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Le Mémorial ou la sublime mystification
Emmanuel de Las Cases   Le Mémorial de Sainte-Hélène : le manuscrit retrouvé
Perrin Fondation Napoléon 2017 /  42 € - 275.1 ffr. / 827 pages
ISBN : 978-2-262-07060-1
FORMAT : 16,4 cm × 24,8 cm

Thierry Lentz, Peter Hicks, François Houdecek, Chantal Prévot (Annotateurs)

L'auteur du compte rendu : Archiviste-paléographe, docteur habilité de l'université de Paris I, Thierry Sarmant est conservateur en chef au Service historique de la Défense. Spécialiste de l'histoire de l'Etat, il a publié une biographie de Louis XIV, Louis XIV homme et roi (Tallandier, 2012) et 1715 : la France et le monde (Perrin, 2014).

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Le Mémorial de Sainte-Hélène est un texte mythique, tout à la fois testament politique de Napoléon et bréviaire du bonapartisme. Sa forme, extrêmement originale, lui confère une séduction incomparable : il est à la fois récit d’un exil, évocation du passé, relation de scènes prises sur le vif, recueil d’anecdotes et de maximes. Napoléon est le héros du livre, mais Las Cases, son confident, réussit à exister pleinement, à imposer un personnage à côté de la figure gigantesque de l’Empereur. L’«effet de réel» est saisissant.

Dès la première parution de l’ouvrage, les esprits chagrins n’ont pas manqué de relever les embellissements ou les affabulations auxquels s’abandonnaient le monarque déchu et son compagnon. D’édition en édition, ce dernier n’a eu de cesse «d’allonger la sauce», ajoutant de nouvelles anecdotes et poursuivant le récit de ses propres pérégrinations. Le statut du Mémorial est demeuré ambigu : il est lu et cité, mais regardé avec circonspection.

En découvrant et en éditant le manuscrit original, confisqué à Las Cases à son départ de Sainte-Hélène et conservé depuis en Grande-Bretagne, l’équipe de Thierry Lentz fait faire à la critique d’immenses progrès. Avec ce Mémorial condensé, ramené à état primitif, on se rapproche singulièrement de ce qu’ont dû être les entretiens de Napoléon avec l’aristocrate qui avait choisi de partager son sort. L’agrément de la lecture y gagne également, car le propos se trouve ainsi resserré sur l’essentiel.

Est-ce à dire que le Mémorial mérite pour autant une confiance absolue ? Certainement pas. Il doit être lu pour ce qu’il est : une œuvre de propagande consciente, dans laquelle l’Empereur prend la pose pour l’opinion de 1816 – qui sait de quoi l’avenir peut être fait ? – et, à défaut, pour la postérité. L’orientation du discours impérial est tout entière déterminée par son adversaire du moment : les Bourbons restaurés, dont les événements de 1815 ont montré la médiocre solidité. Dans cette optique, le Napoléon de Sainte-Hélène prolonge celui des Cent-Jours. Oubliant opportunément le néo-absolutisme des dernières années de l’Empire, il se veut «national», constitutionnel, héritier et défenseur du legs de la Révolution. Tandis que ses rivaux sont revenus en France «dans les fourgons de l’étranger», l’Empereur s’affirme champion de l’indépendance de la Grande Nation. Quand Louis XVIII et sa famille représentent le retour à un passé révolu, Napoléon se prétend prophète de l’avenir. La mystification est audacieuse, mais effectuée avec brio. Malade, déprimé, diminué, le souverain exilé n’en demeure pas moins une fantastique machine à idées et à formules saillantes.

En rajeunissant ce témoignage passionnant, un des documents majeurs de l’histoire de France, la Fondation Napoléon prolonge le grand œuvre entrepris il y près de quinze ans avec la nouvelle publication de la Correspondance générale de Napoléon. On ne peut qu’admirer le sérieux, l’efficacité et la fécondité de cette fondation qui pourrait être citée en exemple à bien des institutions publiques. Grâce à elle, le Premier Empire retrouve sa vraie place historiographique, non pas «épisode napoléonien» suivant la malheureuse formule de Louis Bergeron, mais au contraire moment majeur, central, de la destinée française.


Thierry Sarmant
( Mis en ligne le 30/10/2017 )
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