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Zweig à la lettre
Stefan Zweig   Le Monde d’hier
Les Belles Lettres - Le goût des idées 2013 /  15 € - 98.25 ffr. / 451 pages
ISBN : 978-2-251-20034-7
FORMAT : 12,5 cm × 19,0 cm

Jean-Paul Zimmermann (Traducteur)
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L'oeuvre de Stefan Zweig (1881-1942), désormais dans le domaine public, fait l'objet cette année de plusieurs éditions et traductions nouvelles : deux volumes à La Pléiade, trente cinq récits courts chez ''Bouquins'', auxquels s'ajoutent diverses biographies et adaptations récentes, notamment romancées et/ou dessinées, autant d'initiatives dont se réjouit le lectorat d'aujourd'hui, de plus en plus large, désireux de voir rassemblés ses titres préférés ou de les découvrir dans un espace cohérent et rajeuni.

Suivant son heureuse inspiration de chasseur de trésors, Jean-Claude Zylberstein ose le pari inverse et complémentaire de rééditer aux Belles Lettres un texte, le dernier achevé par S. Zweig peu avant sa mort, dans sa traduction initiale par son presque contemporain, Jean-Paul Zimmermann (1889-1952), parue en 1948 chez Albin Michel. Tout en soulignant l'irremplaçable valeur testamentaire du contenu, cette version très proche de l'original allemand reproduit quasi «à la lettre» les quelques maladresses et désuétudes de l'écriture initiale qui, sous l'éclairage du temps présent, lui confèrent un émouvant relief.

Des précédents titres de Stefan Zweig, le public francophone retenait surtout le nouvelliste talentueux, le peintre subtil de l'âme humaine, le polyglotte passionné d'Histoire et de Civilisation, entre autre française. À travers Le Monde d'hier, souvenirs d'un européen, il découvre l'auteur au coeur des plus brillantes heures de la Belle époque en Europe et des cataclysmes mondiaux qu'en sa «qualité d'Autrichien, de Juif, d'écrivain, d'humaniste et de pacifiste» il a traversés. Il s'agit de son plus dense document au plan des idées, rédigé à soixante ans, loin de son Europe aimée en pleine désagrégation À la fois «commentateur», et acteur du «film» qui se déroule malgré lui, S. Zweig retrace, avec une pessimiste lucidité et un étonnant recul sa trajectoire, calquée sur celle de l'empire austro-hongrois : de l'insouciance à l'errance, du prestige sans frontières à l'exil dans la honte, jusqu'au dénouement que l'on connaît. Mais à aucun moment il n'est question de susciter l'apitoiement : le texte, d'une belle fluidité narrative, agrémenté d'anecdotes vivantes, met l'accent sur le contexte social et géopolitique de l'Europe du vingtième siècle dans lequel s'inscrit sa démarche, introspective et autocritique.

Très tôt, le jeune Zweig fait partie de l'avant-garde intellectuelle, libre et enthousiaste des juifs totalement assimilés sous François Joseph, croyant plus au Progrès et à l'internationalisme culturel qu'aux préceptes de quelconques chapelles. Plus épris de découvertes littéraires, artistiques et scientifiques que des mornes apprentissages obligés, il préfèrera l'horizon des capitales, européennes ou plus lointaines, aux pesanteurs de son berceau bourgeois dont en termes imagés il brosse un tableau critique, à la fois tendre et distancié. Tout est dit du refoulement et du retour du refoulé dans la culture viennoise de son temps adolescent, à travers l'analyse détaillée des pratiques pédagogiques, éducatives et corporelles, de la condition des femmes, ce terrain même de la «morale sociale» à partir duquel son aîné Sigmund Freud a fondé ses découvertes.

C'est le même observateur à distance des phénomènes de société dans lesquels il est lui-même impliqué que l'on retrouve dans l'adulte Zweig au lendemain de la première guerre ; il relate les changements survenus en Europe, en analyse finement les mécanismes et les effets, principalement dans la sphère économique et sociale, mais il ne pourra à terme ni en soutenir le rythme ni en épouser les valeurs. Autant il se réjouit des avancées techniques, visibles au quotidien, autant les appétits nationalistes, l'existentialisme ambiant et la révolution des moeurs le dépassent. Avec le recul, il s'en veut de ce décalage mais son principal auto-reproche réside dans sa cécité à l'égard du monde «réel», social et politique, dont il pense n'avoir pas su soupeser les enjeux.

Lorsqu'éclate la première déflagration, c'est en tant que citoyen d'un monde idéal sans frontière qu'il en est chroniqueur, persuadé de pouvoir infléchir le cours des évènements vus de ses «tranchées spirituelles», au moyen de sa plume et de celle son ami Romain Rolland, «au dessus de la mêlée». C'est aussi à la marge de tout engagement politique ou social, en pleine période de prospérité et de reconnaissance de son travail traduit dans toutes les langues, qu'il est surpris par la montée du second conflit, sans avoir su réellement donner sens à ses irrationnelles prémonitions ni apprécier l'ampleur de la catastrophe naissante. Si, dès sa jeunesse il a côtoyé, à titres divers, les plus grandes célébrités, sans distinction de pays ni de langues, celles-ci appartenaient au monde intellectuel et culturel et non à la sphère politique. Lui qui n'a jamais exercé ses droits civiques a rêvé d'une république mondiale et prôné l'Internationale de la Culture et de l'Esprit, il a cru à l'homme cosmopolite, à l'écart de tout embrigadement.

Les dernières pages, et surtout la préface, rendent compte de l'homme Zweig vieillissant, humilié comme vient de l'être sa métropole natale d'un pays effacé de la carte. En perdant sa patrie, il perd dit-il une part de lui-même, «quelque chose de sa verticalité», son socle et son identité. Il est «l'ami blessé» qu'évoque Dominique Bona, privé de ses biens, de sa nationalité et de ses droits fondamentaux, somme toute fatigué de fuir sans perspective un monde qui n'est plus le sien. Au moment de réaliser son ultime choix, alors que rougeoie encore l'autodafé de ses écrits, Stefan Zweig est loin de se douter que leur Esprit survivrait intact au plus vaste brasier de l'Inhumanité. Il laisse derrière lui une oeuvre considérable, dont cette tragédie, qui compte parmi les plus captivants témoignages d'un juif européen au vingtième siècle au seuil de son dernier chaos.


Monika Boekholt
( Mis en ligne le 07/05/2013 )
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