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La guerre nobélisée
Winston Churchill   Mémoires de guerre - Tome 1. 1919-1941
Tallandier - Texto 2013 /  12.50 € - 81.88 ffr. / 688 pages
ISBN : 979-10-210-0258-6
FORMAT : 12,0 cm × 18,0 cm

François Kersaudy (Traducteur)

Voir aussi :

- Mémoires de guerre. Tome 2. 1941-1945, Tallandier (Texto), Septembre 2013, 966 p., 12.50 €, ISBN : 979-10-210-0259-3


L'auteur du compte rendu : Gilles Ferragu est maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Paris X – Nanterre et à l’IEP de Paris.

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Premier ministre de temps de guerre - et quel premier ministre ! – et prix Nobel de littérature : rares sont les hommes publiques à pouvoir revendiquer une double magistrature, politique et littéraire. Dans une préface lumineuse, qui revient sur le personnage Churchill ainsi que sur l’élaboration de ses mémoires de guerre, François Kersaudy fait d’ailleurs un parallèle avec l’autre grand mémorialiste du second conflit mondial, Charles de Gaulle, dont les mémoires sont également le pendant, très littéraire, d’une ambition politique aboutie. Mais le parallèle s’arrête là, tant la personnalité et la méthode d’écriture des deux hommes divergent : pour Churchill, il s’agit d’une œuvre collective, qui suppose un travail de recherche et de vérification, de lissage stylistique et enfin de relecture par les principaux témoins de cette histoire… on touche à la fresque plutôt qu’au récit intimiste d’un conflit mondial. Un constat demeure : ces Mémoires de guerre, version abrégée des 6 volumes publiés en 1959, sont un ouvrage majeur, tant historiquement que littérairement.

Auteur d’une nouvelle traduction manifestement nécessaire au vu des coquilles de la précédente, François Kersaudy, professeur à l’université Paris I et biographe réputé de Churchill (parmi d’autres ouvrages passionnants consacrés à la Seconde Guerre mondiale et à ses acteurs allemands et anglo-saxons), conclut là un cycle et redonne à Churchill toute sa densité d’homme d’État. C’est d’abord le style et l’art de la synthèse qui frappent : dans la tradition des grands historiens anglais, Churchill ne livre pas un témoignage, il dresse un immense tableau du conflit… tableau dont il est, de fait, l’un des personnages centraux. En effet, on a parfois l’impression que le grand homme figé, comme d’autres, dans sa légende n’est jamais sorti du blitz, du discours sur «la sueur, le sang et les larmes» et d’une victoire à l’arraché dans le duel contre Hitler. Churchill s’avère autrement plus complexe, subtil, et l’enjeu de cette réédition – en poche, après une première édition en 2010 – est de permettre aux lecteurs francophones de retrouver tout le sel du personnage, ses analyses, ses intuitions de guerre et d ‘après-guerre, ses jugements, sa plume. Certes, le texte est, dans une certaine mesure, piégé : en mettant en scène l’homme d’État Churchill, l’historien Churchill aménage parfois la vérité historique pour la plier à sa propre grandeur. A cet égard, le commentaire critique proposé, discrètement, en note, par F. Kersaudy s’avère bienvenu et permet au lecteur de nuancer certaines appréciations satisfaites de l’auteur. En parallèle, l’appareil cartographique donne du récit une vision plus concrète.

Dès les premières pages, Churchill se présente en oracle qui, seul contre la multitude, savait le danger allemand, avait compris les fragiles équilibres européens et la manière dont l’Angleterre aurait pu les préserver. Cette posture, à la fois au cœur de l’action et en observateur, Churchill la pratique tout au long de ces souvenirs, entraînant le lecteur dans les méandres du gouvernement de la guerre. Il alterne ainsi le commentaire des épisodes militaires (ou plutôt stratégiques) et le récit de quelques grands face-à-face diplomatiques (les rencontres avec Roosevelt notamment lorsqu’il est au volant – p.292 -, la découverte du «lugubre et sinistre Etat soviétique» - p.355 -, les péripéties de la relation avec de Gaulle dont il gomme une partie des aspérités, tel l’hommage rendu page 438).

Le charme de cette lecture réside dans l’art, parfaitement maîtrisé, des jeux d’échelle, des analyses (notamment des esquisses psychologiques, adossées à quelques anecdotes), tempérées par quelques réflexions, des intuitions, des épisodes. Avec Churchill, le lecteur prend de la hauteur, s’installe, ainsi que l’auteur, à la barre et observe le navire allié au cœur de la guerre. Certes, sur l’ouvrage pèse le poids des conceptions de la Guerre froide, et l’alliance anglo-soviétique, dès ses prémices du chapitre VII, ressemble déjà à une confrontation déguisée, où chacun se prémunit et prépare l’avenir. A cet égard, les mémoires de Churchill valent, au sens fort du terme, témoignage des manières soviétiques (témoignage étayé par les nombreux documents publiés dans le texte). On pourrait considérer, non sans provocation, que le grand absent de ce récit, c’est l’adversaire, allemand ou japonais. Si ce n’est Rommel, honoré d’un véritable duel (via Montgommery), l’ennemi est presque désincarné, à l’exception d’Hitler, dont Churchill observe, en connaisseur, presque fasciné, la personnalité, en particulier la «force de la volonté».

La réédition en poche est la bienvenue, offrant de la guerre une vision à la fois personnelle et centrale, celle du premier ministre anglais le plus charismatique qui soit. Il y a comme on dit du souffle dans ces mémoires, un souffle porté par un beau style, sobre, qui ne recule pas devant une touche personnelle – que ne passerait-on à Churchill ? – et sait ramener le maelström de la guerre à taille humaine. Un témoignage, certes classique, loin du champ de bataille, mais qui s’impose aux amateurs d’histoire de la Seconde Guerre mondiale.


Gilles Ferragu
( Mis en ligne le 29/10/2013 )
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