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Un abbé alsacien sur le front de l’Est
Félix Lutz   Carnets de la nuit noire - Sur le front de l’Est, 1943-1945
éditions du Bastberg 2000 /  13,57 € - 88.88 ffr. / 143 pages
ISBN : 2913990258
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Depuis le début des années 1990, chaque année nous apporte son lot de souvenirs de « Malgré-nous », ces Alsaciens et Mosellans incorporés de force dans l’armée allemande au cours de la Seconde Guerre mondiale. « Réveillés » par les commémorations du cinquantenaire, les survivants désirent témoigner avant de disparaître. De cet ensemble forcément inégal se détache le petit livre publié par l’abbé Félix Lutz, âgé de dix-neuf ans en 1943, au moment où il est devenu contre son gré un infime rouage de la machine de guerre nazie.

Sans fioritures, son carnet tenu au jour le jour nous restitue l’atmosphère de la guerre menée par la Wehrmacht sur le front de l’Est. « S’ils savaient à la maison... », soupire le témoin. Lorsqu’il décrit les effets des bombardements, nous y sommes. On entend le bruit que produisent les éclats qui retombent sur le casque d’acier. Les « machines à coudre » (petits avions soviétiques) et les célèbres orgues de Staline constituent la bande-son permanente d’un film obscurci par la fumée des incendies. Par chance - ou par miracle -, notre héros triomphe de l’adversité. Le 22 septembre 1943, alors qu’un char T 34 est sur le point de l’écraser, il se recommande à la Vierge Marie. A l’instant, un obus pulvérise l’engin...

Félix Lutz narre les horreurs de la guerre contre les partisans, où aux exactions des uns répondent les atrocités des autres. Un caporal allemand abat une jeune femme devant son enfant, puis les « Ivan » s’acharnent sur deux malheureuses auxiliaires féminines de l’armée d’invasion, et crucifient une femme pour « collaboration ». « Malheur à ces hommes sans pitié » murmure le jeune homme, que la foi seule préserve du suicide. Un soir, endormi dans un cimetière entre deux tombes, il entend les morts l’appeler : « Descendez et continuez votre sommeil chez nous ! Chez nous, vous aurez le repos ! Venez ! Nous les morts, sommes plus heureux que vous, les vivants ! » Téléphoniste, il n’a pas été mêlé directement aux crimes et s’est toujours efforcé de conformer son comportement à ses convictions. Il avoue seulement avoir puisé, un jour, de l’eau de vie dans un tonneau qui ne lui appartenait pas. Insulté à l’occasion par quelque nazi fanatique parce qu’Alsacien, il entretient des rapports amicaux avec la plupart de ses camarades, venus des quatre coins du Reich. Tous sont finalement compagnons d’infortune, et certains ont conservé leur humanité. Avec l’un de ces Allemands, Félix Lutz passe une émouvante nuit de Noël dans une famille de paysans polonais, le 24 décembre 1944.

Le jeune Français grimé en « vert-de-gris » est pourtant taraudé en permanence par l’envie de déserter. Le 14 juillet 1944, en Prusse orientale, il fausse compagnie à son régiment sur un coup de tête. Mais il finit par y retourner, par amour pour ses parents. Son frère a, en effet, déserté, et la famille a été avertie qu’elle serait déportée si l’autre fils « disparaissait » lui aussi. Ce cas de conscience s’est multiplié à l’infini chez les Malgré-nous. La désertion comporte d’ailleurs d’autres risques : quatre camarades alsaciens de Félix Lutz ont été abattus par les Russes aussitôt après avoir franchi leurs lignes, bernés par leur propagande. Le 29 avril 1945, blessé, il est finalement fait prisonnier en bonne et due forme. Il a la chance de tomber sur des soldats compatissants qui le font soigner.

La dernière partie de l’ouvrage est consacrée à la captivité dans des dépôts improvisés, en Allemagne, au milieu de blessés gémissants et de Soviétiques plus indifférents qu’hostiles. On reste cependant effaré par le caractère massif des viols des civiles allemandes (de tous âges) perpétrés par une piétaille qui a reçu apparemment carte blanche en la matière. Les soudards de Bosnie ont eu des prédécesseurs illustres. Dans ces pénibles épreuves, le jeune Lutz peut heureusement compter sur le soutien de plusieurs compatriotes. Il se lie aussi d’amitié avec un pasteur allemand, Heinrich Völcker. Il se fait connaître comme Français et espère une issue rapide. Chanceux, il retrouve son village natal au début du mois d’octobre 1945, alors que tant d’autres Malgré-nous attendront encore des années avant d’être rapatriés (le dernier en 1955). Son témoignage, très intense en même temps que fort sobre, contribue comme d’autres à éclairer ce drame de l’incorporation forcée, encore mal connu et mal compris en France « de l’Intérieur », comme disent les Alsaciens-Mosellans.


Jean-Noël Grandhomme
( Mis en ligne le 02/04/2002 )
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