabuleux. La confection des parfums fait intervenir des substances végétales, sauf que l’excipient n’était alors pas l’alcool, mais l’huile. Cette dernière devait rancir rapidement, et les essences volatiles s’estompaient avec le temps ; les conditions de conservation étaient donc loin d’être optimales. Le parfum antique était gras et onctueux, rendant la peau autant brillante qu’odorante ; l’odorat et la vue étaient ainsi tous deux concernés.

La deuxième partie est consacrée à un évènement de la vie humaine où les parfums occupaient une très grande place, à savoir le mariage. Le parfum apparaît en effet comme un vecteur privilégié accompagnant toutes les cérémonies de passage, de la naissance à la mort, mais avec un accent particulier sur les cérémonies nuptiales. Dans les récits mythiques, dès Homère, la jeune fille en âge de se marier est associée aux prairies et aux fleurs naturelles prêtes comme elle à être cueillies. Le parfum est à la fois celui des corps que l’on prépare à la sexualité reproductive, mais aussi celui de la fête, des décorations florales des maisons, des rites, du banquet et du cortège nuptial.

La toilette et la fonction thérapeutique des parfums sont au centre de la troisième partie. Appliqués sur la peau, ils l’embaument et la rendent brillante, alliant la vue à l’odorat pour séduire. Ovide conseille cependant aux belles d’en user avec modération. Les odeurs peuvent aussi révéler au médecin une maladie, comme l’indiquent par exemple les textes du corpus hippocratique ou ceux du latin Celse. Certaines odeurs guérissent, ainsi celle du cédrat cher à Pline l’Ancien. La quatrième partie prolonge un peu la même thématique, en mettant plus particulièrement l’accent sur les excès. Car le geste de se parfumer est extrêmement normé et contrôlé, même si les codes ont évolué dans le temps. Dans la poésie grecque archaïque, les descriptions olfactives abondaient dans les scènes de banquet, mais la truphê orientale était déjà condamnée par Xénophane de Colophon. A Rome, Pline l’Ancien se fait l’historien des parfums, tout en condamnant leur usage excessif, tandis que Suétone expose les extravagances de Néron dont les murs de la domus aurea sont percés de trous afin de répandre fleurs et senteurs en l’honneur de ses invités.

Une véritable anthropologie olfactive se dessine dans la cinquième partie. La bonne odeur y apparaît en premier lieu comme la caractéristique des divinités, et ce dès Homère. De la société des dieux à celle des hommes, le parfum distingue les individus et affirme leur identité. Si les immortels sentent naturellement bon, les humains sont obligés d’user de parfums pour masquer leurs odeurs corporelles. Les codes et les manières de faire signalent le genre, l’âge et surtout le statut social, variant suivant les lieux et les époques. La sixième partie traite de la place des parfums dans les rituels religieux visant à honorer les dieux, les héros ou les morts. Les textes rassemblés ici nous laissent imaginer des odeurs cultuelles variées, allant des parfums brûlés et de l’encens aux fumets s’exhalant des chairs brûlées lors des sacrifices, en passant par les fleurs odorantes des couronnes et des guirlandes, ou les jardins autour des temples et les sanctuaires qui embaument, sans oublier les fragrances saturant l’espace olfactif au moment des funérailles.

Cette anthologie se termine sur les mauvaises odeurs. Celles-ci sont avant tout animales, et comparer une personne à un bouc ou à un phoque puant est une façon de l’injurier en le ravalant au rang de bête. Mais chez les hommes, les odeurs s’échappant du corps sont également stigmatisées : l’haleine fétide, l’urine, les excréments, la sueur ou les rots peuvent faire rire – ainsi chez Aristophane – mais marquent aussi la précarité de la vie humaine s’achevant inéluctablement avec la mort et la pourriture des corps en décomposition. Dans les mythes, les créatures mortifères – Harpyes, Hydre de Lerne, Erinyes… – et les monstres sont souvent malodorants. La mauvaise odeur peut être liée aussi aux sacrilèges et aux punitions divines ; ainsi en va-t-il dans les mythes des Lemniennes ou de Philoctète.

Comme pour les autres livres de la collection \'\'Signets\'\', on trouve à la fin de courtes notices biographiques des auteurs cités, une bibliographie présentant à la fois les sources et des études modernes, et un index des auteurs et des œuvres. Les extraits cités sont parfois très connus, et les traductions retenues sont, la plupart du temps, celles de la collection des Universités de France ou de la collection \'\'La Roue à livres\'\' des éditions des Belles Lettres. Mais Lydie Bodiou et Véronique Mehl ont utilisé aussi la traduction de Xénophane de Colophon par Michel Briand, et ont également pris la peine de traduire elles-mêmes des extraits d’auteurs moins connus (Antigone de Caryste) ou pour lesquels il n’existe pas de traduction française récente (livres XIII et XV des Deipnosophistes d’Athénée, livre IX de la Description de la Grèce de Pausanias…). C’est tout à leur honneur de nous offrir ainsi ce bouquet de textes anciens qui nous permettent de mieux imaginer les odeurs et parfums de l’Antiquité gréco-romaine.


Sébastien Dalmon
( Mis en ligne le 01/05/2012 )
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