L'actualité du livrerencontre rencontrefemme Dimanche 21 janvier 2018
  
 
     
Le Livre
Histoire & Sciences sociales  ->  
Biographie
Science Politique
Sociologie / Economie
Historiographie
Témoignages et Sources Historiques
Géopolitique
Antiquité & préhistoire
Moyen-Age
Période Moderne
Période Contemporaine
Temps Présent
Histoire Générale
Poches
Dossiers thématiques
Entretiens
Portraits

Notre équipe
Littérature
Essais & documents
Philosophie
Beaux arts / Beaux livres
Bande dessinée
Jeunesse
Art de vivre
Poches
Sciences, écologie & Médecine
Rayon gay & lesbien
Pour vous abonner au Bulletin de Parutions.com inscrivez votre E-mail
Rechercher un auteur
A B C D E F G H I
J K L M N O P Q R
S T U V W X Y Z
Histoire & Sciences sociales  ->  Témoignages et Sources Historiques  
 

L'insaisissable colonel Rémy
Guy Perrier   Rémy - L'agent secret n°1 de la France libre
Perrin 2001 /  19.08 € - 124.97 ffr. / 299 pages
ISBN : 2262016526
Imprimer

Après Pierre Brossolette puis le colonel Passy, Guy Perrier propose la biographie d\'un autre pionnier de la Résistance française devenu truchement entre Londres et la métropole, le colonel Rémy. Le projet mérite d\'être salué tant la personnalité et l\'oeuvre de Rémy en Résistance sont, aujourd\'hui encore, mal connues.

Né en 1904, homme d\'affaires éclectique (de la Banque de France à l\'exploitation forestière au Gabon) puis producteur cinématographique, sympathisant de l\'Action française avant la guerre mais dégoûté par la débâcle et l\'armistice, Gilbert Renault rejoignit Londres dans les premiers jours de juillet 1940. En accord avec le capitaine Dewavrin (Passy), chef des services secrets d\'une France libre encore embryonnaire, il revint très vite en France via l\'Espagne pour mettre sur pied et animer une organisation de renseignement qui devint progressivement l\'un des plus importants réseaux que la France libre mit à la disposition des Alliés, la Confrérie-Notre-Dame (CND). Après la guerre, il participa à la fondation du Rassemblement du peuple français (RPF) dont il devint membre du comité exécutif. En 1949, ce résistant de la première heure entra en contact avec certains des plus ardents défenseurs du maréchal Pétain. Le 11 avril 1950, il signa dans l\'hebdomadaire Carrefour un article intitulé \"La justice et l\'opprobre\" dans lequel il affirmait notamment que la France de juin 1940 \"avait à la fois besoin du maréchal Pétain et du général de Gaulle\", et proposait de \"tendre une main loyale\" aux fidèles du Maréchal. Il estimait en effet que le \"bouclier\" Pétain et \"l\'épée\" de Gaulle avaient tous deux servi la France et les Français au long des années noires. Immédiatement et très fermement désavoué par le général de Gaulle, Rémy démissionna du RPF. Peu de temps après, il adhéra à l\'Association pour défendre la mémoire du maréchal Pétain (ADMP). Jusqu\'à sa mort en 1984, il milita pour la réconciliation des gaullistes et des anciens partisans du Maréchal.

C\'est ce parcours, nettement articulé autour de la période clef que fut la seconde guerre mondiale, que Guy Perrier s\'est efforcé de retracer. L\'entreprise n\'était pas simple, il faut le souligner. Agent très secret à tous égards, fondateur d\'un réseau devenu gigantesque au fil du temps mais disparu dans la nuit de l\'Occupation, le colonel Rémy présente en effet l\'un des parcours en Résistance les plus difficiles à cerner.
Malheureusement, Guy Perrier n\'est pas vraiment parvenu à élucider le mystère. Son manque de familiarité avec les méthodes de travail scientifiques de l\'historien y est probablement pour beaucoup, qui l\'a manifestement gêné dans la définition d\'une problématique de réflexion. En s\'inspirant essentiellement de l\'abondante production littéraire laissée par Rémy, mais sans toujours la citer, il s\'est contenté de dérouler chronologiquement le cheminement de ce dernier. Si quelques références d\'archives sont indiquées en fin d\'ouvrage (sans que les cotes aient été exactement reportées : la série du Commissariat à l\'Intérieur est la série F1a et non FLA !…), mais bien peu au fil du texte, il est manifeste que l\'utilisation desdits documents n\'a été que très superficielle, bien loin des indispensables recoupements qu\'un tel travail biographique aurait exigé. Enfin, en se permettant d\'intervenir lui-même dans son récit, notamment par le recours à ses propres souvenirs de Résistance, Guy Perrier s\'est autorisé un ton relâché, assez éloigné de la rigueur attendue dans le type d\'exercice auquel il était sensé se livrer.

Sur le fond, cette tentative de biographie du colonel Rémy se révèle plus décevante encore. Si, de toute évidence, Gilbert Renault fut un important agent secret de la France libre puis de la France combattante (mais certainement pas le \"numéro 1\"...), la réalité de son itinéraire de vie n\'est qu\'effleurée. La lecture du livre de Guy Perrier ne fournit que trop peu de clefs d\'intelligibilité d\'un parcours plus complexe qu\'il n\'y paraît. Au-delà des quelques touches d\'un portrait littéralement escamoté, il aurait été intéressant de comprendre précisément pourquoi et comment un sympathisant de l\'Action française devint un Français libre de la première heure et un gaulliste impénitent. La montée en puissance de la Confrérie-Notre-Dame est bien sûr exposée, mais la méthode mise en oeuvre par Rémy n\'est pas suffisamment explicitée. Surtout, si Guy Perrier insiste sur les importants succès remportés par les hommes et les femmes de la CND, il n\'explique par comment le créateur génial du réseau échoua à en accompagner le développement ; il glisse rapidement sur les recrutements hasardeux et les imprudences de Rémy, ainsi que sur les conflits que celui-ci ne sut pas éviter avec certains de ses agents, autant d\'erreurs qui provoquèrent de terribles catastrophes ; les renaissances successives de la CND, en tant que telle tout d\'abord puis sous la forme de réseaux nouveaux, sont trop succinctement exposées. Par ailleurs, Guy Perrier ne pointe pas suffisamment le manque de lucidité politique de Rémy. En conduisant, envers et contre toutes les interdictions, des négociations avec le PCF à l\'automne 1942, celui-ci favorisa la venue de Fernand Grenier à Londres au début de l\'année 1943, et, par voie de conséquence, la reconnaissance de la France combattante par le parti communiste ; mais ce dernier profita de l\'occasion pour réaffirmer ses positions, en particulier sur la question de la lutte armée immédiate, fragilisant d\'autant la position gaulliste. De même, alors qu\'il était chargé d\'étudier les conditions de la mise sur pied d\'un État-major clandestin pour la zone occupée (EMZO), Rémy privilégia les cadres de l\'Organisation Civile et Militaire (OCM) et provoqua une levée de boucliers parmi les autres groupements de la zone occupée ; la tâche de Pierre Brossolette et du colonel Passy, agents de la France combattante chargés au cours de l\'hiver 1943 de coordonner les activités résistantes en zone nord, s\'en trouva singulièrement compliquée. Il est par ailleurs regrettable que Guy Perrier ait traité aussi rapidement l\'année 1943 et les six premiers mois de 1944. La situation de Rémy, alors marginalisé à cause de ses initiatives intempestives et de ses erreurs, aurait mérité une analyse approfondie. Enfin, l\'imposante oeuvre littéraire, et donc l\'intense travail de mémoire du colonel Rémy, pionnier de la dissidence devenu grand ordonnateur de son propre passé, appelait une étude circonstanciée à la lumière de la rupture de 1950 et du nouvel engagement qui en découla.

Complexe par essence, l\'exercice biographique exige la plus grande rigueur et beaucoup de méthode. Méthode dans le traitement des archives ; méthode dans l\'utilisation des témoignages ; méthode, enfin, dans le positionnement même de l\'auteur par rapport à son objet d\'étude. En rédigeant cet Agent secret n°1 de la France libre, Guy Perrier s\'est dispensé de recourir aux deux premières. Engagé très jeune en Résistance, il conserve des années noires une véritable fascination pour les héros de la France libre, qui lui interdit la mise à distance indispensable. Il en résulte un ouvrage trop approximatif sur un grand et beau sujet. Le colonel Rémy aurait mérité mieux. C\'est dommage…



Guillaume Piketty
( Mis en ligne le 03/12/2001 )
Imprimer

A lire également sur parutions.com:
  • Nous étions faits pour être libres
       de Claude Bouchinet-Serreulles
  •  
    SOMMAIRE  /  ARCHIVES  /  PLAN DU SITE  /  NOUS ÉCRIRE  

     
      Droits de reproduction et de diffusion réservés © Parutions 2018
    Site réalisé en 2001 par Afiny
     
    livre dvd