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Visite très guidée d'un monument en ruines
 collectif   1919, le traité de Versailles vu par ses contemporains
Alvik éditions 2003 /  21 € - 137.55 ffr. / 223 pages
ISBN :  2-914833-09-1
FORMAT : 14x21 cm

L’auteur du compte rendu : Agrégé d’histoire et titulaire d’un DESS d’études stratégiques, Antoine Picardat a été chargé de cours à l’Institut catholique de Paris et analyste de politique internationale au Ministère de la Défense. Il est actuellement ATER à l’IEP de Lille.
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Près d’un siècle après sa signature, le traité de Versailles nous semble être un monument en ruines, vestige inutile d’une époque révolue. Le plus important des «traités de la banlieue parisienne» (Versailles, Saint-Germain, Trianon, Neuilly et Sèvres) fut le dernier des grands traités internationaux, concluant les conflits, dont l’Europe avait ouvert la tradition en 1648 à Munster et Osnabrück (paix de Westphalie).

Les contemporains, puis la postérité ont porté un jugement extrêmement sévère sur le traité de Versailles. «Diktat», paix des vainqueurs, incapables de comprendre le sens de la guerre civile européenne qui s’achevait et d’élever leur vision de l’avenir du continent au niveau qu’exigeaient les circonstances. Ils auraient ainsi privilégié la satisfaction des intérêts nationaux égoïstes, au détriment de la réconciliation et du redressement de l’Europe. Leurs erreurs et leurs injustices seraient donc largement responsables des sentiments ayant conduit à la Seconde Guerre mondiale.

1919. Le Traité de Versailles vu par ses contemporains, rassemble 48 textes, d’une longueur variant de quelques lignes à 15 pages, portant sur cet événement et ses conséquences. Ces textes sont d’un grande diversité. Contrairement à ce qu’annonce le titre, ils n’émanent pas tous de contemporains… et ne portent pas tous sur le traité de Versailles en lui-même.
Un tiers environ du livre est composé de jugements plus récents, jusque dans les années 60, sur les suites du traité, au sens le plus large, ou sur les enseignements à en tirer pour l’avenir : montée du nazisme, Seconde Guerre mondiale, reconstruction de l’Europe après 1945. Cette partie du livre est de loin la moins intéressante. Elle manque de cohésion en raison de la variété des thèmes abordés et de la pertinence très inégale des propos. De plus, les références des sources sont souvent imprécises et ajoutent à la confusion : titres donnés en allemand ou absence fréquente de date. Trois textes méritent néanmoins d’être signalés. Marc Ferro - pas vraiment un contemporain ! – («La mesure de la défaite») et Arnold Brecht («Sur la situation») présentent les circonstances dans lesquelles se termine la guerre et où la paix va être élaborée. Sebastian Haffner («Le dernier traité de paix ?») dresse un bilan d’ensemble du traité et de ses suites, particulièrement bienvenu.

Les textes correspondant véritablement au titre sont les plus intéressants. Clemenceau, Lloyd George, Foch, Keynes, Rosa Luxembourg, Lénine, Scheidemann ou Brockdorff-Rantzau sont convoqués ici comme témoins.
Les positions des vainqueurs sur les clauses de la paix sont illustrées par le trio Foch, Lloyd George, Clemenceau. Pour le premier, l’Allemagne, «pays imbu de l’esprit prussien» demeure «une menace redoutable pour la civilisation». Pour s’en défendre, il faut faire du Rhin «la frontière militaire occidentale des peuples allemands», permettre aux régions qui voudraient se détacher de l’ensemble allemand de le faire, enfin, obtenir l’assurance que des troupes anglaises et américaines interviendraient en cas de nouvelle menace. En mars 1919, quatre mois après l’armistice, alors que la conférence traîne en longueur et que la situation en Allemagne se dégrade chaque jour, le Premier ministre britannique souhaite au contraire ménager le vaincu. Le péril révolutionnaire et la perspective d’engendrer un sentiment d’injustice et un désir de revanche chez tout un peuple l’incitent à la modération. Clemenceau lui répond que ménager l’Allemagne signifierait léser les nouveaux petits pays d’Europe centrale. Or ces pays font partie des vainqueurs et ont reçu pour mission de faire obstacle au bolchevisme. De plus, la perte de ses colonies, de ses marchés extérieurs, de sa flotte de guerre et de commerce, toutes clauses exigées par l’Angleterre, seront pour le peuple allemand des causes de rancœurs au moins aussi fortes que ses nouvelles frontières.

Les témoignages de deux membres de la délégation britannique restituent une partie de l’atmosphère des négociations. Keynes dresse des principaux négociateurs des portraits restés célèbres. Clemenceau : «Il avait intégré une illusion –la France- et une désillusion –les Français, l’humanité et surtout ses compagnons de délibération» ; il était «un vieillard dont les impressions les plus intenses et les idées les plus vivaces appartiennent au passé et non à l’avenir». Lloyd George avait «six ou sept sens que l’homme ordinaire ne possède pas». Tandis que Wilson, «ressemblait à un prêtre d’une église dissidente (…). Sa pensée et son tempérament étaient essentiellement théologiques, non pas intellectuels (…). Il n’avait pas de projet, pas d’esquive, pas d’idées constructives (…). Il était mal orienté en bien des points sur la situation européenne». Halte au feu ! De pareils compères ne pouvaient que produire une catastrophe. Pour sa part, Harold Nicolson décrit notamment la signature du traité, le 28 juin 1919 dans la Galerie des glaces. Cérémonie pompeuse et mesquine, au protocole pesant et déplacé, consacrant une paix ratée et exhalant un parfum de vengeance, là où il aurait fallu de la grandeur et de la générosité, seuls moyens de conduire à la réconciliation.

Parmi les autres aspects abordées, on trouve les réactions des dirigeants allemands prenant connaissance des clauses du traité : indignation et déchirement pour savoir s’ils devaient signer ou prendre le risque d’une invasion ; ainsi qu’un échange de notes entre les alliés et le gouvernement des Pays-Bas à propos de la livraison de Guillaume II.

1919 Le traité de Versailles vu par ses contemporains est le style d’ouvrage dont raffoleront les étudiants et les professeurs d’histoire, toujours à la recherche de textes pour une séance de TD ou un devoir. Celui qui connaît mal la question en sortira en revanche avec une vision tronquée des implications du traité. Le parti pris de l’ouvrage est en effet systématiquement négatif. Publié à l’origine en Allemagne, il se présente comme une démonstration à charge contre le traité et ses auteurs. Pour qu’une critique aussi univoque soit valable, il aurait fallu mieux situer Versailles dans le prolongement de la catastrophe de la guerre dans son ensemble, dont le traumatisme a pesé sur les négociateurs, et pas simplement comme un événement indépendant, ayant une logique autonome.

Ce choix délibéré et l’oubli de témoignages importants diminuent l’intérêt du livre. On n’y trouve aucune opinion favorable au traité; il y en eu certes peu, mais tout de même. Les avis allemands et britanniques, hostiles au traité, sont largement majoritaires. Plus grave, on n’y trouve aucun témoignage américain ! Wilson, le personnage central de la conférence, est réduit au rôle de figurant.
Deux témoignages importants ont été oubliés. Celui qui souhaite avoir une vision plus équilibrée du traité de Versailles devra s’y reporter. Dans La paix calomniée (1943), Étienne Mantoux réfutait brillamment les critiques de Keynes, exposées dans Les conséquences économiques de la paix, et généralement considérées comme le jugement définitif sur Versailles. Mais c’est surtout Les conséquences politiques de la paix (1920), qu’il faut redécouvrir. Jacques Bainville y critiquait aussi le traité, «une paix trop douce pour ce qu’elle a de dur et trop dure pour ce qu’elle a de doux» avait-il écrit dès 1919. Prévoyant l’entente germano-russe aux dépends de la Pologne ou encore l’éclatement de la Yougoslavie, il remarquait surtout que l’Allemagne, bien que diminuée, voyait sa puissance relative accrue ! Seul grand État désormais en Europe centrale, entourée «d’un chapelet de Serbies», il annonçait qu’elle ne paierait pas les réparations et que d’ici une génération, elle chercherait à son tour à prendre sa revanche. À sa façon, le maréchal Smuts, cité dans 1919 Le traité de Versailles vu par ses contemporains, faisait au même moment les même sombres pronostics. Sans doute le meilleur document de l’ouvrage.


Antoine Picardat
( Mis en ligne le 03/12/2003 )
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